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Alors qu’elle est ravagée par les feux de forêt les plus destructeurs de son histoire récente, dans lesquels huit personnes ont déjà perdu la vie, la Turquie s’enflamme aussi sur Twitter avec le hashtag #HelpTurkey (« Aidez la Turquie »). 

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui affronte une de ses plus grandes crises en 18 ans de pouvoir, a semblé outré que son pays puisse avoir besoin d’aide. « En réponse à cela, il n’y a qu’une chose à dire : Strong Turkey », a déclaré ce dernier. Pour le dirigeant, il s’agirait même d’un acte de « terreur » propagé « depuis l’Amérique, l’Europe et certains autres endroits ». 

Mais la polémique va encore plus loin. Dans la foulée, le bureau du procureur a indiqué qu’il mènerait une enquête pour déterminer si les tweets avaient pour intention de « créer de l’anxiété, de la peur et de la panique au sein de la population, et d’humilier le gouvernement turc ». 

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Dans le même temps, le régulateur des médias a menacé d’infliger une amende aux chaînes de télévision qui ont continué à diffuser des images en direct des brasiers et à publier des articles « qui génèrent de la peur et inquiètent la population ». Des méthodes loin d’être anodines de la part de l’autoritaire leader Erdogan. 

Faux comptes ?

D’où vient le slogan ? Le gouvernement soutient que le hashtag #HelpTurkey est alimenté par des faux comptes utilisés pour manipuler l’opinion publique.  

Marc Owen Jones, professeur à l’Université Hamad bin Khalifa du Qatar, a estimé au cours d’une conférence de presse organisée par la présidence que près de 5% des tweets #HelpTurkey étaient postés par de faux comptes. 

« Je ne sais pas dans quel objectif. Ce que je peux dire, c’est que la manipulation a lieu », a dénoncé le chercheur britannique. « S’il s’agit au départ d’une campagne de manipulation, c’est très intelligent car #HelpTurkey est un message apparemment tout à fait innocent, on comprend pourquoi les gens ont tweeté cela ». 

Mais, il faut le savoir, les appels à la solidarité sont courants sur Twitter. Egalement touché par des incendies gigantesques, le voisin Grec voit aussi fleurir des messages contenant #HelpGreece (« Aidez la Grèce »). Athènes a déjà usé de l’aide internationale, dont celle de la France, qui a déployé 80 pompiers sur place et envoyé trois Canadairs en renfort. 

La Turquie manque elle aussi de moyens, et plus particulièrement de bombardiers d’eau. Le slogan apparaît aussi après une communication perçue comme déconnectée des réalités d’Erdogan, venu visiter les régions touchées par ces incendies dans un car sous forte escorte policière, équipé de mégaphones, à partir duquel il a été filmé jetant des sacs de thé aux habitants en pleine nuit. 

Guerre contre les réseaux sociaux

Plus largement, la polémique autour de #HelpTurkey intervient dans un contexte de tour de vis supplémentaire sur les réseaux sociaux, lieu encore vif de débats dans un pays où les médias favorables au gouvernement dominent. 

Après s’y être opposés à l’origine, Twitter, Facebook et les autres se sont finalement pliés aux nouvelles lois qui obligent les plateformes à désigner des représentants locaux pouvant saisir la justice dans le but de retirer des publications problématiques. 

Recep Tayyip Erdogan a annoncé l’arrivée d’une nouvelle loi de régulation des réseaux sociaux devant le Parlement en octobre, sans donner de détails sur son fonctionnement. 

Expert en droit numérique, Yaman Akdeniz émet des doutes sur l’explication des faux comptes. « Pendant que la polémique agite les réseaux sociaux, les incendies continuent dans la vraie vie », souligne-t-il. 

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« En réalité », conclut-il, « notre machine gouvernementale a de sérieux problèmes de fonctionnement, et va sans aucun doute introduire un nouveau crime puis une nouvelle loi sur la désinformation, dans le but de museler davantage les voix critiques sur les réseaux sociaux ». 

Opinions

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Par le Pr Gilles Pialoux

Incendies en Turquie : pourquoi le hashtag #HelpTurkey provoque la colère d’Erdogan