LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Il y a trois ans, lors de sa campagne pour le poste de gouverneur de Floride, Ron DeSantis fait une pub remarquée. « Tout le monde sait que Donald Trump soutient mon mari », déclare sa femme avant d’ajouter que « Ron est aussi un père formidable. Il adore jouer avec les enfants. » La caméra filme alors son époux en train d’aider sa petite fille à « construire le mur » [sous-entendu : à la frontière du Mexique] avec des cubes, puis de lire le livre de Trump, L’Art de la négociation à son bébé de quatre mois. 

Le spot se veut humoristique et distanciée, mais Ron DeSantis n’a, depuis lors, jamais cessé d’encenser Donald Trump [voir la video ici].Ce qui a conduit à son ascension politique fulgurante. A 42 ans, le gouverneur de Floride est l’un des républicains les plus en vue. Ces jours-ci, il est partout, dans les médias, à gérer l’arrivée d’un ouragan ou l’effondrement catastrophique d’un immeuble à Surfside, au nord Miami. Et l’on susurre qu’il rêve de la Maison-Blanche. 

Un animal à sang froid, méthodique et discipliné

Il se présente comme l’héritier de Donald Trump. Mais une version policée de l’ex-président, sans tweets incendiaires, ni insultes. Ron DeSantis est un animal à sang froid, méthodique et discipliné, qui a une allure un peu raide en public. Issu d’une famille de la classe moyenne – sa mère était infirmière, son père technicien -, il a brillé au base-ball avant d’intégrer Yale et Harvard. A sa sortie de fac, il rejoint la Marine en tant qu’avocat à Guantanamo, puis en Irak. En 2012, ce produit de l’élite universitaire brigue un siège à la Chambre des représentants sous la bannière populiste du Tea Party. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

Une fois élu, il se positionne très à droite, milite en faveur de la réduction du rôle de l’Etat fédéral et d’un durcissement de la politique d’immigration, cherche à éliminer les règles de protection de l’environnement, et à torpiller, avec d’autres, la réforme de la santé de Barack Obama. En 2016, après la victoire de Donald Trump, il se met à courtiser outrageusement ce dernier, au Congrès et sur les ondes de Fox News. La stratégie se révèle payante. 

Lorsqu’il se lance dans la course pour le poste de gouverneur de Floride en 2018, le président l’adoube à coups de tweets louangeurs. Contre toute attente, il s’impose lors des primaires devant Adam Putnam, le favori républicain, et l’emporte ensuite de justesse face au démocrate. Ce père de famille de trois jeunes enfants s’appuie sur un petit cercle de conseillers dont sa femme, une ex-présentatrice de télé rencontrée au golf, qui joue un rôle prédominant.  

Une fois au pouvoir, Ron DeSantis pousse à quelques mesures centristes, dont la restauration de l’écosystème du parc des Everglades et une prime de 1 000 dollars aux enseignants. Mais il cherche avant tout à plaire à la base trumpiste. Il promulgue une loi antiémeutes qui octroie davantage de pouvoir à la police. Il met en place une réforme pour restreindre le vote par correspondance, responsable selon Donald Trump de sa défaite aux élections. Et il milite pour empêcher les réseaux sociaux de bannir un homme politique… « DeSantis puise dans le manuel de l’autocrate en bloquant les votes et ses adversaires, en attaquant les médias et en écrasant nos droits constitutionnels », s’insurge Nikki Fried, une rivale démocrate.  

Pendant la pandémie, il n’a jamais exigé le port du masque

Il s’est surtout fait connaître pour sa gestion de la pandémie. Il a été l’un des derniers gouverneurs à imposer le confinement et l’un des premiers à rouvrir l’Etat et les écoles. Il n’a jamais exigé le port du masque et a interdit aux municipalités d’infliger des amendes aux gens qui n’en portent pas. Il est ainsi devenu le héros des républicains. « DeSantis est un Donald Trump mieux que l’original », affirme le quotidien Miami Herald. 

Ses adversaires, eux, critiquent « Ron Death [mort] Santis », comme ils l’ont surnommé, car il a refusé de suivre les consignes médicales. Toutefois, dans cet Etat où vivent de nombreux retraités, le virus n’a pas fait les mêmes ravages qu’à New York. Avec ses 38 000 morts, la Floride reste dans la moyenne des Etats américains. « Tout le monde m’a dit que j’avais tort », a clamé Ron DeSantis, lors d’une réception avec des donateurs. « C’est clair : la Floride a tout bon. » Il se gargarise du boom de l’économie. Plus de 250 000 personnes ont déménagé dans son Etat en 2020, dont beaucoup de Californiens ; le marché de l’immobilier explose ; le taux de chômage est très bas et sa cote de popularité ne cesse de grimper. « Il a joué ses cartes de manière parfaite, estime John Gizzi, chroniqueur politique de Newsmax, un site conservateur. C’est un sans-faute jusqu’ici. »  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l’app

Prêt donc pour la Maison-Blanche en 2024 ? Il doit d’abord assurer sa réélection l’année prochaine. Il lui faut surtout se positionner sans s’aliéner Donald Trump et ses partisans qui, pour l’instant, croient dur comme fer à une nouvelle candidature de leur idole, même si l’intéressé n’a rien dit de ses intentions. Un exercice de haute voltige. Car l’ex-président déteste qu’on lui fasse de l’ombre. Pour l’instant, les relations entre les deux hommes demeurent cordiales. « J’ai apporté mon soutien à Ron et il a décollé comme une fusée », s’est vanté Donald Trump en avril, tout en suggérant qu’il pourrait en faire son n° 2. Une pub lancée par un groupe d’activistes démocrates prend un malin plaisir à exploiter sa jalousie : « C’était un moins que rien, dit la voix off, puis tu en as fait le gouverneur du troisième plus gros Etat américain et maintenant, Ron est en train de te battre dans la course à la présidence… Qu’est-ce que tu vas faire, Donald ? »  

Opinions

Chronique

Par le Pr Gilles Pialoux

Chronique

Par Sylvain Fort

Chronique

par Bruno Tertrais*

Les clefs du pouvoir

François Bazin

Ron DeSantis, gouverneur de Floride : un Donald Trump « mieux que l’original »