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L’assassinat d’un président, l’implication d’anciens militaires colombiens et une traque qui s’étale sur plusieurs jours. Ce n’est pas le scénario d’une nouvelle série à suspense, mais bien le bourbier dans lequel est plongé Haïti depuis plusieurs jours. Déjà en proie à la pauvreté sur fond d’enjeux sécuritaires tendus, l’État des Caraïbes se trouve sur le qui-vive, trois jours après l’assassinat de son président Jovenel Moïse. Si quelques pièces du puzzle font leur apparition, aucun détail n’a émergé sur les raisons de cet acte ou sur l’identité de ses commanditaires. Si l’on sait que le commando armé qui a exécuté le président était composé de 28 personnes (26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne), le mystère sur cet assassinat reste entier.  

Preuve que le mystère est épais, les officiels du gouvernement haïtiens ont « pris la décision extraordinaire » vendredi « de demander aux Etats-Unis d’envoyer des troupes pour protéger le port, aéroport, réserves d’essence et autre infrastructure-clé », de peur que ce pays « déjà fragile ne s’enfonce plus encore dans la tourmente ». Dans ce petit pays de 11 millions d’habitants, chacun semble aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque a pu se produire. Alors que la traque se poursuit, un coup d’oeil vers la Colombie permet d’obtenir d’en savoir plus. Au total, dix-sept anciens militaires colombiens sont soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat. Ils auraient appartenu à l’armée nationale et se sont désengagés entre 2018 et 2020, a déclaré le général Jorge Luis Vargas, le chef de la police colombienne, lors d’une conférence de presse à Bogota. 

Au fur et à mesure, quelques éléments sur leur parcours commencent à fuiter dans la presse internationale. Au moins onze des suspects sont arrivés dans la région par avion en passant par la République dominicaine voisine dès le 4 juin. L’un d’eux, Manuel Antonio Grosso Guarín (capturé) a publié des photos sur son profil Facebook montrant des sites touristiques à Saint-Domingue. A partir du 6 juin, date à laquelle ils sont entrés en Haïti, ces personnes ont planifié l’homicide sur une période de 32 jours, jusqu’au 7 juillet, rapporte le journal espagnol Vanguardia. Pour mettre sur pied leur plan, le groupe se retrouvait régulièrement au Royal Oasis Hôtel, établissement de luxe à dix minutes de la résidence du président, informe The Washington Post.  

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« Des machines à tuer »

Le président colombien Iván Duque et son ministre de la Défense Diego Molano ont assuré que tout le soutien nécessaire serait fourni pour éclaircir les zones d’ombre qui demeurent. Si les Haïtiens ont été choqués de voir des armes étrangères impliquées dans le meurtre de leur président, la nomenclature du pays d’Amérique du Sud et son histoire offrent des clés de compréhension. Dans ce pays gangrené par la violence, les militaires – entraînés par les soldats américains – ont passé des années à combattre des groupes d’insurgés ou des trafiquants de drogue. Réputés dans le monde entier pour leur capacité à tuer, il est fréquent qu’ils trouvent du travail auprès d’entrepreneurs militaires privés basés aux États-Unis. 

Manuel Antonio Grosso Guarín a le profil idéal : il était actif dans l’armée de terre et son curriculum vitae le fait apparaître comme un expert des activités de commandement spécial. » Après tant d’années de guerre, la Colombie dispose d’un surplus de personnes formées aux tactiques meurtrières », a déclaré Adam Isacson, directeur de la surveillance de la défense au Washington Office on Latin America (Wola) dans les colonnes du média britannique The Guardian. Depuis deux décennies, leurs capacités bien spécifiques les ont placés dans l’arène des mercenaires internationaux. « Des machines à tuer qui vendent leurs compétences à celui qui peut le mieux les payer », décrit le quotidien colombien El Tiempo. Souvent la « carrière » de mercenaire se révèle très attractive sur le plan financier.  

Mais qui les a embauchés et pourquoi viser le président haïtien ? C’est à cet endroit que le mystère s’épaissit. Vendredi, le directeur de la police colombienne, le général Jorge Luis Vargas Valencia, a déclaré aux journalistes que quatre sociétés avaient été impliquées dans le « recrutement » des suspects de meurtre, mais ne les avaient pas identifiés, car leurs noms étaient toujours en cours de vérification. Concernant les deux Américains arrêtés, les médias locaux ont pu se procurer quelques rares détails. Le Daily Beast a réussi à joindre une proche de l’un d’entre eux, James Solages, 35 ans, qui le présente comme un homme drôle et travailleur. Il a travaillé un temps comme agent de sécurité à l’ambassade du Canada à Port-au-Prince. 

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Mais si l’implication des mercenaires colombiens ne fait aucun doute, les regards se tournent aussi vers les personnes chargées de la sécurité du président haïtien. Le parquet de Port-au-Prince a convoqué les responsables de la sécurité du chef de l’Etat, après la facilité apparemment déconcertante avec laquelle les tueurs ont assassiné leur cible numéro un. « Des sources judiciaires sur l’île ont confirmé que deux membres du réseau de sécurité du président font l’objet d’une enquête dans cette affaire, affirme le journal El Tiempo. Par ailleurs, le média suggère aussi que Jovenel Moïse était déjà mort à l’arrivée du commando. De nouveaux rebondissements pourraient être à prévoir dans les prochains jours. 

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