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C’est un bras de fer qui pourrait bien se terminer sur le terrain judiciaire. Ursula von der Leyen a lancé mercredi un ultimatum au gouvernement hongrois de Viktor Orban : soit il retire sa loi interdisant la diffusion de contenus sur l’homosexualité auprès des mineurs, soit Bruxelles lancera une procédure d’infraction à son encontre. Ce texte, qualifié de « honte » par la présidente de la Commission européenne doit entrer en vigueur ce jeudi. « Si la Hongrie ne corrige pas le tir, la Commission fera usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité de gardienne de traités », a déclaré la responsable allemande devant le Parlement européen.  

En clair, Bruxelles peut ouvrir une procédure d’infraction pour violation du droit européen, qui peut mener à une saisine de la Cour de justice de l’UE et à des sanctions financières. Une lettre de mise en demeure devrait être envoyée au plus tard à la mi-juillet. Cet ultimatum n’a cependant pas l’air de faire trembler le Premier ministre hongrois. « Bruxelles n’est pas en mesure de dire qui devrait élever les enfants ni comment », a réagi mercredi son chef de bureau, Gergely Gulyas. « Peu importe que Bruxelles veuille laisser entrer les militants LGBT+ dans les crèches et écoles, nous, nous y opposons », a-t-il déclaré.  

Cette nouvelle loi est une nouvelle illustration de la politique répressive du gouvernement de Viktor Orban à l’égard des personnes LGBT. Comment les premiers concernés vivent-ils cette nouvelle attaque ? La position de l’Union européenne leur semble-t-elle à la hauteur ? L’Express a interrogé Johanna Majercsik, porte-parole de l’association Budapest Pride.  

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L’Express : Comment décririez-vous la situation des personnes LGBT actuellement en Hongrie ? 

Johanna Majercsik : La situation se dégrade. En 2019, Laszlo Köver, le président du Parlement a déclaré que les homosexuels et les pédophiles, c’était la même chose. Viktor Orban, lui, a dit en 2016 à propos du mariage pour tous « qu’une pomme ne peut pas demander à se faire appeler une poire ». Et lors du premier confinement en 2020, le gouvernement a déposé un projet de loi qui interdit le changement de sexe à l’état civil. A la fin de l’année dernière, une nouvelle loi a également rendu impossible l’adoption par des couples homosexuels. Il y a quelques jours, Magyar Nemzet, quotidien conservateur pro-gouvernemental a énuméré dans un article les séries et les films dans lesquels il y a des personnes queers, pour expliquer que Netflix et HBO font de la propagande LGBT.  

Ce qui règne chez les gays en Hongrie, c’est la peur et l’indignation. Beaucoup de gens ici jugent cette nouvelle loi inhumaine et discriminatoire. Certains appellent même à la désobéissance civile. Car ce que les statistiques montrent, c’est que la majorité des Hongrois n’est pas homophobe ou transphobe.  

Pensez-vous que Viktor Orban soit profondément homophobe ou y a-t-il plutôt une stratégie politique derrière tout ça ?  

C’est peut-être les deux. Ce qui est certain, c’est que cette nouvelle loi est un bon outil pour diviser la société, comme Viktor Orban l’a déjà fait sur le sujet des migrants auparavant. Et ça a marché. Peut-être espère-t-il que ça marche maintenant avec la communauté LGBT. Cette question pourrait jouer un grand rôle dans la campagne électorale pour les législatives en 2022. Orban utilise aussi ce sujet pour diviser les partis d’opposition qui ont décidé de faire front commun pour les prochaines élections. Et au sein de cette opposition, il y a le Jobbik, un parti très conservateur. C’est le seul parti d’opposition à avoir voté cette loi contre la « promotion » de l’homosexualité.  

Bruxelles a menacé mercredi de lancer une procédure d’infraction contre la Hongrie si elle ne revient pas sur cette loi… Comment jugez-vous la position de l’Union européenne dans cette affaire ?  

Nous attendons de la Commission européenne qu’elle utilise les instruments juridiques disponibles. C’est le seul moyen pour mettre la pression sur Viktor Orban.  

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Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a quant à lui déclaré il y a quelques jours que « la Hongrie n’a plus rien à faire dans l’Union européenne »…  

Ce genre de déclarations peut s’avérer être un outil pour les partis d’opposition de Hongrie dans la campagne électorale à venir. Car la grande majorité des Hongrois veut rester dans l’Union européenne, il n’y a que des avantages à cela. Mais attention avec ce type de propos, il ne s’agirait pas non plus de lâcher une nation juste à cause de son gouvernement.  

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