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Alors que tous les regards sont tournés vers la visite de Joe Biden en Europe, il est un défi historique que les dirigeants occidentaux auraient tort de sous-estimer : la convergence croissante entre Pékin et Moscou. Si un traité d’amitié sino-russe avait été signé dès 2001, tout s’est accéléré depuis la crise ukrainienne de 2014.  

Sur les plans technologique, économique, militaire et diplomatique, le lien unissant les deux pays est désormais d’une telle force que Vladimir Poutine lui-même a récemment affirmé que « jamais au cours de l’Histoire, les relations russo-chinoises n’ont atteint un tel niveau ».  

« Nouvelle Rome »

Au-delà des déclarations politiques, il est d’abord des raisons structurelles qui expliquent cette proximité accrue. La Chine et la Russie partagent trois caractéristiques essentielles : une volonté de puissance, une conscience aiguë de leur territoire respectif et de leur sphère d’influence, et la maîtrise d’un récit qui lie le passé, le présent et l’avenir. Tandis que la politique étrangère de Pékin s’inscrit dans une histoire pluri-millénaire, Moscou se pose aujourd’hui en nouvelle Rome seule à même de défendre l’héritage chrétien face à la prétendue décadence de l’Occident. Quel que soit le jugement moral que l’on porte à l’action de ces deux puissances, elles ont en commun de penser leur politique étrangère dans le temps long. 

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Régimes autoritaires qui se structurent autour d’un pouvoir personnel très fort, la Chine et la Russie cultivent également, comme ferment d’unité de leur société et matrice de leur vision du monde, le sentiment d’avoir été humilié par l’Occident. Dans ce contexte, les moyens de pression économique employés à leur encontre, que ce soit les sanctions adoptées contre la Russie ou la guerre commerciale lancée par l’administration Trump contre la Chine, sont perçus comme une nouvelle forme d’impérialisme contre laquelle il convient de faire front. 

Besoin vital de capitaux chinois

C’est en premier lieu sur les plans économique et technologique que s’affirme la coopération sino-russe. Alors que la Russie a un besoin vital de capitaux chinois, la Chine sait qu’elle peut trouver chez son voisin des talents et une expertise qui lui manquent encore. Dans les télécoms, la fintech ou les semi-conducteurs, talons d’Achille de l’empire du Milieu, la coopération bat son plein. Il en va également des domaines cruciaux de l’intelligence artificielle, des biotechnologies et du spatial.  

 

Sur le plan militaire, la Russie n’hésite plus à partager ses technologies les plus avancées avec son voisin. Pendant que Moscou aide Pékin à se doter d’un système d’alerte avancée pour la défense antimissile, les manoeuvres militaires conjointes se multiplient, notamment dans le bassin Indo-Pacifique. Les Etats russe et chinois, qui ont un intérêt commun à voir les démocraties être déstabilisées de l’intérieur, ont également fait de la désinformation un outil commun au service de leur puissance. 

Front anti-occidental

C’est enfin dans l’arène diplomatique que Pékin et Moscou se soutiennent, notamment pour favoriser l’adoption de standards et de règles conformes à leurs intérêts. Dans les secteurs de l’exploration spatiale, de la régulation des télécoms et de la gouvernance de l’Internet, elles forment un front anti-occidental aussi puissant qu’influent.  

Certes, la relation sino-russe fait face à des défis importants, au premier rang desquels son asymétrie. A Moscou, de nombreuses voix s’inquiètent ainsi de la dépendance croissante de l’économie russe à l’égard de sa voisine, de la présence chinoise en Sibérie orientale et de la perte de souveraineté en matière d’infrastructures technologiques, notamment dans le domaine de la 5G. Et en Arctique et en Asie centrale, les intérêts russes et chinois divergent.  

Occident, la menace ultime

Cependant, les Occidentaux seraient naïfs de croire qu’ils pourront aisément recréer, comme surent le faire Nixon et Kissinger en 1972, un fossé entre la Chine et la Russie. Jusqu’à présent, Pékin et Moscou ont soigneusement veillé à ménager leurs susceptibilités respectives. De plus, s’il est incontestable que Moscou n’acceptera jamais de devenir le vassal de Pékin, le régime russe est convaincu qu’il n’a d’autre solution que le chemin sur lequel il s’est engagé. Face à un Occident perçu comme la menace ultime, les capitaux et le marché chinois sont jugés vitaux par Moscou.  

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Dans un contexte où nos leviers d’action sont très limités, l’Europe doit commencer par analyser avec lucidité la relation sino-russe et cesser de la sous-estimer, voire de l’ignorer. Parallèlement, nous devons renforcer au plus vite notre résilience s’agissant, par exemple, de cybersécurité, afin de répondre aux menaces qui pèsent désormais sur nous. A l’heure où les dirigeants européens commencent à peine à esquisser une réflexion stratégique envers la Chine, penser la relation sino-russe peut sembler un défi immense. Mais l’Europe n’a pas d’autre choix. 

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