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Jordan Bardella n’aurait sans doute pas imaginé une promotion, aussi grande, aussi fulgurante. Surtout, quand il se rappelle au souvenir de ses débuts, lorsqu’il a décidé en 2012, à 16 ans, au lendemain d’un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, de rejoindre le Front national (FN). Grandi dans sa ville natale de Drancy (Seine-Saint-Denis) et issu d’une famille modeste, il indiquait, à l’époque, avoir adhérer au parti davantage pour Marine Le Pen que pour le parti en lui-même.

Deux ans plus tard, en 2014, le jeune homme d’origine italienne devient secrétaire départemental FN de la Seine-Saint-Denis, ce qui fait de lui le plus jeune responsable départemental du parti. Dès les premiers jours dans sa nouvelle fonction, il n’a de cesse de dénoncer « l’ensauvagement » et monte un collectif sur les banlieues, qui réunissent à ses yeux « tous les problèmes de la France puissance 10 ».

Les banlieues, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur 

« Monsieur Banlieues » du parti, il devient en 2015, à seulement 19 ans, le responsable de la question du Front national. Lors des élections régionales de la même année, il est tête de liste FN en Seine-Saint-Denis et est élu au conseil régional d’Île-de-France, avec Huguette Fatna, avec 14,7 % des voix au second tour. Quelques mois plus tard, en janvier 2016, il lance le collectif Banlieues patriotes, qui « veut rompre avec la politique de la ville et tendre la main aux électeurs des ‘territoires perdus’ de la République ».

C’est en 2016 qu’il décide de se consacrer exclusivement à la politique et au Front national : après un baccalauréat économique et social (ES) avec la mention « très bien » au lycée privé Jean-Baptiste de La Salle à Saint-Denis obtenu l’année précédente, il abandonne ses études de géographie menées à l’université Paris-Sorbonne, sans être diplômé.

La campagne présidentielle 2017, véritable tournant

Il intègre en 2017 l’équipe de la campagne présidentielle, recruté par Jean-Lin Lacapelle, secrétaire général adjoint au FN. Ce dernier salue un militant « talentueux, efficace et humain ». Une étape importante pour Jordan Bardella, qui va pouvoir côtoyer de plus près la cheffe de la formation d’extrême droite, Marine Le Pen, alors en pleine campagne présidentielle. Autre échelon gravi au sein du FN : il devient, en septembre 2017 et le départ de Florian Philippot, l’un des porte-paroles. Un « titre » qui lui permet de gagner en visibilité, et pas uniquement chez les électeurs de Marine Le Pen.

Dans des partis politiques pourtant bien installés comme le RN, on donne aussi la chance à des jeunes qui sont issus de milieux populaires.

Louis Aliot

Il est très apprécié au sein du parti. « Sa jeunesse incarne le renouveau », fait valoir un autre cadre, et rappelle que le parti, devenu depuis Rassemblement national (RN) a toujours promu ses jeunes militants, parmi lesquels l’ancienne députée Marion Maréchal-Le Pen. Les critiques sont rares, sauf un cadre qui évoque son manque d’intérêt pour les dossiers européens.  

Il est désigné, à 23 ans, tête de liste du RN aux élections européennes de 2019 en France. Ce choix devait, pour le député RN Louis Aliot, « montrer que, dans des partis politiques pourtant bien installés comme le RN, on donne aussi la chance à des jeunes qui sont issus de milieux populaires ». Il mènera, par la suite, le RN à la victoire aux européennes.

Les critiques sont rares, sauf un cadre qui évoque son manque d’intérêt pour les dossiers européens. Tous, aussi, soulignent ses capacités oratoires, son sens de la rhétorique, même s’il n’a pas la réputation d’être un gros travailleur.

Une carrière sans histoires

Son profil de personne lambda et quelconque venant d’un milieu modeste évoque une ouverture, à nuancer certes, qui parle à un plus grand public contrairement à d’autres cadres du parti qui symbolisent plutôt l’ancienne génération du Front national. Outre le fait d’être un pur « produit de la maison », Jordan Bardella a aussi pour avantage de n’avoir pas été éclaboussé par les affaires, contrairement à d’autres responsables mis en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs au Parlement européen. 

Très apprécié des militants, l’homme de 25 ans a été particulièrement applaudi samedi au congrès du RN à Perpignan. Ceux-ci semblent ne pas lui avoir tenu rigueur de la défaite aux régionales, la semaine dernière. Chef de file du Rassemblement national en Ile-de-France, il n’avait recueilli 10,8% des voix au second tour (-3 points par rapport au premier tour).

Lors de son discours au congrès du parti à Perpignan, samedi, Bardella a ainsi souligné : « L’abstention, c’est le refuge de la désespérance » mais « rien n’est perdu et il y a encore un chemin ». : « Nous n’avons pas le droit de douter », a-t-il ajout, alors que l’échec aux régionales a généré des critiques en interne et à la périphérie du parti sur son fonctionnement, son implantation locale, ou sa « normalisation ». Le nouveau premier vice-président du RN a fustigé à cet égard les « planqués », les « déserteurs » qui « tirent dans le dos des combattants de première ligne ».

Lors de la campagne des élections régionales, il avait déjà présidé un meeting sans Marine Le Pen en Seine-et-Marne ressemblant fort à une répétition générale d’un chef de parti, où il avait appelé à « relocaliser chez eux » les délinquants en situation irrégulière. Le passage de témoin aura lieu à la rentrée politique du RN prévue en septembre. Les militants du parti ont voté samedi un changement de statuts qui permet cette présidence par intérim « pendant 12 mois ».

Jordan Bardella est aussi un très proche de la présidente du parti et, d’une certaine manière, la direction du parti reste un peu dans la famille : le nouveau premier vice-président du RN est en couple avec Nolwenn Olivier, fille de Marine-Caroline Le Pen (soeur de Marine) et de Philippe Olivier (conseiller spécial de la cheffe du RN), petite-fille de Jean-Marie Le Pen. 

Et après ? Les ambitions et l’avenir du nouveau vice-président du parti restent floues. Nul doute que les résultats à l’élection présidentielle de sa désormais seule et unique supérieure, Marine Le Pen, lui permettront d’y voir plus clair.

Politique. De simple adhérent à premier vice-président du RN, l’ascension irrésistible de Jordan Bardella