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La liberté de la presse toujours plus à la peine en Algérie. Le régime a annoncé dimanche retirer son accréditation à la chaîne d’information hexagonale France 24, au motif d’une « hostilité manifeste et répétée ». « Notre couverture de l’actualité algérienne se fait dans la transparence, l’indépendance et l’honnêteté », s’est défendue la chaîne dans un message lu à l’antenne. Au mois de mars, Alger avait déjà mis en garde France 24 pour sa couverture du mouvement de protestation du Hirak. Pour Kader Abderrahim, directeur de recherches à l’Institut de prospective et de sécurité en Europe (IPSE), et auteur de Géopolitique de l’Algérie, cette décision est révélatrice d’un durcissement du régime dans un contexte électoral tendu, alors que les résultats des législatives anticipées de samedi n’ont toujours pas été dévoilés. 

L’Express : Comment expliquer ce retrait d’accréditation en Algérie de la chaîne France 24 ? 

Kader Abderrahim : Le régime a évoqué une « hostilité manifeste » de la chaîne, mais cela ressemble davantage à une décision arbitraire qu’à une décision motivée par des manquements à la déontologie journalistique. En réalité, on attend encore des explications crédibles, au-delà de ces éléments de langage creux émanant du ministre de la Communication Ammar Belhimer. 

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Toutefois, ce retrait d’accréditation n’est qu’une demi-surprise au vu du contexte politique actuel en Algérie. Tout ce qui contribue à la critique du régime et à son fonctionnement est aujourd’hui l’objet d’une répression. Cette même répression – qui s’exerce également sur les journalistes algériens – est révélatrice du fait que le régime a décidé de ne plus tolérer aucun écart. 

Et la presse française n’échappe pas à ces pressions, parce qu’elle est libre et a des relais en Algérie. Ce qui pour le régime constitue une menace potentielle au discours officiel. C’est la raison pour laquelle la presse française est considérée comme un enjeu de politique intérieure par le régime. De plus, les autorités algériennes considèrent que le traitement de l’actualité par les journalistes français peut avoir une influence sur le reste de l’Europe, dans la mesure où la France est le pays qui connaît le mieux l’Algérie sur le Vieux Continent. 

Vous soulignez que la répression s’exerce également sur les journalistes algériens, ce retrait de l’accréditation de France 24 est-il aussi pour le régime un moyen de leur envoyer un message de fermeté ? 

Tout à fait. L’objet est de dire que personne n’est à l’abri, pas même les journalistes français. La veille des législatives anticipées de samedi, les journalistes algériens Khaled Drareni et Ihsane El Kadi ont été arrêtés et placés en détention pendant 24 heures, avant d’être relâchés. Il y a une sorte de harcèlement judiciaire qui s’exerce contre la presse actuellement en Algérie. Cela s’est considérablement accentué ces derniers mois, et rien ne laisse présager une amélioration. 

Être journaliste aujourd’hui en Algérie est un vrai sacerdoce. Il est extrêmement difficile pour eux d’exercer leur métier et d’obtenir des informations. La presse algérienne a été marginalisée par le régime pour éviter que les journalistes n’aillent voir de trop près certains dossiers, ou qu’ils ne critiquent avec force et arguments les tribulations du régime. 

Cependant, si cela est plus visible lorsqu’il s’agit des journalistes, ils ne sont pas les seuls à être visés. Des militants du Hirak, des avocats, des syndicalistes, ou encore de simples citoyens ont aussi été arrêtés pour avoir seulement manifesté leur mécontentement. Aujourd’hui la répression s’exerce tous azimuts sur l’ensemble du corps social algérien. Le régime est sur la défensive et se trouve dans une impasse politique, donc il cherche à tout prix à éviter une implosion. 

Le contexte électoral tendu – avec des résultats des législatives anticipées qui ne sont toujours pas connus plus de 72h après le scrutin – cristallise-t-il encore davantage les tensions ?  

Absolument. Depuis la démission de Bouteflika et la mort de l’ancien chef d’état-major des armées Gaïd Salah, il y a une phase de flottement en Algérie. Différents clans se battent pour prendre le pouvoir et pérenniser le système et son fonctionnement. Mais la volonté du président Tebboune d’organiser des élections anticipées n’avait pas une vocation démocratique. 

Parmi tous les candidats qui se présentent au suffrage, il n’y en a aucun qui évoque réellement un projet ou avance des idées nouvelles. Le pays se recroqueville sur lui-même et il y a une importante crise de légitimité du régime. Cette déliquescence de la sphère publique explique directement le mécontentement de la population et le durcissement considérable de la répression ces derniers mois. 

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Doit-on s’attendre à d’autres durcissements dans les semaines et mois à venir ? 

Malheureusement, je pense que oui, et cela a déjà commencé contre la population. On compte tout de même actuellement plus de 280 détenus d’opinion dans le pays. Le harcèlement judiciaire en cours contre les opposants rappelle les heures sombres du régime dans les années 1970 et 1980, avec une pression permanente qui était exercée sur la population. Aujourd’hui, on se retrouve dans une situation un peu analogue, après une longue période de règne de Bouteflika pendant 20 ans, marquée par la gabegie et la prédation de l’économie algérienne par le régime. 

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