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Au Liban, la politique a plus que jamais ses raisons que la raison ignore. Le pays a beau s’effondrer à une vitesse vertigineuse – en juin, un rapport de la Banque mondiale qualifiait la crise libanaise comme l’une des trois pires que le monde ait connue depuis le milieu du 19ème siècle -, la situation ne provoque aucun sentiment d’urgence au sein de la classe politique.  

Neuf mois après avoir été désigné Premier ministre, Saad Hariri a jeté l’éponge jeudi 16 juillet, après avoir pris acte de son incapacité à trouver un terrain d’entente avec le chef de l’Etat Michel Aoun. Les deux têtes de l’exécutif, partenaires obligés dans la formation du gouvernement, se sont livrés pendant des mois une bataille de prérogatives concernant l’attribution des différents portefeuilles.  

Pressions chiites

Michel Aoun souhaitait nommer tous les ministres chrétiens, qui constituent la moitié du cabinet, et être ainsi en position de force, dans un moment politique considéré comme décisif par toutes les parties. Saad Hariri défendait de son côté le respect de la constitution, qui confère au Premier ministre la tâche de présenter une mouture au président, qui doit ensuite l’accepter ou la refuser. Mais le leader sunnite a cédé à la pression des deux partis chiites, le Hezbollah et Amal, les laissant choisir leurs maroquins et nommer leurs ministres, ce qui a ouvert la voie aux revendications du camp aouniste demandant à être traité de la même façon. Dans un contexte différent, toutes les parties auraient sans doute fini par trouver un compromis à la libanaise : un cabinet, où tous les désaccords auraient été mis sous silence, mais où le gouvernement aurait été incapable d’entreprendre la moindre réforme, en raison des intérêts contraires qui animent les formations politiques qui le composent.  

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Changer la donne

Mais le soulèvement d’octobre 2019 et la crise économique qui frappe le pays de plein fouet ont changé la donne. Elles ont mis fin au partenariat entre Saad Hariri et Michel Aoun, qui avait permis à ce dernier d’accéder à la présidence en 2016, et ont rendu quasi-impossible le retour au traditionnel partage du gâteau qui dictait jusqu’alors la vie politique libanaise. Et pour cause, le prochain gouvernement sera dans l’obligation d’entreprendre de sérieuses réformes s’il veut pouvoir bénéficier d’une aide financière internationale, seule possibilité pour sortir de la crise dans laquelle le pays est plongé. Cela implique de prendre des décisions impopulaires et souvent contraires aux intérêts particuliers des chefs politiques locaux. Le pays traverse en effet une grave crise humanitaire, sans pourtant être le théâtre d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle.  

Un enfant sur trois dort le ventre vide

La population est confrontée à des pénuries d’essence et de médicaments, les hôpitaux n’ont plus les moyens d’administrer certains soins basiques, et le dollar s’échange désormais à plus de 20 000 livres sur le marché noir (le taux officiel est de 1500 livres pour un dollar). Concrètement, cela signifie que pour plus de la moitié de la population, le fait de se déplacer, de se nourrir ou de se soigner ressemble désormais à un parcours du combattant. Selon un rapport de l’Unicef publié en juillet, « un enfant sur trois s’endort aujourd’hui le ventre vide » au pays du Cèdre.  

Tandis que les barons locaux brillent par leur immobilisme, les chancelleries s’activent. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé le 12 juillet qu’un « consensus » avait été trouvé entre les Etats membres de l’Union européenne (UE) afin de mettre en place « avant la fin du mois » un « cadre juridique » de sanctions visant des responsables libanais. Alors que la menace des sanctions est brandie depuis des mois, Paris veut passer à la vitesse supérieure, conscient de l’échec de son initiative pour faire sortir le pays de la crise malgré les deux déplacements d’Emmanuel Macron en août et en septembre 2020.  

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Convaincre Riyad de revenir dans le jeu

Contrairement aux sanctions américaines, qui sont concentrées sur le Hezbollah et ses alliés, celles mises en place par l’UE devraient toucher l’ensemble du spectre politique. Paris et Washington sont par ailleurs à l’initiative pour tenter de convaincre Riyad de revenir dans le jeu libanais. Considérant que le pays est entre les mains du Hezbollah, milice à la solde de l’Iran, l’Arabie Saoudite s’en est désengagé depuis 2017, ce qui a eu pour effet de renforcer l’influence de son adversaire. Aux complexités locales s’ajoutent ici les dynamiques régionales. Pour regagner les faveurs de Riyad, son ancien parrain, Saad Hariri ne pouvait pas accepter un compromis dans lequel il n’aurait pas été en position de force. De l’autre côté de l’échiquier, le Hezbollah est moins intéressé aujourd’hui par la formation d’un gouvernement que par l’évolution des tractations diplomatiques concernant le dossier du nucléaire iranien. Dans un tel contexte, le pays risque de se retrouver sans gouvernement jusqu’aux prochaines élections législatives prévues en mai… si toutefois elles sont maintenues.  

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