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Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a fait un rêve. Celui de constituer autour de lui un nouveau groupe de partis d’extrême-droite ou ultraconservateurs, en mesure de peser aussi lourd, à Bruxelles, que les socio-démocrates (S&D, 146 eurodéputés), voire, un jour, que la droite (PPE, 178), famille que le chef du gouvernement magyar a quittée avec fracas en mars dernier, avec sa douzaine d’eurodéputés. Ce rêve pourrait devenir une réalité. Tout du moins si l’on se fie à la « déclaration commune » signée le 2 juillet par quinze formations eurosceptiques avec le parti d’Orban, le Fidesz, pour moins d’intégration continentale. Parmi elles : ses alliés polonais du PiS, les deux mouvements d’extrême-droite italien, la Ligue et Frères d’Italie, les Espagnols de Vox, le FPÖ autrichien et le Rassemblement national (RN). 

La présidente du RN, Marine Le Pen, présente ce texte comme la « première pierre » d’une « grande alliance au Parlement européen ». Ensemble, ces partis pèsent 115 élus sur les 705 que compte l’hémicycle strasbourgeois. Un nombre plancher : s’ils parvenaient à rallier les membres des deux grands groupes rassemblant les partis eurosceptiques – Identité et démocratie (ID) et Conservateurs et réformistes européens (ECR) – ils pourraient compter plus de 140 eurodéputés. « Rien d’impossible : la constitution de groupes larges, dépassant certaines oppositions idéologiques pour obtenir plus de moyens et de temps de parole, est dans la logique du Parlement européen », estime Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean Jaurès. 

Un éléphant dans la pièce : la Russie

Le projet dépassera-t-il toutefois la simple lettre d’intention ? « Cela n’a rien d’évident », nuance Jean-Yves Camus. Les divergences restent nombreuses entre des partis parfois concurrents dans un même pays, comme la Ligue, ralliée au gouvernement de Mario Draghi, et Frères d’Italie, dans l’opposition. S’ils sont tous opposés à l’Europe « fédéraliste » de la Commission et veulent réduire les pouvoirs de la Cour justice de l’Union européenne, ils sont loin de s’accorder sur tout. « Pour Marine Le Pen, la question des droits des LGBT, contrairement au PiS ou à Orban, est quasiment un non-sujet », rappelle Jean-Yves Camus. 

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La Russie reste le point de contentieux majeur. En Pologne, la mémoire de la colonisation tsariste et de l’imposition du communisme reste douloureuse dans l’opinion. Les ultraconservateurs du PiS, première formation du groupe ECR, ne peuvent se permettre d’être étroitement associés à des partis s’affichant à Moscou. Or c’est le cas, ces dernières années, de la Ligue et du RN, les poids lourds d’ID. Le mouvement de Marine Le Pen, qui entretient une certaine admiration pour le nationalisme russe, doit toujours plusieurs millions d’euros à une société soupçonnée d’être liée au Kremlin. Quant au FPÖ autrichien, il a signé en 2016 un accord de coopération avec Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. 

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Pas sûr, donc, qu’il soit possible d’unir ID et ECR. De fait, la « déclaration commune » promet de « respecter le rôle des groupes politiques actuels ». Elle est d’ailleurs rendue publique alors que certaines formations semblent en perte de vitesse : le ralliement de Marine Le Pen au projet de Viktor Orban intervient juste après un recul électoral inattendu aux élections régionales. De son côté, le dirigeant hongrois peut craindre une opposition unie lors des élections législatives de 2022. Le PiS possède, lui, une majorité fragile à la Diète. Dominante ces dernières années, la Ligue de Matteo Salvini est dorénavant dépassée, dans certains sondages, par Frères d’Italie. Sur les réseaux sociaux, sa cheffe, Giorgia Meloni, n’a d’ailleurs pas fait état de la participation de son mouvement. La deuxième pierre de la « grande alliance » est loin d’être posée. 

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