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Dans l’agenda qui doit reposer sur le bois acajou de son bureau, Vladimir Poutine a dû entourer la date du 9 mai 2022 au point de trouer la feuille. Ses adversaires occidentaux le redoutent au regard de ce qu’incarne l’échéance dans l’histoire collective russe. « Le 9 mai est une fête particulièrement symbolique pour le pays », résume à L’Express Carole Grimaud Potter, professeure de géopolitique à l’université de Montpellier et spécialiste de la Russie. Célébrant la victoire de l’armée russe sur l’Allemagne nazie, ce jour férié aux allures de fête nationale est un rendez-vous militaire et patriotique que le Kremlin ne manque jamais pour étaler sa puissance autant à sa population qu’au reste du monde.  

Le 9 mai est le ciment fondateur de l’identité de l’identité russe. Chaque année, la population arbore le ruban de Saint-Georges, un tissu aux rayures orange et noires, symbole militaire. Un fastueux défilé militaire est célébré sur la place Rouge, à Moscou. En 2015, pour le 70e anniversaire de la victoire militaire, 16 000 soldats avaient défilé. Dans le nord, à Saint-Pétersbourg, une partie de la flotte se présente devant les ors des palais des Tsars. « L’Histoire est devenue un pivot de la cohésion nationale. Elle permet de rassembler les générations et les ethnies autour d’un consensus », rappelle la professeure. Le patriotisme y est valorisé ! » Le récit fondateur basé sur le sacrifice des soldats de la patrie fut essentiel dans la construction de l’Etat post-soviétique et la fortification de la cohésion sociale. « Il est contrôlé et répété par l’Etat russe qui vise à fortifier la fierté du peuple », insiste-t-elle.  

Les craintes humanitaires

Face à la dimension symbolique de l’évènement, Emmanuel Macron est convaincu qu’elle est scrutée par les généraux russes, comme un horizon indépassable. « Il est à peu près sûr que le 9 mai doit être pour le président Poutine un jour de victoire », a assuré le vendredi 8 avril sur RTL le président français, candidat à sa réélection. « C’est quelque chose qui n’a jamais été formulé par les autorités russes de manière officielle », tempère Carole Grimaud Potter. Victoire ou pas, les célébrations auront lieu. » 

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Quel que soit le calendrier militaire russe, « le mois qui nous sépare du 9 mai est décisif. » Ce qui fait craindre au chef d’Etat français l’intensification des bombardements et l’accroissement des destructions et pertes humaines. « Je pense qu’ils vont concentrer leurs efforts dans le Donbass. Nous allons vivre des scènes très difficiles dans les prochains jours et les prochaines semaines. C’est pour cela que nous faisons tout en lien avec la Turquie, la Grèce et les Nations unies pour organiser des opérations humanitaires », détaillait-il. Quelques heures plus tôt, vendredi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov avait prévenu : les combattants ukrainiens « ne suffiront pas à arrêter notre offensive et ne nous empêcheront pas d’atteindre nos objectifs ». 

« Dénazification »

Dans un contexte où l’effort de guerre est justifié par la « dénazification » du voisin ukrainien, la célébration de la fête nationale prend encore davantage de poids. « Je pense que les prochaines semaines ne donneront pas lieu à beaucoup de concessions diplomatiques de la part de la Russie, pensait Emmanuel Macron vendredi. Chaque jour qui passe et chaque scène de guerre insoutenable rendent le jour d’après impossible. Or il n’y aura pas de paix en Europe si nous n’avons pas à construire le jour d’après. » Pour Carole Grimaud Potter, « c’est sans doute un message adressé au Kremlin pour fixer un calendrier de résolution. Le président français cherche à pousser la Russie à la négociation. »  

Mais, en contrôlant l’essentiel de l’information à l’intérieur de ses frontières, le pouvoir russe parviendra à dégager quoi qu’il arrive une victoire de ce 9 mai. Si la guerre s’achève grâce à un accord diplomatique ou une victoire militaire, il y a fort à parier que le jour férié sera l’occasion d’une véritable parade à la gloire de l’armée russe.  

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Si les soldats sont toujours sur le front, le 9 mai sera davantage l’occasion de renforcer encore un peu plus le soutien de la population derrière une institution qu’elle soutient déjà largement. Les jours jouent contre Vladimir Poutine. Plus la guerre durera, et plus les doutes sur l’utilité de la guerre pointeront. Dans cette optique, le 9 mai sera célébré comme une victoire par Moscou. Soit pour légitimer la poursuite des combats en Ukraine, soit pour célébrer la force de l’offensive russe. 

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