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Même dans un jour de victoire, Naftali Bennett a pu apercevoir l’âpre chemin qui l’attend. « Je comprends que ce ne soit pas un jour facile pour beaucoup aujourd’hui, mais ce n’est pas un jour de deuil, c’est un jour de changement, de changement de régime dans une démocratie », a-t-il voulu rassurer dimanche face à une opposition qui couvrait déjà ses paroles de huées au Parlement. « J’ai choisi ce qu’il fallait faire pour le bien d’Israël », a martelé celui qui devient le premier chef de gouvernement religieux de l’Histoire du pays à porter une kippa. 

Sa nouvelle position de Premier ministre d’Israël n’est en effet pas des plus confortables. Benyamin Netanyahou écarté après 12 ans de règne par un vote de confiance du Parlement, Naftali Bennett a pris la tête d’une coalition hétéroclite négociée par le centriste Yaïr Lapid d’une courte tête : soixante députés ont voté pour l’alliance, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe, et 59, principalement du parti Likoud de l’ancien Premier ministre, de l’extrême droite et des partis ultra-orthodoxes, s’y sont opposés. 

Un léger vent de fraîcheur souffle malgré tout sur Israël après deux longues années de crise politique. Dès l’annonce du résultat, une foule d’Israéliens ont célébré le départ du pouvoir de Netanyahou à Jérusalem, aux abords de la Knesset, mais aussi par milliers sur l’emblématique place Rabin, drapeaux israéliens au vent. Naftali Bennett, 49 ans, anciennement très proche de Netanyahou, se démarque par un ton ultralibéral et un « nationalisme » encore plus marqué que son prédécesseur. 

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Militaire millionnaire proche de « Bibi »

Naftali Bennett est né le 25 mars 1972 à Haïfa. Il est le fils de juifs libéraux américains, immigrés en Israël après la guerre de 1967 rappelle Le Monde. Marié à Gilat Bennett, pâtissière de formation, et père de quatre enfants, il suit une pratique stricte du judaïsme, néanmoins ouverte sur la modernité. 

Son parcours est d’emblée marqué par les accords de paix d’Oslo et les concessions faites en vue de la naissance d’un État palestinien auquel il ne goûte guère. Il sert donc d’abord dans la prestigieuse unité militaire « Sayeret Matkal », comme Benyamin Netanyahou avant lui. Avant de s’imposer comme un ténor de la « start-up nation » avec son entreprise de cybersécurité Cyotta vendue pour 145 millions de dollars en 2005. « Je ne mange pas 17 steaks et je n’ai pas d’avion ou de yacht privé. Cela m’a simplement donné la liberté de faire ce que je veux », avait-il défendu au sujet de sa richesse, il y a quelques années. 

Le diplômé en droit fait l’année suivante le saut en politique pour le Likoud, le parti pour lequel a toujours voté sa famille et où il devient le bras droit de « Bibi ». Il devient alors très vite une figure incontournable du « camp nationaliste », expression consacrée en Israël pour désigner ceux qui penchent du centre droit jusqu’à l’extrême droite. Colonialisme, hostilité envers la Cour suprême, proximité avec le monde des affaires… Ses points communs avec l’ancien Premier ministre sont très nombreux. Les deux se parlent très fréquemment en anglais selon Yom-Tov Kalfon, jeune avocat colistier de Bennett aux dernières législatives. « Netanyahou a vu très tôt en Bennett un homme à sa hauteur, l’un des rares capables de le remplacer. C’est sans doute pour cela qu’il s’en méfie autant », témoignait-il à L’Express, il y a un mois. 

Sa femme Sarah aussi. C’est elle qui est à l’origine de la séparation des deux hommes en 2008. Ce qui ne va pas avoir l’effet escompté sur la carrière de Bennett, qui s’écrit à partir de là hors du Likoud. 

A droite toute

L’homme au crâne dégarni ne baisse pas les bras. Il met le cap à droite et dirige le Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons israéliens en Cisjordanie, qui deviendront son fonds de commerce politique, même si lui n’a jamais habité dans l’une de ces implantations controversées. En 2012, il va jusqu’à prendre la tête du Foyer juif (ex-Parti national religieux), le parti des colons, qu’il agrège ensuite à d’autres micro-partis pour former « Yamina » (A droite), qui prône un ultra-libéralisme économique mais surtout l’annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie. 

L’homme du rassemblement et du « consensus » multiplie ainsi pendant des années des propos nationalistes musclés. Exemples : Il n’y a pas d’occupation israélienne en Cisjordanie car « il n’y a jamais eu d’Etat Palestinien ». Ou les « terroristes doivent être tués pas libérés », termes lancés à l’égard de prisonniers palestiniens. « Tant que j’aurai le pouvoir et le contrôle, je ne céderai pas un centimètre de terre de la Terre d’Israël. Point final », a-t-il également déclaré dans une interview en février 2021, relève la BBC. Il va jusqu’à réclamer la peine de mort pour les militants palestiniens les plus offensifs. 

Bennett, qui a occupé cinq portefeuilles ministériels depuis 2013 et était ministre de la Défense encore en 2019, n’a cependant jamais montré d’ardeur à transformer ces déclarations en véritable projet politique. Il s’est ainsi trouvé une « image faite sur mesure pour un public qui cherche désespérément un remplaçant légitime à Netanyahu », note plutôt Evan Gottesman de l’Israel Policy Forum.  

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Bennett, un simple homme de posture ? « Nous continuerons de construire dans les colonies et l’Etat développera mieux les infrastructures routières et les réseaux d’électricité et d’eau en Cisjordanie », a-t-il pourtant réaffirmé dimanche, cite Le Monde. Mais le temps lui est compté. L’accord passé avec Yaïr Lapid prévoit que Naftali Bennett passera la main en 2023 afin de laisser la place au centriste. 

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