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La colère gronde dans les rues de Cuba, et le gouvernement est prêt à défendre sa place coûte que coûte. Excédés par la crise économique, des milliers de Cubains ont manifesté dimanche à travers le pays, aux cris de « Liberté ! » et « A bas la dictatur e! », le président Miguel Diaz-Canel appelant de son côté ses partisans à répliquer dans la rue. 

« L’ordre de combattre a été donné, dans la rue les révolutionnaires ! », a lancé, dans une allocution télévisée, le président, qui a accusé « la mafia cubano-américaine » d’être derrière ce soulèvement. « Nous appelons tous les révolutionnaires du pays, tous les communistes, à sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et les prochains jours. Et à les affronter de manière décidée, ferme et courageuse », a-t-il ajouté. 

En fin de journée, plusieurs groupes de partisans étaient réunis en différents endroits de la capitale pour se préparer à défiler. Largement diffusées via les réseaux sociaux, les manifestations anti-gouvernement ont commencé de façon spontanée dans la matinée, événement rarissime dans ce pays gouverné par le Parti communiste (PCC, unique), où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du parti. 

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Quelques échauffourées

« A bas la dictature ! », « Qu’ils s’en aillent ! », criaient notamment plusieurs milliers de manifestants à San Antonio de los Baños, une petite ville à une trentaine de kilomètres de La Havane. « Liberté ! », scandaient quelques centaines d’autres à La Havane en différents rassemblements, où des échauffourées ont eu lieu entre manifestants et forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes. 

Au moins dix personnes ont été arrêtées et plusieurs policiers ont utilisé des tuyaux en plastique pour frapper des manifestants, tandis que la ville était placée sous un important déploiement militaire et policier, ont constaté des journalistes de l’AFP. 

Un homme est arrêté lors d’une manifestation contre le gouvernement du président cubain Miguel Diaz-Canel à La Havane, le 11 juillet 2021

ADALBERTO ROQUE / AFP

D’autres manifestations ont aussi été diffusées en direct, via Facebook ou Twitter, depuis plusieurs villes du pays. Moteur d’un nombre croissant de revendications de la population depuis son arrivée à Cuba fin 2018, l’Internet mobile était coupé dans une grande partie du pays dimanche après-midi. 

Une grave crise économique

Miguel Diaz-Canel s’est déplacé à la mi-journée à San Antonio de los Baños, accompagné de militants du parti qui ont défilé aux cris de « Vive Cuba ! » et « Vive Fidel », tandis que sur son parcours, des habitants de la localité continuaient de protester à voix haute contre la crise économique. Une habitante, sous couvert d’anonymat, a confié avoir manifesté le matin, excédée par « la situation avec le courant et les aliments ». 

Le président cubain Miguel Diaz-Canel est vu lors d’une manifestation organisée par des citoyens pour demander des améliorations dans le pays, à San Antonio de los Banos, Cuba

Yamil LAGE / AFP

La pandémie de Covid-19 a plongé Cuba dans une grave crise économique, la pire depuis trente ans, aggravant les pénuries d’aliments et de médicaments et générant un fort malaise social. Les difficultés économiques ont poussé les autorités à couper l’électricité plusieurs heures par jour. 

« La situation énergétique semble avoir échauffé certains esprits ici », a reconnu Miguel Diaz-Canel face aux journalistes, accusant les sanctions américaines d’être responsables de la crise. « Si vous voulez que le peuple aille mieux, levez d’abord l’embargo » imposé depuis 1962. « Il y a une mafia cubano-américaine qui paie très bien sur les réseaux sociaux (…) Elle a pris le prétexte de la situation de Cuba et a appelé à des manifestations dans toutes les régions du pays », a-t-il affirmé. 

Appels à combattre les manifestants

Le gouvernement cubain s’est ensuite dit prêt à défendre la révolution « coûte que coûte ». « La révolution cubaine, nous la défendrons coûte que coûte ! », a clamé sur Twitter le vice-ministre des Affaires étrangères, Gerardo Peñalver, en partageant une vidéo de partisans communistes défilant aux cris de « Je suis Fidel! » tout en brandissant des drapeaux cubains. 

Pris par surprise par ces manifestations spontanées, le président a donné aux révolutionnaires « l’ordre de combattre », les appelant à « sortir dans les rues où vont se produire ces provocations, dès maintenant et dans les prochains jours ». 

Le président a toutefois reconnu que « des gens sont venus manifester leur insatisfaction », parlant de « révolutionnaires désorientés ». Mais « nous sommes beaucoup, et moi le premier, à être prêts à donner la vie pour cette révolution », a-t-il lancé. 

Sous les mots-clés #SOSCuba ou #SOSMatanzas (du nom de la province la plus touchée par la pandémie), les appels au secours se multiplient sur les réseaux sociaux, tout comme les appels au gouvernement pour qu’il facilite l’envoi de dons de l’étranger. A Miami, en Floride, dans le sud des Etats-Unis, des manifestants sont également venus soutenir le mouvement de contestation cubain. 

Des personnes manifestent, certaines tenant des drapeaux cubains et américains et des pancartes, lors d’une manifestation contre le gouvernement cubain à Miami le 11 juillet.

Eva Marie UZCATEGUI / AFP

Washington met en garde contre l’usage de la violence

Le gouvernement américain a de son côté mis en garde dimanche Cuba contre tout usage de la violence. « Les Etats-unis soutiennent la liberté d’expression et d’assemblée à Cuba, et condamneraient fermement tout acte de violence ou qui viserait à prendre pour cible les manifestants pacifiques qui exercent leurs droits universels », a affirmé le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, sur Twitter. 

Sur Twitter aussi, Julie Chung, secrétaire d’Etat adjointe des Etats-Unis pour les Amériques, a pour sa part appelé « au calme »: « Nous sommes très inquiets par les ‘appels au combat’ à Cuba. Nous soutenons le droit du peuple cubain à manifester pacifiquement ».  

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Samedi, un groupe d’opposants a demandé l’instauration d’un « couloir humanitaire », une initiative que le gouvernement a écartée, dénonçant « une campagne » qui cherche à « présenter une image de chaos total dans le pays qui ne correspond pas à la situation actuelle ». 

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