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Le réveil est douloureux. Près de 27 ans après le slogan « une vie meilleure pour tous », lancé par le Congrès national africain – dirigé à l’époque par Nelson Mandela -, la nation arc-en-ciel sombre dans un chaos jamais vu depuis la fin de l’apartheid. Et les pyromanes se cachaient peut-être au sein du parti dominant depuis 1994. A l’heure du ramassage des décombres, après une semaine d’émeutes ayant causé la mort d’au moins 212 personnes, la police enquête sur 12 individus soupçonnés d’avoir organisé l’anarchie.  

Le point de départ de la révolte ? L’emprisonnement de l’ex-président Jacob Zuma, condamné à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice, après son refus de comparaître devant une commission anti-corruption. « Sa détention a été le catalyseur, mais le pays était assis depuis longtemps sur une poudrière », estime Daniel Silke, directeur du cabinet de conseil Political Futures, à Cape Town. Ces événements sont le miroir des deux maux de l’Afrique du Sud : la faillite de l’économie, dans un pays où les niveaux de pauvreté et d’inégalité ont constamment augmenté ces vingt dernières années ; et celle de l’ANC, le parti au pouvoir qui a construit un Etat faible et n’a cessé d’être déstabilisé par ses divisions internes. » 

Anarchie organisée

Les autorités accusent l’entourage de Jacob Zuma d’avoir tiré les ficelles. Parmi les suspects, un de ses proches, Thulani Dlomo, ex-ambassadeur au Japon, à la tête d’une unité de renseignement du pays jusqu’en octobre 2019. Surnommé « l’espion de Zuma », il serait l’un des instigateurs des violences qui ont éclaté dans le Kwazulu-Natal, province du sud-est du pays. « Les pillages de magasins ont fait la une de tous les médias, mais il faut aussi souligner le ciblage d’installations stratégiques, comme des relais téléphoniques, des stations de traitement des eaux, des écoles. L’objectif n’est pas de voler, mais bien d’affaiblir l’Etat », insiste Daniel Silke. Et le mode opératoire n’est pas anodin, abonde Jane Duncan, professeur à l’Université de Johannesburg, dans un entretien à la télévision Newszroom Afrika : « Les fauteurs de troubles ont suivi un manuel de contre-espionnage classique : neutraliser et entraver l’économie en attaquant de manière très systématique les infrastructures critiques, semer la panique publique et donner l’image d’un président dépassé. Tout cela suggère un entraînement et un savoir-faire opérationnel important. » Des vétérans du « MK » – l’ancien bras armé du Congrès national africain qui luttait, à l’époque, contre le régime d’apartheid -, connus pour leurs accointances avec Jacob Zuma – un ancien compagnon de lutte de Mandela – seraient impliqués. 

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Ce chaos organisé expose au grand jour des luttes intestines au sein du parti au pouvoir. Divisé entre une faction pro-Zuma et une autre pro-Ramaphosa, l’ANC n’a jamais retrouvé un leadership à la hauteur de Mandela. L’actuel président a succédé à Zuma, poussé à la démission par son propre parti en 2018 sur fonds d’affaires de corruption. Mais en neuf ans à la tête de l’Etat, « Teflon » – surnom donné à Zuma pour sa ténacité à échapper à la justice – a eu le temps de construire des réseaux de favoritisme, explique l’analyste Daniel Silke. « Il a distribué les contrats, notamment à l’empire industriel de la famille Gupta, et tout cela a débouché sur le versement de rétrocommissions, non seulement à Zuma, mais à une multitude de hauts cadres. Autant de gens qui n’ont qu’une crainte : se voir à leur tour inquiétés par la justice. » A quel point ces réseaux ont-ils pu influencer les violences de ces derniers jours ? Il est trop tôt pour le dire. 

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« La question est désormais de savoir si Ramaphosa va prendre un virage autoritaire », commente Piers Pigou, de l’International Crisis group. Le déploiement de 25 000 soldats a provoqué des commentaires acerbes, et même des comparaisons avec l’apartheid. « Il y a une différence de taille : aujourd’hui, notre Constitution garantit des contre-pouvoirs », complète Piers Pigou. Mais il reste clair qu’une réponse sécuritaire risque d’aggraver encore la situation, alors que le taux de chômage a atteint un niveau record de 32,6%. La « société libre et démocratique » dont rêvait Mandela en 1964 semble bien loin.  

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