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Depuis la fondation du Parti communiste chinois, il y a cent ans, et la naissance, un an plus tard, de l’Union soviétique, les relations entre Pékin et Moscou ont connu davantage de bas que de hauts, mais nombre d’observateurs semblent penser qu’elles sont aujourd’hui suffisamment solides pour parler d’une authentique alliance. Il est vrai que vingt ans après la signature du « Traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération » (16 juillet 2001), les deux capitales semblent s’être entendues pour que celui-ci soit automatiquement prolongé lorsqu’il arrivera à expiration en 2022. 

Pacte de non-agression

Mais si alliance il y a, elle est essentiellement fondée sur une convergence d’intérêts. Il n’y a aucun engagement de défense entre les deux pays – ce n’est donc pas une véritable alliance militaire, tout juste une sorte de pacte de non-agression. L’Organisation de coopération de Shanghai, qui les réunit avec des Etats d’Asie centrale, n’a rien à voir avec l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord. 

Et si elle semble tactiquement solide, elle est sans doute stratégiquement fragile. La connivence sino-russe est réelle et va croissant depuis une dizaine d’années, à mesure que Pékin et Moscou se radicalisent politiquement. Elle est d’abord anti-américaine et anti-occidentale, comme le montrent leurs manoeuvres et leurs votes dans les organisations internationales, ainsi que leurs campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux qui, sans être coordonnées, utilisent souvent des techniques similaires. L’expression « larrons en foire » peut venir à l’esprit. Elle est aussi économique et financière : le commerce bilatéral a connu une hausse régulière depuis vingt ans et s’est accru à la suite des sanctions imposées par l’Occident ; ces dernières années, la Russie a diminué de moitié ses réserves en dollars et multiplié par cinq ses réserves en yuans. 

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Peu d’investissements chinois

Mais cette relation est déséquilibrée. Après s’être longtemps cachée derrière Moscou, la Chine – membre permanent du Conseil de sécurité, comme la Russie, et détentrice de l’arme nucléaire – joue désormais sa propre partition à l’ONU et dans les autres enceintes internationales.  

Si la Chine est depuis 2012 le premier partenaire commercial de la Russie, cette dernière est un client et un fournisseur mineur pour Pékin – qui, d’ailleurs, investit très peu chez son grand voisin et, au fur et à mesure du développement des Routes de la soie et du déploiement de sa puissance sur tous les continents, a de moins en moins besoin de lui. Y comprissur le plan militaire, la Chine ayant allègrement copié la technologie russe…  

Les deux pays sont fondamentalement rivaux et ce, de plus en plus – en Asie centrale, en Afrique, bientôt dans l’Arctique… Et si la réussite chinoise permet à Pékin de s’ériger en « modèle », la Russie de M. Poutine, qui n’a jamais souhaité diversifier son économie, ne peut en dire autant : son seul atout culturel est de prétendre représenter la culture européenne « traditionnelle », assise sur le christianisme.  

Hybris occidental

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De fait, la crainte historique de la Russie, dont la partie orientale se vide de ses habitants, face à l’immense Chine, ne met pas longtemps à poindre dans les discussions sur place.  

Pour autant, espérer « détacher » Moscou de Pékin relève d’un certain hybris diplomatique occidental. Croit-on sérieusement que les choix stratégiques russes sont prioritairement déterminés par les politiques européenne et américaine ? Ce serait faire peu de cas des choix propres de M. Poutine, qui veut voir dans son pays une passerelle entre l’Europe et l’Asie. Ce serait négliger l’existence d’occasions de coopération souvent plus favorables du côté chinois. Et ce serait surtout oublier l’importance pour le Kremlin de s’affirmer en pôle de résistance à l’Occident, notamment pour des raisons de politique intérieure.  

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