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Après les messages d’unité avec les alliés, le tête-à-tête avec Vladimir Poutine ce mercredi à Genève : Joe Biden est arrivé mardi en Suisse à la veille d’une rencontre qui s’annonce particulièrement délicate avec son homologue russe. Air Force One s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Genève, en provenance de Bruxelles où le président américain a réaffirmé sa volonté de redonner force aux relations transatlantiques et d’adresser un message clair à Moscou. 

Point d’orgue de son premier déplacement à l’étranger, ce sommet est lourd d’enjeux pour Joe Biden. Il est le cinquième président américain que Vladimir Poutine va côtoyer depuis son arrivée au pouvoir fin 1999. Dans un entretien à la chaîne américaine NBC, le président russe a dit espérer que le président démocrate se montre moins impulsif que son prédécesseur républicain. Mais il a aussi saisi l’occasion pour souligner combien Donald Trump était, selon lui, un homme « talentueux ». A l’égard de l’homme fort du Kremlin, le locataire de la Maison-Blanche a adopté un ton résolument ferme ces derniers jours, promettant de dire sans détour quelles sont ses « lignes rouges ». « Nous ne cherchons pas le conflit avec la Russie, mais nous répondrons si la Russie continue ses activités », a-t-il prévenu. 

Ukraine, Biélorussie, sort de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny, cyberattaques… Les sujets de discorde sont nombreux et les discussions s’annoncent âpres et difficiles. La Maison-Blanche a volontairement fixé la barre assez bas, à savoir pas de grandes annonces à attendre mais un objectif dans la durée : rendre les relations entre les deux pays plus « stables et prévisibles ».  

Les cinq sujets qui fâchent au programme du sommet Biden-Poutine le 16 juin 2021 à Genève.

SOPHIE RAMIS, GAL ROMA / AFP

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Joe Biden et Vladimir Poutine se retrouveront à la Villa La Grange. Selon le Kremlin, les discussions, qui débuteront à 13 heures, devraient durer entre quatre et cinq heures. Au programme : une rencontre en format réduit (les présidents américain et russe ainsi que les chefs de la diplomatie américaine et russe, Antony Blinken et Sergueï Lavrov), avant une séance de travail élargie. Joe Biden et Vladimir Poutine s’exprimeront chacun de leur côté à l’issue de leur rencontre, aucune conférence de presse commune n’étant donc prévue. Joe Biden affiche depuis son élection une grande fermeté vis-à-vis de son homologue russe, donnant lieu à des échanges mordants. Tour d’horizon. 

  • « L’agression persistante de la Russie » sur l’Ukraine

Le nouveau président américain se montre beaucoup plus offensif que Donald Trump. Il affiche le 26 janvier dernier sa fermeté lors de son premier échange avec son homologue russe Vladimir Poutine. Joe Biden soulève toutes les questions qui fâchent, et « réaffirme notre soutien ferme à la souveraineté de l’Ukraine face à l’agression persistante de la Russie », déclare la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki. Joe Biden a fait aussi part de sa « préoccupation » au sujet de « l’empoisonnement d’Alexeï Navalny », l’opposant russe arrêté le 17 janvier à son retour en Russie après une convalescence de cinq mois en Allemagne. 

  • « Une rhétorique très agressive »

« J’ai clairement dit au président Poutine, d’une façon très différente de mon prédécesseur (Donald Trump), que le temps où les Etats-Unis se soumettaient aux actes agressifs de la Russie (…) était révolu », avertit Joe Biden le 5 février dernier. Le président américain cite l’interférence russe dans les élections américaines, les cyberattaques ou encore « l’empoisonnement de citoyens », en référence à l’opposant politique Alexeï Navalny. « Nous n’hésiterons pas à faire payer à la Russie un coût plus élevé et à défendre nos intérêts », dit-il. Le lendemain, le porte-parole de la présidence russe réplique : « C’est une rhétorique très agressive et pas constructive, nous le regrettons ». 

  • Poutine, un « tueur » ? « Oui, je le pense »

Lors d’un entretien télévisé diffusé le 17 mars dernier sur la chaîne ABC, Joe Biden provoque la première crise diplomatique de son mandat. « Pensez-vous que (Vladimir Poutine) est un tueur ?, lui demande le journaliste. « Oui, je le pense », répond-il, sans préciser s’il fait référence à Alexeï Navalny. « Vous verrez bientôt le prix qu’il va payer », ajoute le président américain. 

Interrogé sur les ingérences électorales de Moscou en 2016 et en 2020, il répète que Vladimir Poutine « en paierait les conséquences ». « Nous avons eu une longue conversation lui et moi, je le connais assez bien, explique le dirigeant démocrate. (…) Je lui ai dit : ‘Je vous connais et vous me connaissez, si j’en viens à la conclusion que vous avez fait cela, soyez prêt' » pour les conséquences. Moscou rappelle alors son ambassadeur aux Etats-Unis. 

  • « C’est celui qui le dit qui l’est ! »

Le lendemain, Vladimir Poutine rétorque par la moquerie : « C’est celui qui le dit qui l’est ! Ce n’est pas juste une expression enfantine, une blague (…), nous voyons toujours en l’autre nos propres caractéristiques ». « Nous défendrons nos propres intérêts et nous travaillerons avec (les Américains) aux conditions qui nous seront avantageuses », déclare le président russe.  

Il propose une « discussion » diffusée en direct : « cela serait intéressant pour le peuple russe, le peuple américain et pour beaucoup d’autres pays ». Silence américain. « C’est encore une occasion gâchée pour sortir de l’impasse des relations russo-américaines qui existe par la faute de Washington », déplore Moscou. 

  • « Le moment de la désescalade est venu »

Le 15 avril dernier, Joe Biden signe des sanctions contre la Russie « si elle continue d’interférer dans notre démocratie », en référence à la gigantesque cyberattaque de 2020. Ces sanctions, les plus dures depuis Barack Obama, s’ajoutent à des mesures prises en mars après l’affaire Navalny. « Le moment de la désescalade est venu », lance le président américain en proposant un sommet bilatéral « cet été en Europe » pour « lancer un dialogue stratégique sur la stabilité » en matière de désarmement et de sécurité. 

  • « Ils violent les droits (humains) »

Le 4 mai, Joe Biden répète espérer rencontrer son homologue : « je l’espère et j’y crois. Nous y travaillons ». Mi-avril, il avait proposé une rencontre. Vladimir Poutine avait laissé ses porte-parole répondre, le Kremlin assurant que des « dates concrètes » étaient à l’étude. 

« Je vais rencontrer le président Poutine dans deux semaines à Genève, annonce Joe Biden le 30 mai. Et je dirai clairement que nous ne resterons pas les bras croisés pendant qu’ils violent les droits (humains) ». « Nous ne nous faisons pas d’illusions et nous n’essayons pas de donner l’impression qu’il y aura une percée, des décisions historiques amenant des changements fondamentaux », rétorque le 1er juin le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. 

Interrogé samedi dernier sur l’épithète de « tueur », Vladimir Poutine a eu un petit rire : « (…) je me suis habitué à des attaques sous tous les angles et de toutes parts sous toutes sortes de prétextes et de raisons, et de différents calibres et violence, et rien de tout cela ne me surprend », ajoutant que « tueur » est un terme « machiste » propre à Hollywood.  

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Un tel discours « fait partie de la culture politique américaine où cela est considéré comme normal. Mais pas ici, au fait ». 

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