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Un « grand » oral ? Les Allemands ne comprennent pas pourquoi les Français utilisent le mot « grand » pour une épreuve qui leur paraît tout à fait « normale ». « On dirait que le mot ‘grand’ est fait pour faire peur aux élèves ou pour leur mettre la pression », s’étonne Konstantin Kipp, un ancien du lycée français de Berlin, qui a passé également le baccalauréat allemand, « l’Abitur ». 

Pour l’Abitur, Konstantin a passé son épreuve de math à l’oral. « J’ai eu 30 minutes pour me préparer. Les profs m’ont écouté pendant 20 minutes et m’ont posé ensuite des questions. Pour cet oral, je n’ai pas travaillé la manière de présenter mon travail. J’étais surtout concentré sur les exercices. Quand on sait ce qu’on veut dire, ça va tout seul », explique le jeune étudiant de 23 ans. 

Habitués dès leur jeune âge

La peur du « grand oral » n’existe pas vraiment en Allemagne. Les élèves apprennent à s’exprimer très jeune, si bien qu’ils ne sont pas dans l’inconnu lors du bac. « Les Allemands apprennent à parler en public dès l’école primaire devant leurs camarades de classe. Le système pédagogique favorise la participation des élèves aux discussions. Les profs encouragent la prise de parole et les élèves peuvent même les contredire », ajoute Harm Kuper, pédagogue à l’Université libre de Berlin (FU). 

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En Allemagne, la culture de l’expression orale vient du système d’éducation mis en place il y a 200 ans par le philosophe et linguiste allemand Wilhelm von Humboldt, fondateur de l’université de Berlin qui porte son nom. « Pour Humboldt, la participation de l’élève à la transmission du savoir a toujours été essentielle. Elle le reste aujourd’hui », explique Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. 

L’oral déterminant

Pas étonnant, donc, que la part de l’oral soit importante dans l’obtention de l’Abitur. Le bac allemand est composé d’un contrôle continu (2/3 de la note) et d’un examen final avec 3 épreuves écrites, d’une épreuve orale et d’un exposé oral sur un thème libre (1/3). L’élève peut choisir de faire un rattrapage sur une ou deux épreuves écrites en les repassant à l’oral. Mais l’Allemagne étant un pays fédéral, ces règles peuvent varier d’une région à l’autre (l’éducation est une prérogative des « Länder »). 

A l’examen final, la composante orale n’est pas trop importante (20% de la note). C’est lors du contrôle continu, au cours des deux années qui précèdent l’Abitur, que la parole est déterminante. Les élèves sont encouragés à participer et à s’exprimer pour avoir des bonnes notes. Il n’y a pas d’examens oraux en tant que tel, mais une notation d’ensemble des professeurs sur la participation des élèves.  

Mieux connaître l’élève

Pour les enseignants allemands, l’oral est une composante très importante de l’examen. Ils considèrent que certains élèves ont plus de facultés à l’oral qu’à l’écrit et qu’il faut en tenir compte pour la notation. « L’oral permet aux examinateurs de mieux connaître l’élève et de pouvoir ainsi mieux juger de son niveau de connaissance. Les examinateurs ne sont pas là pour les piéger ou enfoncer les candidats, mais au contraire pour les aider à montrer leur savoir », insiste Stephan Wassmuth, qui fut examinateur et ancien président de l’organisation représentative des parents d’élèves en Allemagne. « Je suis très favorable au développement de cette forme de contrôle, car l’expression orale est essentielle pour préparer les jeunes à la vraie vie », dit-il. 

Les Français mal préparés

Konstantin Kipp pense que les Français sont plus enclins à la panique avant les examens parce qu’ils ne sont pas habitués à ce genre d’exercice. Au cours de son année d’études à Nanterre, il a remarqué que le système français était toujours hermétique à cette forme d’expression. « A la fac, les élèves ne prenaient pratiquement jamais la parole. Il y avait seulement un cours magistral. En Allemagne, on peut échanger beaucoup plus avec les profs », constate-t-il. 

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Une situation qui expliquerait notamment les difficultés des Français à apprendre les langues étrangères, du moins au démarrage. « Les Français attendent de savoir avant de parler. Les Allemands apprennent en parlant. Ils n’ont pas peur de faire des fautes », constate Frank Baasner. Mais les Français ne sont pas plus hermétiques au discours que les Allemands. C’est une question de tempérament. « Nous l’avons constaté lors d’échanges scolaires. Certains élèves français étaient enthousiasmés par le système allemand, se souvient Frank Baasner. D’autres ont été très perturbés. » 

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