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Selon toute vraisemblance, le prochain maire de New York s’appelle Eric Adams. Sauf énorme surprise, l’élection municipale dans la Grosse Pomme en novembre prochain ne devrait être qu’une simple formalité pour cet ex-policier afro-américain qui a remporté la primaire démocrate mardi soir. D’après les derniers résultats publiés, l’actuel président du quartier de Brooklyn a recueilli 50,5% des suffrages, se plaçant devant sa rivale Kathryn Garcia, créditée de 49,5% des voix. 

En dépit des quelques cafouillages passés du Bureau des élections, Eric Adams a revendiqué la victoire peu après l’annonce du score. « Même s’il reste de petites quantités de bulletins à compter, les résultats sont clairs : une coalition historique (…) menée par la classe des New-Yorkais travailleurs nous a menés à la victoire à la primaire démocrate », a-t-il déclaré dans un communiqué. 

Champion des cols bleus

Une victoire aux airs de consécration pour ce natif de Brooklyn, fils d’une femme de ménage et d’un boucher. Ses origines modestes, le candidat de 60 ans les avait d’ailleurs largement revendiquées tout au long de sa campagne, se définissant à plusieurs reprises comme un « col bleu ». « Je vais être le premier maire col bleu (…) Mes ongles ne sont pas manucurés. Ils sont ébréchés. Les gens me serrent la main, ils sentent les callosités », avait-il lancé dès le mois de novembre dans une interview au journal local City & State. Vaste changement après l’ère Bill de Blasio. 

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Signe de sa volonté de casser les codes, Adams avait aussi fait le choix de délaisser les tractations dans le très riche Manhattan, pour concentrer ses efforts de campagne sur les quartiers plus populaires du Bronx, de Brooklyn ou du Queens. « Après s’être beaucoup occupé des centres-villes et des CSP +, le parti démocrate cherche aujourd’hui à retrouver ses bases en s’adressant davantage aux classes populaires. La victoire d’Eric Adams – qui était considéré comme le champion des cols bleus – montre le succès de cette stratégie », souligne Jean-Éric Branaa, maître de conférences à l’Université Paris-II-Panthéon-Assas et spécialiste de la politique américaine. 

À travers son parcours, Eric Adams a effectivement tout du working class hero. Après avoir travaillé comme mécanicien puis dans un cabinet comptable pour payer ses études, il rejoint la police de New York en 1984 – où il travaillera pendant 22 ans. Suivant des cours du soir pendant toute cette période, il gravit les échelons un par un jusqu’au grade de capitaine. Il troque finalement l’uniforme pour la cravate en 2006, en se faisant élire au Sénat de l’État de New York sous l’étiquette démocrate. À l’époque, il vote notamment en faveur du mariage homosexuel dès 2009, soit deux ans avant que la législation ne soit officiellement adoptée par la Chambre. En 2013, il devient finalement président de l’arrondissement de Brooklyn avec plus de 90% des voix et décroche un second mandat quatre ans plus tard. 

L’atout de la sécurité

Mais au-delà de son pedigree politique, c’est surtout grâce son expérience au sein de la police qu’Eric Adams a su séduire. Au fil de la campagne, la sécurité publique s’est en effet imposée comme l’enjeu numéro un, alors que la métropole américaine est en proie à une hausse de la criminalité depuis 2019. D’après un sondage NY1/Ipsos publié en juin, c’était ainsi la priorité de 46% des électeurs démocrates, devant le soutien à l’économie (30%) et le prix des logements (30%). 

Si certains de ses concurrents appelaient à réduire le budget de la police, dans le sillage des revendications portées par le mouvement Black Lives Matter, Eric Adams s’est toujours refusé à aller en ce sens. « Aujourd’hui, notre ville est confrontée à une crise sans précédent qui menace d’annuler les progrès que nous avons réalisés contre la criminalité. Nous ne pouvons pas retourner dans un New York dangereux pour les New-Yorkais, en particulier nos enfants », détaille notamment son programme. 

Face aux critiques en complaisance vis-à-vis des forces de l’ordre, l’ex-policier a souvent insisté sur sa double identité : lui qui s’était engagé dans l’institution pour la modifier de l’intérieur après avoir été victime de violences policières à l’âge de 15 ans. Lors de ses années de service, il a notamment cofondé le groupe des 100 Blacks in Law Enforcement Who Care, un mouvement militant contre le profilage racial. Son credo n’a pas changé depuis : renforcer la formation et ouvrir davantage les rangs de la police à la diversité, plutôt que de tailler dans les budgets.  

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Au point de retourner l’argument contre ses détracteurs. « Si la vie des Noirs compte vraiment, cela ne peut pas seulement être contre les abus de la police. Cela doit être contre la violence qui déchire nos communautés », avait-il lancé à ses partisans le soir de la primaire. Alors qu’il est donné largement vainqueur contre son adversaire républicain Curtis Sliwa en novembre prochain, Eric Adams devrait avoir sous peu les cartes en main. 

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