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Le roi « Bibi » est détrôné, marquant la fin d’une époque en Israël. Ce dimanche, le petit pays hébreu ouvre une nouvelle page de son histoire : le Parlement a voté la confiance au gouvernement du nouveau Premier ministre Naftali Bennett, qui succède à Benyamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans. Sur les 119 députés présents (sur 120 au Parlement) 60 ont voté en faveur de la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe. Cinquante-neuf députés, principalement du parti Likoud de Benyamin Netanyahou, de l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, s’y sont opposés. 

En quelques semaines, le président du Likoud – parti conservateur israélien – a été chassé du pouvoir par un homme de presque quinze ans son cadet : Yaïr Lapid. Ce dernier a présenté avec le chef de la droite radicale Naftali Bennett leur coalition hétéroclite avant des discours de chefs de partis et le vote qui est intervenu dans la soirée. 

C’est donc un nouveau coup porté à Benyamin Netanyahou. « Le matin du changement », avait tweeté Yaïr Lapid. Après deux ans de crise politique, Israël reste suspendu à son destin politique dans un contexte diplomatique et économique délétère. Après les dernières législatives de mars, l’opposition avait décidé de se souder contre Benyamin Netanyahou. Retour sur les semaines qui ont fait basculer le « roi Bibi » que l’on croyait pourtant indéboulonnable. 

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Mars 2020. Aux termes des élections législatives – les quatrièmes en deux ans – la cacophonie règne pour former un gouvernement. Si le parti du Likoud mené par Benyamin Netanyahou arrive en tête, le Premier ministre israélien échoue à rallier un gouvernement de droite. Alors que son parti arrache la seconde place, Yaïr Lapid se voit confier la tâche de former une coalition, au début du mois de mai par le président Reuven Rivlin. En dix ans, il est parvenu à asseoir une crédibilité sur la scène politique israélienne. Cet ancien présentateur télé a quitté les plateaux en 2012 avant de créer son parti Yesh Atid (« Il y a un futur »). Cheveux poivre et sel, teint hâlé et toujours tiré à quatre épingles, le quinquagénaire compte sur son image de gendre idéal pour séduire la classe moyenne. 

Le roi « Bibi » s’accroche au pouvoir

Rapidement, la crise politique est entachée d’un conflit meurtrier qui éclate au début du mois de mai. Alors que les violences se poursuivent pendant onze jours entre l’armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas au pouvoir à Gaza, Yaïr Lapid place ses pions. Il réussit à convaincre le chef de la droite radicale Naftali Bennett de se lancer dans ce projet de gouvernement avec à la clé un partage du pouvoir et une rotation à la tête du gouvernement. Le 2 juin, un accord est décidé in extremis pour former un gouvernement du « changement » censé mettre un terme dans les prochains jours à plus d’une décennie de pouvoir de Benyamin Netanyahou. 

Et l’accord de coalition a de quoi surprendre. Conclu par les chefs de huit partis – deux de gauche, deux de centre, trois de droite et un arabe – ce gouvernement pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique d’Israël. La formation arabe islamiste Raam dirigée par Mansour Abbas a signé l’accord sans indiquer à ce stade si elle participerait activement au gouvernement. Les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948 qui représentent 20% de la population, restent généralement (deux exceptions en 71 ans) en marge du jeu politique. 

Mais le roi « Bibi » n’a pas dit son dernier mot. Sur le point d’être renversé, il n’a pas l’intention de faciliter la tâche à ses adversaires. Il faut dire que le sexagénaire a de bonnes raisons de s’accrocher à son siège, l’objectif pour lui étant d’essayer d’éviter son procès pour corruption et fraude. En quittant le pouvoir, il devient un simple député et ne pourra plus user de son influence pour tenter de faire adopter une loi pour le protéger de ses ennuis judiciaires. Benyamin Netanyahou commence, dès le lendemain de l’annonce de la coalition, à multiplier les tentatives de déstabilisation, espérant des défections de dernière minute. Il dispose d’une semaine avant le vote de confiance au Parlement.  

Un climat politique tendu

« Tous les députés élus grâce au soutien de la droite doivent s’opposer à ce dangereux gouvernement de gauche », a-t-il tweeté dans la matinée, rompant son silence depuis la proclamation de l’accord de coalition. Une déclaration qui peut paraître ironique si l’on considère le CV de Naftali Bennett – connu en Israël pour son nationalisme décomplexé. Depuis son compte Twitter personnel, le chef du Likoud a de son côté appelé ses anciens alliés de droite à « retirer maintenant » leurs signatures. Des soutiens du Premier ministre sortant ont organisé des rassemblements devant les domiciles de plusieurs membres du parti Yamina, dirigé par Naftali Bennett. L’ex-Premier ministre crie à la trahison depuis des jours, qualifiant son ancien bras droit de « la déception du siècle ». 

Dans une intervention télévisée, le millionnaire de la tech s’est adressé dimanche soir à Benyamin Netanyahou lui demandant de « cesser » la campagne « violente » contre les élus de droite de la nouvelle coalition. Accusé d’intimider les soutiens d’un possible gouvernement de coalition, l’ex-Premier ministre s’est défendu dimanche de toute « incitation à la violence », dans un climat politique tendu qui inquiète jusqu’aux services de sécurité locaux. Samedi soir, Nadav Argaman, le patron du Shin Bet (le service de renseignement intérieur israélien) est sorti de son habituelle réserve pour mettre en garde contre « une augmentation des discours incitant à la violence, notamment sur les réseaux sociaux ». 

Personnalité clivante en Israël, « Bibi » voit ses opposants se réjouir de son éviction. Ces derniers l’appellent le « Crime Minister », en référence à ces démêlés avec la justice. Samedi soir, 2000 Israéliens ont manifesté à Jérusalem pour célébrer la « victoire ». « Pour nous, c’est une grande soirée et demain sera un jour encore plus grand. J’en pleure presque. Nous nous sommes battus pacifiquement pour ça et ce jour arrive », lance Ofir Robinsky drapeau israélien, bleu et blanc, à la main. En plus de devoir affronter la colère d’une partie du peuple israélien, Netanyahou devra faire face, selon la presse locale, à une vague de contestation au sein du Likoud, des élus cherchant à tourner, en interne, la page « Bibi ». 

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Ce dimanche soir, le vote est donc intervenu. Sur les 119 députés présents (sur 120 au Parlement), 60 ont voté en faveur de la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe. Une page se tourne dans le pays.  

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