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Comme la plupart de ses concitoyens, Pham Lan a reçu début juin un SMS du ministère de l’Information. Assorti d’un numéro de compte bancaire, le message du gouvernement vietnamien invitait le peuple à soutenir le « fonds pour les vaccins contre le Covid-19 » afin d’aider à la fois à « l’achat, l’importation, la recherche et la fabrication domestique » de ces produits. « J’ai donné un million de dongs (environ 35 euros), car je veux aider mon pays à sortir rapidement de cette crise », explique la dentiste de 27 ans, établie à Hanoï. Le don de Lan, cumulé à celui de 230 000 autres citoyens ou entreprises, a permis de récolter plus de 260 millions d’euros en quelques jours. Soit un quart du budget estimé pour vacciner la population. 

Cet appel à l’aide du Parti communiste vietnamien traduit la situation délicate du pays, qui avait pourtant géré très efficacement l’épidémie pendant plus d’un an. L’arrivée sur le territoire des variants britannique et indien, plus contagieux, a provoqué une forte augmentation des cas début mai. Depuis, ce sont plus de 6800 nouvelles contaminations qui ont été détectées, portant le total à près de 10 000 au 11 juin ; tandis que le nombre de morts a atteint 57. Partie du nord, la pandémie s’est répandue sur tout le territoire, donnant lieu à des confinements ciblés, comme à Ho Chi Minh-Ville, la capitale économique, au sud. 

Défiance très forte par rapport au puissant voisin

Problème, les vaccins manquent. Si le gouvernement a dernièrement multiplié les accords, les 120 millions de doses, commandées directement auprès des fabricants (AstraZeneca, Pfizer-BioNTech, Moderna et Spoutnik V) ou par le biais du dispositif international Covax, peinent à arriver. Résultat, alors que seul 1,4% de la population a reçu une premières dose , la campagne vaccinale vietnamienne est la moins avancée au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). « L’objectif du gouvernement de vacciner 75 des 98 millions d’habitants d’ici un an paraît inatteignable », juge Le Hong Hiep, chercheur à l’Institut d’études sur l’Asie du Sud-Est, à Singapour. 

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Pendant ce temps, « la plupart des autres pays de la région ont recours aux vaccins chinois de Sinopharm ou Sinovac », note Giang Khac Nguyen, de l’université Victoria de Wellington, en Nouvelle-Zélande. Mais rien n’y fait : le Vietnam est le seul membre de l’Asean à rester totalement hermétique à la diplomatie chinoise du vaccin. L’autorisation donnée début juin à Sinopharm par Hanoï ne serait qu’un trompe-l’oeil, selon Giang Khac Nguyen : « Aucune discussion n’est en cours pour acheter des doses à Pékin. » 

 

Le Vietnam a beau, comme l’empire du Milieu, être dirigé depuis des décennies par le Parti communiste, les relations bilatérales sont compliquées. « Du fait des nombreuses guerres entre eux au cours de l’Histoire, mais aussi de la domination économique de la Chine dans la région, il existe une défiance très forte chez les Vietnamiens vis-à-vis de son voisin du nord, résume Bill Hayton, chercheur associé auprès du think tank Chatham House. Le gouvernement mettrait sa légitimité en jeu s’il commandait massivement des flacons chinois. » « Les gens pensent que le virus a été créé par les Chinois, donc personne ne veut être vacciné avec leurs produits », croit savoir Pham Lan, la dentiste de Hanoï. « Personnellement, je n’accepterais ni Sinovac ni Sinopharm. Je préfère un vaccin occidental comme Pfizer-BioNTech », renchérit Bui Duy, guide touristique dans la capitale. 

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Tensions en Mer de Chine du Sud

L’enjeu est aussi géopolitique. Les tensions en mer de Chine du Sud, où Pékin s’approprie des archipels disputés avec le Vietnam, jouent également sur la volonté de Hanoï d’éviter à tout prix de se fournir auprès du géant asiatique – dont les produits ont été homologués par l’OMS. « Si le régime accepte des vaccins chinois, comment pourra-t-il s’opposer ensuite aux agissements de Pékin dans les eaux de la région ? » questionne le chercheur Le Hong Hiep. 

D’autant que le pays de l’oncle Ho compte sur sa propre production. Quatre vaccins sont en cours de développement, faisant du Vietnam le seul pays de l’Asean lancé dans cette course. Le plus prometteur d’entre eux, le Nanocovax, est entré dans sa troisième phase de test début juin et pourrait être autorisé localement au mois d’août. L’entreprise en charge de son développement, Nanogen, dit pouvoir produire 10 millions de doses par mois. Ce produit « made in Vietnam » serait en mesure de « sensiblement accélérer la campagne vaccinale », estime Le Hong Hiep. A Hanoï, Pham Lan, qui « croi[t] en la médecine vietnamienne », l’attend avec impatience.  

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