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Les dégâts sont considérables. Des immeubles soufflés, éventrés et noircis ; des voitures carbonisées ; de la tôle, des débris et des décombres partout, projetés sur plusieurs mètres autour des bâtiments. Dans une vidéo, entre les chants des oiseaux, le bruit sourd de détonations. Sur le groupe Telegram « Marioupol Now », une photo chasse une vidéo, et inversement, toutes aussi sombres. 

La ville portuaire, située au sud-est du pays, dans le Donbass, est assiégée et isolée depuis le début du mois de mars. Les réseaux sociaux, et les photos diffusées par les habitants eux-mêmes, sont l’une des seules portes d’entrée – virtuelle – permettant de documenter la guerre à Marioupol. Les derniers journalistes internationaux, une équipe de l’agence de presse Associated Press, ont dû fuir la ville le 15 mars, traqués par les forces russes qui cherchent à entretenir une opacité totale sur la situation sur place. 

« Tu ne sais pas qui est vivant, qui est mort »

Avant de rejoindre l’ouest du pays en traversant de nombreux check-points, les reporters ont pu donner à voir, et à lire, le drame qui se joue à Marioupol, en bordure de la mer d’Azov : bombardement de la maternité ; électricité, eau, moyen de communication et approvisionnements alimentaires coupés. Sans parler des tirs incessants de mitrailleuses et d’obus. A la mi-mars, Pavlo Kirelenko, le gouverneur de la région de Donetsk, estimait ainsi que « plus de 80% des infrastructures de la ville sont endommagées ou détruites. Sur ces 80%, environ 40% ne sont pas récupérables ». « Marioupol fera partie de la liste des villes dans le monde qui ont été complètement détruites par la guerre, comme Guernica, Stalingrad, Grozny, Alep… » , a déclaré, lors de son retour à Athènes, le consul général de Grèce à Marioupol. 

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Les témoignages recueillis d’habitants ayant fui la cité portuaire attestent de conditions « catastrophiques ». A Franceinfo, Artiom raconte que, faute d’accès à l’eau, « quand il pleuvait, on récupérait l’eau de pluie. Quand il s’est mis à neiger, on a fait fondre la neige, pour la toilette, pour se laver les mains ». Au Monde, Irina Kokurina évoque le manque de communication : « Nous n’avions plus aucune information sur la situation ni la possibilité de parler à nos proches. C’est terrible. Tu ne sais pas qui est vivant, qui est mort. Tu ignores si tu peux fuir ou pas. Tu te sens complètement impuissant. » Tous parlent de la recherche d’un abri pour se protéger des bombardements, de la peur et du danger constants. 

Depuis le début de la guerre, aucun convoi humanitaire n’a pu atteindre Marioupol, où il manque de tout. « Nous n’avons pas d’équipe sur place, ni n’avons encore réussi à y acheminer des médicaments », confirme à L’Express l’ONG Médecins sans frontières. Pour l’évacuation de civils, la tâche est tout aussi ardue. A deux reprises, les autorités ukrainiennes et russes ont convenu de la mise en place de couloirs humanitaires pour permettre à ceux qui le souhaitent de quitter la ville. Les tentatives ont échoué. Les premiers ont accusé les seconds de ne pas respecter le cessez-le-feu. 

La France co-organise une « opération humanitaire »

Vendredi, un premier pas en avant a été fait. Emmanuel Macron a annoncé l’organisation d’une « opération humanitaire » à Marioupol où 100 000 personnes – sur les 400 000 que comptait la ville avant la guerre – seraient toujours bloquées. La France, la Turquie et la Grèce seront aux manettes. Le président doit s’entretenir prochainement avec Vladimir Poutine pour discuter des modalités. 

« J’espère pouvoir engager le maximum de parties prenantes dans cette opération », a poursuivi le chef d’Etat, qui veut conduire l’évacuation « dans les tout prochains jours ». Ses conseillers ont échangé avec Vadim Boychenko, le maire de Marioupol. De même, samedi, que l’ambassadeur français en Ukraine pour parler des options possibles sur le terrain.  

En parallèle, les autorités locales ont accusé la Russie de déporter des civils vers son territoire. Sur Telegram, jeudi soir, Vadim Boychenko a avancé le nombre de 15 000 habitants emmenés « de force » à bord de bus, ainsi que « la confiscation des passeports ukrainiens » d’habitants coincés sur place. La représentante du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies en Ukraine n’a pas (encore) été en mesure de vérifier ces accusations. 

Carte localisant le théâtre de Marioupol, bombardé le 16 mars alors qu’il abritait des centaines de civils.

SIMON MALFATTO, ELÉONORE HUGHES, ANIBAL MAIZ CACERES / AFP

Etablir un bilan des victimes est tout aussi difficile, car les bombardements incessants entravent le travail de secours et de dégagement des personnes coincées sous les décombres. Mais d’après le dernier décompte communiqué par la mairie, au moins 2 000 civils auraient été tués depuis le début de l’invasion russe. Dont environ 300 uniquement dans le bombardement du théâtre où s’étaient réfugiés des centaines de civils, le 16 mars – il s’agit cependant d’un premier bilan établi par la municipalité dix jours après les faits et impossible à vérifier. « Beaucoup de médecins ont été tués. Cela signifie que tous les survivants de l’attentat mourront sous les ruines du théâtre, ou sont déjà morts », déplorait également sur Facebook, au lendemain de l’attaque, le député ukrainien Serhiy Taruta. 

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Engagée comme secouriste volontaire, l’élue municipale de Marioupol Katerina Soukhomlynova a confirmé à l’AFP qu’il est « très difficile de compter les morts ». Elle a également rappelé le sort toujours inconnu des 400 civils qui se trouvaient dans une école d’art, bombardée le 20 mars. De telles catastrophes lui font dire que le bilan des civils tués, donné par la mairie, est largement sous-estimé. Le site d’information local 0629.com.ua a, pour sa part, recueilli le témoignage d’une survivante présente dans le théâtre lors du bombardement, qui a par la suite réussi à fuir la ville : « Ce que nous avons vu autour de nous, c’était du sang et du chaos. » 

Opinions

Edito

Eric Chol

Think tank de l’Express

Par Gilles Clavreul

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