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Dans le pays de la charcuterie, le sujet a inévitablement créé la polémique : lorsque le ministre espagnol de la Consommation fait campagne contre la surconsommation de viande, c’est le Premier ministre lui-même qui le remet à sa place en affirmant qu’il fond devant une côte de bœuf.

« Moi, quand on me met devant une côte de bœuf à point, je ne peux pas résister. » Soucieux d’éviter un conflit avec les éleveurs et l’industrie de la viande, Pedro Sánchez, le Premier ministre socialiste espagnol, a répliqué ainsi jeudi depuis la Lituanie, où il effectuait une visite officielle, à son propre ministre de la Consommation.

Ce dernier, Alberto Garzón, du parti de gauche radicale Podemos, allié du parti socialiste dans la coalition au pouvoir, avait publié quelques heures plus tôt une série de tweets dénonçant la surconsommation de viande, accompagnés du hashtag #MoinsDeViandePlusDeVie.

Dans une vidéo de six minutes où il apparaît, le ministre décortique, infographie et chiffres à l’appui, les effets de la consommation de viande sur la santé des citoyens et sur l’environnement.

« La consommation d’eau nécessaire pour qu’un morceau de viande arrive dans une assiette est préoccupante. L’eau que boivent les animaux, celle qui est nécessaire pour produire leur fourrage, pour transporter ou emballer la viande, tout ceci contribue à épuiser les ressources de notre planète », écrivait-il. « 1 kg de viande -> 15 000 litres d’eau », postait-il également.

Ces tweets ont provoqué une levée de boucliers aussi bien dans l’opposition de droite qu’au sein même du gouvernement de gauche, où plusieurs ministres s’en sont offusqués, au premier rang desquels le ministre de l’Agriculture, Luis Planas.

Des critiques jugées « injustes »

Il a accusé son collègue sur la radio Cadena Ser de créer « un faux problème », jugeant ces critiques contre le secteur de l’élevage «injustes» et soulignant qu’il ne générait «que 8%» des émissions de gaz à effet de serre dans le pays.

Les déclarations du ministre de la Consommation sont « irresponsables et indignes d’un ministre de l’Espagne, ils ne stigmatisent pas seulement un produit, mais tout un secteur d’activité », s’est, pour sa part, emporté un collectif de six associations du secteur de la viande dans une lettre ouverte diffusée jeudi soir.

Consommation en hausse

Lâché par tous, Alberto Garzón s’est défendu tant bien que mal en arguant que cet objectif de réduction de la consommation de viande figurait dans « Espagne 2050 », un plan stratégique du gouvernement, qui relève en effet, parmi les 700 pages du document explicatif, que « de nombreuses études montrent que la consommation de viande au sein de la population espagnole est entre deux et cinq fois supérieure à la dose conseillée ».

Greenpeace est, de son côté, montée au créneau en fustigeant dans un communiqué l’attitude «irresponsable» du Premier ministre, « qui se vante de combattre l’urgence climatique mais qui, à l’heure de répondre sur la réduction de la consommation de viande, un fait soutenu par la science, répond qu’une côte de bœuf à point le fait fondre ».

En 2020, les Espagnols ont consommé en moyenne 49,86 kilos de viande par personne, un chiffre en hausse de 10,2% par rapport à l’année précédente, selon le rapport annuel de la Consommation alimentaire publié le 3 juin par le ministère de l’Agriculture, de la pêche et de l’Alimentation.

La viande constitue le quatrième secteur de l’industrie espagnole, avec un chiffre d’affaires de près de 28 milliards d’euros qui pèse 2,32% du PIB espagnol, selon l’Association nationale de l’Industrie de la viande en Espagne. Ce secteur « est très important pour l’ensemble de notre économie, particulièrement pour l’Espagne rurale », a souligné la porte-parole du gouvernement.

en Espagne, la surconsommation de viande déchire le gouvernement