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Du nouveau dans les relations entre les États-Unis et la Corée du Nord. Le dictateur Kim Jong un a récemment « souligné la nécessité de se préparer autant au dialogue qu’à la confrontation », dans un discours sur sa stratégie lors d’une réunion plénière du Comité central du parti des travailleurs. Pour une poignée d’observateurs, le dirigeant nord-coréen pose ainsi les premières fondations de sa future relation avec le président démocrate Joe Biden, après « l’idylle » diplomatique vécue avec Donald Trump. Sera-t-elle pour autant nécessairement plus tendue ?  

Prudence, tempère Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), enseignant à Sciences Po et auteur du livre « Corée du Nord : plongée au coeur d’un Etat totalitaire », qui rappelle le contexte difficile dans lequel est actuellement plongé l’État asiatique en raison de la crise sanitaire du Covid-19. 

L’Express : Lors de sa dernière sortie (« se préparer autant au dialogue qu’à la confrontation »), Kim Jong-un pose-t-il les bases de sa nouvelle relation avec le nouveau président américain Joe Biden ? 

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Antoine Bondaz : Attention, les Etats-Unis ne sont pas explicitement mentionnés. Il s’agit bien de la Corée du Nord qui doit être prête au dialogue comme à l’affrontement. Mais, finalement, ce sont des éléments de langage assez classique. À mon sens, le fait que le dialogue soit mentionné est le plus important. C’est en soi une ouverture de la part de la Corée du Nord et cela confirme ce qu’on sait depuis plusieurs mois : le pays est dans une attitude extrêmement réservée. Est-ce en raison du changement de président américain justement, ou du Covid ? Tout ce que l’on sait, c’est que la Corée du Nord n’a pas toujours agi de cette manière. La transition Obama-Trump, où la Corée du Nord enchaîne les provocations, des essais de tirs continentaux, ou même Bush-Obama ont été des périodes de très fortes tensions. En mai 2009, cela a notamment été le moment choisi par le régime afin de lancer un deuxième essai nucléaire. 

Je pense que l’on assiste en réalité à une période d’attente. La Corée du Nord avait parfaitement conscience qu’il y aurait un tournant avec l’administration Trump. Au sujet d’une rencontre interpersonnelle, le président Biden a été clair : il ne reproduira pas ce qui a été fait avec son prédécesseur [« Je ne ferai pas ce qui a été fait dans un passé récent, je ne lui donnerai pas tout ce qu’il cherche, notamment la reconnaissance de sa légitimité sur le plan international, a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec le président sud-coréen en mai, NDLR]. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu’il y aura un serrage de vis. S’il y a un jour un nouveau sommet entre les deux pays, il y aura cette fois des négociations en amont. Pas comme à Hanoï avec Trump. Mais il faut être honnête, ce dossier représente moins une priorité pour Biden qu’il ne l’était pour son prédécesseur. 

Que représentaient dans ce cas les deux missiles balistiques lancés en mars par le régime nord-coréen ? 

Cela s’intègre dans la stratégie nord-coréenne concernant ses essais balistiques. Ils en ont tiré entre 20 et 30 entre 2019 et 2020. Ce n’est donc pas une provocation particulière. Un missile mer-sol balistique stratégique (SLBM), l’envoi d’un missile air-sol, où des missiles à portée intermédiaire capables d’atteindre l’île de Guam [une importante base pour les forces armées américaines dans le Pacifique, NDLR] ressembleraient davantage à une provocation.  

Par contre, le message de fond est lui déjà très clair grâce aux deux défilés d’octobre 2020 et de janvier 2021. La Corée du Nord y a présenté des systèmes d’armes nouveaux, confirmant qu’elle continue à développer ses capacités militaires asymétriques, de balistique, d’artillerie. 

Selon un rapport d’experts du renseignement américain publié en avril, l’accalmie pourrait toutefois être de courte durée. La Corée du Nord pourrait reprendre ses essais nucléaires cette année afin de forcer l’administration Biden à revenir à la table des négociations, explique-t-il. Est-ce crédible ? 

Ce n’est pas impossible, mais nous ne disposons d’aucun indice ni élément pensant que ça pourrait changer. Puis, à mon sens, un essai nucléaire n’est pas fait pour provoquer les Etats-Unis. Cela n’aboutirait qu’à des sanctions supplémentaires. Non, un essai nucléaire est réalisé dans le but de se développer sur un plan technologique. 

Comment expliquer la situation « d’attente » dans laquelle se trouve alors la Corée du Nord ?  

La situation intérieure s’est tout simplement dégradée. C’est un paradoxe : alors que l’Europe et une partie du monde voient le virus reculer et rouvrent ses frontières, en Corée du Nord la situation est pire qu’en janvier 2020. Car ce qui circule actuellement, le variant Delta notamment, est encore plus contagieux. S’il se propage, cela aura des effets pires qu’il y a un an. Kim Jong-un a donc confirmé que les frontières resteront strictement fermées. 

Pour le reste, c’est le flou. Les observateurs manquent de visibilité sur ce qu’il se passe dans le pays. Toutes les ONG sont parties l’année dernière du fait de la pandémie. Même la Croix-Rouge. L’année dernière a également été marquée par un typhon, qui a généré moins de récoltes. Si l’on cumule ces problèmes à la difficulté de faire venir des marchandises de l’étranger, de l’engrais, des pièces pour les machines, tout cela à un impact sur la production céréalière du pays. 

Finalement, le Covid-19 a des conséquences bien plus importantes que les différentes sanctions à l’égard du régime. Et les discussions sont rompues. Les négociateurs ne peuvent ni sortir ni entrer en Corée, et ils ne négocient pas par Zoom. Si Pyongyang souhaite se lancer dans une campagne d’essais, de tensions, il faut l’assumer. En 2016, 2017, elle était en état de le faire. Aujourd’hui, est-ce vraiment dans leur intérêt de relancer une campagne d’essais ? 

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Réputée plus « agressive » encore que son frère, Kim Yo-jong peut-elle avoir un rôle dans les nouvelles relations que va tisser la Corée du Nord avec les Etats-Unis ? Elle a récemment défendu les Etats-Unis de « répandre une odeur de poudre », s’ils veulent éviter « une riposte à en perdre le sommeil ». 

Non. Il y a eu il est vrai des petites évolutions politiques, une réorganisation au sein du parti, avec un tout petit peu plus de délégation, mais qui ne changent rien au niveau de la responsabilité et de l’autorité, qui restent entre les mains de Kim Jong-un. Sa petite soeur, Kim Yo-jong, elle, ne fait pas partie du comité politique, elle n’apparaît pas non plus dans les plus grands évènements. Elle a effectivement un rôle important pour assister son frère et envoyer des messages vers la Corée du Sud ou les Etats-Unis. Tout simplement parce que quand elle s’exprime, ses propos sont tout de suite plus commentés que s’ils sortaient du numéro 2 du parti, par exemple. Elle semble donc être utilisée comme caisse de résonance plutôt qu’autre chose. 

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