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Les observateurs mondiaux et européens ne sont pas tendres après la renonciation du Premier ministre Saad Hariri, jeudi, à former un gouvernement neuf mois après sa nomination. Ce dernier devait mettre en place une équipe censée lancer des réformes indispensables pour débloquer notamment des aides internationales cruciales. Son échec a suscité des critiques de l’ONU et de la France, qui fait pression sur les dirigeants libanais face à l’effondrement du pays depuis l’explosion au port de Beyrouth. 

« Décevant » est le qualificatif choisi par Washington. L’abandon de Saad Hariri « est une nouvelle déception pour le peuple libanais », a estimé le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. « La classe politique libanaise a gaspillé les neuf derniers mois », a déploré le chef de la diplomatie américaine, qui appelle les dirigeants du pays du Cèdre à « mettre leurs différends de côté sans tarder ». 

La France, elle, parle « d’autodestruction cynique ». « Mais il est encore temps de se ressaisir », a tempéré le ministre français des Affaires étrangères. « Cela ramène les responsables politiques libanais devant leurs responsabilités », a ajouté Jean-Yves Le Drian, en déplorant que ce retrait intervienne à quelques jours de l’anniversaire de la tragédie du port de Beyrouth. Un porte-parole de l’ONU a de son côté réitéré l’appel de l’organisation « aux dirigeants politiques du pays à s’entendre rapidement sur la formation d’un nouveau gouvernement ». 

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La porte des discussions « close »

Des heurts ont éclaté dans la soirée entre les forces de sécurité et des dizaines de manifestants qui se sont rassemblés dans la foulée de l’annonce de Saad Hariri. Il a indiqué à la presse avoir rencontré jeudi le président Michel Aoun, qui réclamait des amendements à la liste du gouvernement auxquels il s’opposait.  

« Il est clair que la position (de Michel Aoun) n’a pas changé », a-t-il déclaré. « Je lui ai proposé plus de temps pour réfléchir et il a dit ‘Nous ne pourrons pas nous mettre d’accord’. C’est pourquoi je me suis excusé de ne pas pouvoir former le gouvernement. » La présidence a répondu dans un communiqué que Saad Hariri « n’était prêt à discuter d’aucun amendement ». « Quel est l’intérêt d’un jour supplémentaire si la porte des discussions est close ? » 

Michel Aoun doit désormais entamer des consultations pour choisir un chef de gouvernement. Les partis commenceront ensuite leurs traditionnels marchandages, souvent interminables, pour former un gouvernement dans ce pays multiconfessionnel mis en coupes réglées par les barons des diverses communautés. 

Depuis plusieurs mois, Saad Hariri reproche au président d’entraver la formation du gouvernement en insistant sur une « minorité de blocage » au sein de la prochaine équipe et en cherchant à imposer une répartition « confessionnelle et partisane » des portefeuilles. « Si je formais le gouvernement que Michel Aoun voulait (…) je ne pourrais pas diriger le pays » et mener des réformes, a-t-il ajouté à la chaîne télévision libanaise Al-Jadeed. Saad Hariri a plusieurs fois réitéré son attachement à un gouvernement de technocrates, réclamé à l’international. 

Effondrement économique

Le 7 mars 2020, le Liban, qui croule sous une dette de 92 milliards de dollars (170% du PIB), faisait défaut pour la première fois de son histoire sur une première tranche de sa dette d’un montant de 1,2 milliard de dollars. Le 23, il annonçait qu’il ne paiera pas l’ensemble de ses bons du Trésor émis en dollars avant d’annoncer un défaut sur toute sa dette. 

La crise sanitaire, puis l’explosion du port de Beyrouth n’ont fait qu’aggraver la situation. Le gouvernement actuel, chargé des affaires courantes, a démissionné après cette catastrophe qui fait plus de 200 morts et 6500 blessés, un coup de grâce pour une population déjà à genoux. Plus de la moitié de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté et le pays, à court de devises, fait face à de nombreuses pénuries (médicaments, carburant, électricité, etc.). 

Dans ce contexte, le 1er juin, la Banque mondiale a affirmé que l’effondrement économique du Liban risquait d’être classé parmi les pires crises financières du monde depuis le milieu du XIXe siècle. 

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Le 9 juillet, les pharmacies ont lancé une grève très suivie, tandis que deux grandes centrales électriques sont à l’arrêt pour cause de pénuries de carburant. La livre libanaise, elle, n’a cessé de dégringoler sur le marché noir, entraînant une hausse massive des prix. Officiellement arrimée au dollar, à 1507 livres pour un billet vert, elle se vendait plus de 20 000 livres pour un dollar après l’annonce de Saad Hariri, contre 19 700 jeudi matin. La crise est totale, au Liban. 

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