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Sur les murs de son petit bureau du centre-ville de Jérusalem, Itaï Mack a accroché des photos en noir et blanc de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et des affiches de l’ONG Amnesty International. Ce jeune avocat consacre sa carrière à l’analyse des ventes d’armes et de technologies sensibles en Israël, et surtout aux dérives qui leur sont liées. L’affaire NSO, du nom de l’entreprise israélienne qui a fourni le logiciel Pegasus à des Etats autoritaires pour surveiller opposants, journalistes et hommes politiques, met en lumière ce côté sombre de la « start-up nation » israélienne. 

« Cette affaire a dévoilé de façon spectaculaire les relations commerciales entre des sociétés israéliennes et des régimes peu soucieux des droits de l’Homme, souligne ce juriste. Au cours de ces deux dernières décennies, l’Europe et les Etats-Unis ont progressé vers le respect de critères éthiques dans le commerce militaire, ils ont imposé des embargos à des pays avec lesquels Israël continue de travailler. Nous devons absolument respecter les mêmes lignes rouges que les pays occidentaux. » 

Israël confronté aux dérives de ses entreprises

D’habitude, les combats d’Itaï Mack laissent de marbre la classe politique et les médias israéliens. La plupart de ses recours devant la Cour suprême ont été rejetés. Mais le cataclysme mondial provoqué par l’affaire NSO-Pegasus plonge Israël et son nouveau gouvernement dans l’embarras : la Knesset vient de créer une commission d’enquête et, sous pression internationale, le ministre de la Défense a promis la transparence. « Israël, en tant que démocratie libérale occidentale, contrôle ses exportations de cybersécurité en conformité avec la loi des exportations militaires », a assuré Benny Gantz, en promettant une « action appropriée » en cas de dérapage de NSO.  

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En pratique, chaque contrat entre une entreprise de cybersécurité et un pays étranger doit recevoir l’aval de l’API, l’organisme de contrôle du ministère de la défense israélien. Dans le cas d’un système d’espionnage, l’API conditionne son utilisation aux seules luttes contre le terrorisme et la criminalité. « NSO n’aurait pas pu vendre une allumette sans l’accord du gouvernement israélien, affirme Gabi Siboni, un ancien du secteur, aujourd’hui chercheur au centre de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité. Je ne connais pas exactement les clauses du contrat mais, par nature, l’interprétation des restrictions est forcément élastique. Par exemple, on ne doit évidemment pas espionner un journaliste mais, d’un autre côté, un journaliste peut aussi être un terroriste en puissance. Il revient au gouvernement israélien de vérifier avec les pays concernés si les règles ont été transgressées. » 

« NSO n’aurait pas pu vendre une allumette sans l’accord du gouvernement israélien. » Gabi Siboni, ancien du secteur des nouvelles technologies israéliennes

Les appels à une régulation internationale, lancés notamment par Edward Snowden, ont reçu peu d’échos dans un pays où la surveillance électronique est perçue comme une réponse légitime et efficace aux menaces ennemies, Iran en tête. En outre, plusieurs spécialistes mettent en garde contre une régulation trop contraignante, qui s’avérerait contre-productive. « L’interdiction de la vente de ce type de logiciels déplacerait le problème, assure Daniel Cohen, expert en cybersécurité au centre Blavatnik de Herzlya, près de Tel-Aviv. Les régimes autoritaires achèteraient ces systèmes sur le darknet, et les possibilités de contrôle seraient bien moindres qu’aujourd’hui. » 

Le Premier ministre Naftali Bennett, devenu lui-même multimillionnaire grâce à la cybersécurité, a indiqué cette semaine que 41% des investissements mondiaux du secteur bénéficiaient à des sociétés israéliennes. Cette domination écrasante a permis à l’Etat hébreu de nouer d’inattendues alliances diplomatiques, notamment avec le Maroc, où le ministre des Affaires étrangères Yaïr Lapid doit se rendre ce lundi afin de sceller la normalisation amorcée cet hiver.  

De la ‘diplomatie du Uzi’ à celle de Pegasus

Selon la presse israélienne, les percées diplomatiques de ces dernières années, du rapprochement avec l’Inde et le Rwanda à la normalisation avec les Emirats arabes unis, le Maroc et Bahreïn, s’accompagnent systématiquement de la vente du logiciel Pegasus. « Dans les années 60, on appelait cela la ‘diplomatie du Uzi’, raconte Itaï Mack. Israël vendait son fusil-mitrailleur à toutes sortes de régimes peu recommandables en échange d’un soutien dans les forums internationaux. La vente de technologie d’espionnage comme Pegasus s’inscrit exactement à la même logique. » 

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Dans le passé, cette stratégie diplomatique d’alliance basée sur des ventes d’armes n’a pas toujours été payante. La guerre de Kippour en 1973 a ainsi remis en cause des années de relations avec des pays d’Afrique basées sur le commerce militaire. Mais les accords de normalisation avec les EAU ou le Maroc semblent autrement plus solides et devraient inciter Israël à continuer d’user sans trop de retenue de son précieux softpower. 

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