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Avec à peine plus de 3% d’habitants ayant reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, Taïwan, pourtant loué son excellente gestion de l’épidémie, fait figure de mauvais élève mondial sur cette question. La récente vague – la toute première – qui s’est abattue sur le pays de 23,5 millions d’habitants fin mai, a convaincu les autorités d’accélérer le mouvement et de se pencher sur la livraison de nouvelles doses, en attendant les 30 millions promises par divers contrats (Moderna, AstraZeneca…), ainsi que le programme Covax de l’Organisation mondiale de la Santé, à la traîne. 

Mais un problème de taille s’est vite dressé : comment, dans le même temps, éviter de recourir à ceux élaborés par la Chine, auquel l’île tente de tenir tête, et pour lesquels la population est méfiante ? Pour rappel, le géant asiatique considère Taïwan comme l’une de ses provinces et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance ou d’intervention extérieure. La Chine maintient donc une pression permanente pour que l’île, déjà exclue de l’OMS, ne participe pas à l’Assemblée mondiale de la Santé. Et semble agir en coulisses pour qu’il ne reçoive pas non plus de vaccins venus de l’étranger. 

Drew Thompson, ancien responsable du département américain de la Défense chargé de gérer les relations bilatérales avec la Chine et Taïwan, cité par le quotidien britannique The Guardian, estime qu’accepter les conditions chinoises serait un « baiser de la mort » pour Taïwan. Les autres solutions sont tout aussi risquées. 

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Appui du Japon…

Fin mai, cette bataille autour des vaccins s’est intensifiée. Taïwan a clairement accusé la Chine d’entraver ses efforts pour obtenir des vaccins Pfizer/BioNTech depuis l’Allemagne. « Nous avions presque finalisé la signature du contrat avec le fabricant allemand à un moment donné, mais elle a été retardée jusqu’à maintenant parce que la Chine est intervenue », a déclaré la présidente Tsai Ing-wen dans un message publié sur sa page Facebook. 

Les autorités taïwanaises n’ont pas précisé les raisons pour lesquelles la Chine faisait obstacle à l’obtention de ces vaccins. Le distributeur de Pfizer/BioNTech pour la région de la Chine – qui comprend Taïwan – est Fosun Pharma, basé à Shanghai. Taipei a insisté sur le fait de traiter uniquement avec la société allemande. « Ce n’est qu’en achetant (les vaccins) au fabricant d’origine que nous pouvons obtenir une garantie directe de qualité et de sécurité, afin d’éviter le double risque juridique et politique », a indiqué Tsai Ing-wen. 

Il y a dix jours, le Japon a suscité la colère de Pékin en annonçant un don de 1,24 million de doses de vaccins AstraZeneca à Taïwan. Interrogé à cet instant sur ce don japonais, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a dit espérer que Tokyo et Taipei « aient à coeur de sauver des vies et non pas de se livrer à du théâtre politique ». « Pour satisfaire leurs intérêts politiques, les autorités (taïwanaises) continuent de faire de la manipulation politique », a poursuivi Wang Wenbin lors d’un point presse. 

…Et des États-Unis

Un autre soutien est venu ternir un peu plus les relations entre la Chine et Taïwan. Et pas n’importe lequel : venant de « l’ennemi » américain. Une délégation de trois sénateurs des Etats-Unis a atterri le 6 juin à Taïwan, y annonçant que Washington allait donner 750 000 doses de vaccins contre le Covid-19 à son allié. 

« Nous sommes ici en amis car nous savons que Taïwan fait actuellement face à des difficultés, ce qui explique l’importance de notre visite à tous trois, issus des deux partis », a déclaré la sénatrice démocrate Tammy Duckworth.  

Un geste plutôt inhabituel de la part des Etats-Unis d’envoyer des responsables officiels à Taïwan à bord d’un appareil militaire. D’autant plus que Washington a rompu ses relations diplomatiques avec Taipei en 1979 afin de reconnaître Pékin comme le seul représentant officiel de la Chine. Mais les Etats-Unis restent l’allié le plus puissant de Taïwan et son fournisseur d’armes numéro un.  

Les relations se sont également réchauffées depuis l’annonce, début mai, de la construction de plusieurs usines des très précieux semi-conducteurs aux Etats-Unis par l’un des leaders du secteur, le taïwanais TSMC. 

Vaccins maisons ?

A Taïwan, la question des vaccins est une priorité médicale, mais aussi politique. Comme le rappelle le Guardian, la cote de popularité de Tsai Ing-wen a drastiquement chuté, passant de 70 % à environ 40 % au cours des 12 mois qui ont suivi sa réélection en janvier 2020. La sortie de crise pourrait passer par l’acquisition de vaccins étrangers mais fabriqués en Chine, à l’image du sérum Fosun/BioNTech (ARNm), auquel un Taïwanais sur deux ferait confiance, selon Nikkei. 

Un autre espoir réside dans la création de vaccins nationaux. Trois compagnies, United Biomedical, Medigen and Adimmune Corp, sont actuellement en phase de test. Celui de Medigen, conçu avec l’aide du ministère de la Santé américain et reposant sur un adjuvant à base de protéine recombinante, comme celui en cours d’élaboration chez Sanofi, pourrait très prochainement obtenir le droit de réaliser des tests cliniques massifs sur la population. Mais une polémique a pointé le bout de son nez. Un ancien membre du comité d’examen des vaccins de Taïwan a récemment a accusé la présidente d’avoir exercé une pression pour approuver les vaccins nationaux encore en phase d’essai, en promettant une arrivée sur le marché d’ici juillet. 

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L’ombre de la Chine plane en cas d’échec de ces deux solutions. « Il serait insensé de dire non, selon Lev Nachman, chercheur invité à l’Université nationale de Taiwan, interrogé sur la question de l’envoi de vaccins chinois. Mais ce serait une mesure de dernier recours. » 

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