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À l’issue d’une assemblée générale, les salariés ont menacé de se mettre en grève si la direction ne revient pas sur une procédure de sanction visant un journaliste.

Menace de grève, inquiétudes quant aux rapprochements envisagés avec CNews… La tension est montée d’un cran jeudi chez Europe 1, les journalistes redoutant depuis des mois une prise de contrôle de la station du groupe Lagardère par son actionnaire principal, le milliardaire Vincent Bolloré.

À l’issue d’une assemblée générale, les salariés ont menacé de se mettre en grève si la direction ne revient pas sur une procédure de sanction visant un journaliste. Mis à pied jeudi, ce journaliste est «convoqué pour un entretien préalable» pouvant «aller jusqu’au licenciement», a expliqué à l’AFP Olivier Samain, délégué syndical SNJ. À l’origine de cette sanction: les propos «véhéments» mais pas «insultants» tenus par le journaliste à l’encontre d’une employée des ressources humaines lors d’une assemblée générale mercredi. Il l’a surpris «en train d’enregistrer les propos», la soupçonnant de vouloir les transmettre à la direction, a rapporté Olivier Samain.

Malgré la mobilisation de l’intersyndicale SNJ, CGT, CFTC et FO, la procédure disciplinaire a été maintenue. La direction invoque ses comportements antérieurs, selon un participant de l’assemblée générale. Celle-ci a posé un ultimatum à la direction, jusqu’à vendredi 13H, a indiqué Olivier Samain. Et «menace de déclencher un arrêt de travail», a ajouté l’autre source. Sollicitée par l’AFP, la direction n’a pas souhaité commenter.

Cette crise éclate dans un climat tendu, au sein d’une rédaction déjà «déprimée». Par le plan de départs volontaires engagé au printemps pour supprimer une quarantaine de postes et redresser les comptes de la radio, dont les audiences peinent à remonter. Mais aussi par les synergies que la direction veut développer avec CNews, chaîne d’info du groupe Canal+, filiale de Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, comme elle l’a annoncé aux salariés en mai.

Ne pas «devenir un média d’opinion»

Dans une tribune publiée jeudi sur le site du Monde, la société des rédacteurs d’Europe 1 et l’intersyndicale ont exprimé leurs inquiétudes, refusant «de devenir un média d’opinion» à «l’aube d’une année électorale». «En liant son sort à une chaîne qui s’illustre à longueur de journée par un activisme politique fortement ancré à droite, voire parfois à l’extrême droite, Europe 1 va perdre ce qui lui reste de plus précieux: son capital de crédibilité auprès des auditeurs», estiment-ils.

Ils annoncent ainsi saisir «le comité d’éthique de la station», demandant à «Arnaud Lagardère et à la direction de l’information de clarifier leurs positions» pour permettre aux journalistes en désaccord avec la ligne éditoriale de quitter Europe 1 «via une clause de conscience». Pour Olivier Samain, la «mainmise» de Vincent Bolloré, nouvel homme fort de Lagardère, sur la station qu’il voulait acheter, «se manifeste par le fait qu’on commence à voir des noms (de journalistes) circuler qui seraient choisis» au «siège de Canal» et «pas directement à Europe 1».

«Très forte droitisation»

Pour l’énième refonte de sa grille, la radio, qui va notamment se séparer de Pascale Clark et d’Anne Roumanoff et voir partir Julian Bugier, a également signifié à Matthieu Belliard qu’il ne présenterait plus la matinale à la rentrée, assure un journaliste d’Europe 1 à l’AFP. D’après Le Parisien, c’est Dimitri Pavlenko, journaliste de Radio classique et intervenant de «Face à l’info» aux côtés d’Eric Zemmour sur CNews, qui tient la corde pour le remplacer sur cette tranche occupée avant lui par Patrick Cohen et Nikos Aliagas.

Il y avait déjà «une dérive sur le fond, avec la très forte droitisation de la ligne éditoriale qui se profile», amorcée par le recrutement à la rentrée 2020 d’un cadre de Valeurs Actuelles, Louis de Raguenel, comme adjoint au service politique, et illustrée par «la liberté totale» de Sonia Mabrouk, figure de CNews, pour son interview politique sur la station, estime un journaliste d’Europe 1. S’y ajoute désormais, avec la mise à pied de son confrère, «une dérive sur la forme» avec «un management par la terreur». «Cela ressemble aux méthodes qu’on a vues à l’oeuvre dernièrement au service des sports de Canal+», où une vingtaine de personnes ont été poussées vers la sortie, abonde Olivier Samain.

Menace de grève à Europe 1, de nouveau en pleine tourmente