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Jusqu’à présent, Moscou semblait le plan B parfait pour Recep Tayyip Erdogan. Ces dernières années, alors que la Turquie s’éloignait de ses alliés de l’Otan et d’une perspective d’adhésion à l’Union européenne (UE), le président turc s’est efforcé de développer de bons rapports avec le Kremlin. Il est allé jusqu’à acheter le système de défense antiaérienne russe S-400 en 2017, au prix de lourdes sanctions américaines et de l’expulsion d’Ankara du programme d’avions de combat de dernière génération F-35. 

Mais l’invasion de l’Ukraine, un pays avec lequel Ankara entretient d’excellentes relations, a rendu intenable cette politique d’équilibre entre la Russie et l’Occident. « Dans ce contexte de tensions extrêmes et de retour d’une forme de Guerre froide, la Turquie va à nouveau choisir le camp occidental, c’est très clair », affirme ainsi Sinan Ülgen, ancien diplomate et directeur du centre de réflexion stambouliote Edam. 

Les drones turcs, un atout majeur de Kiev

Alors que l’Union européenne vient d’annoncer le financement et la livraison de 450 millions d’euros de matériel militaire à l’Ukraine, Ankara pourrait fournir de nouveaux drones de combat à Kiev. L’Ukraine possède déjà une vingtaine de drones militaires turcs, des modèles Bayraktar TB2 produits par l’entreprise du même nom et dirigée par le gendre du président Erdogan. Un partenariat entre les industries de défense des deux pays avait même vu le jour, concernant notamment la production de moteur pour drones par des entreprises ukrainiennes. Le ministère de la Défense ukrainien a d’ailleurs salué la présence de ces drones dans son inventaire en diffusant, le 27 février, sur le réseau social Twitter, des vidéos des frappes de drones contre des colonnes de blindés russes, accompagnées d’un message en turc. 

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Lundi 28 février, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavusoglu, a même laissé entendre qu’il comptait fermer le détroit du Bosphore à la marine russe, comme le réclame Kiev depuis le début de l’invasion. Le contrôle des détroits stratégiques du Bosphore et des Dardanelles, seuls passages qui relient la mer Méditerranée à la mer Noire et à la mer d’Azov, est en effet laissé à l’appréciation de la Turquie, dans les limites de la convention de Montreux (1936).  » Nous allons appliquer la convention. Même si la Turquie n’est pas partie prenante du conflit, elle a le droit de fermer l’accès aux bateaux de guerre traversant le Bosphore en cas de guerre, sauf s’ils l’empruntent pour regagner leurs bases », a annoncé Çavusoglu. 

Une décision de fermeture des détroits aux navires russes aurait des conséquences immédiates limitées, la Russie ayant déjà amené une part conséquente de sa flotte en mer Noire avant le début de l’offensive, mais l’impact symbolique serait majeur : Moscou pourrait réagir contre la Turquie, notamment sur l’un des dossiers géopolitiques qui l’oppose à Ankara ces dernières années, à commencer par la Syrie. « Le gouvernement turc s’inquiète que Moscou donne par exemple le feu vert à une offensive du régime d’Assad dans la province d’Idleb », analyse Sinan Ülgen à propos de cette région située dans le nord-ouest du pays et dominée par des rebelles islamistes proches d’Ankara.  

Peur sur l’économie turque

Par crainte d’une réaction trop forte de la Russie, la Turquie ne suit pas les Occidentaux dans leur politique de sanctions massives. Le pays, qui traverse une grave crise économique caractérisée par une forte inflation, risque de se trouver encore plus fragilisée par le conflit. Son secteur de l’énergie est en effet très dépendant de la Russie, dont elle importe massivement du gaz, tandis que Moscou aide à la construction de la première centrale nucléaire du pays.  

Ankara dépend aussi fortement des importations de céréales russes, quand la Russie se révèle un acheteur indispensable pour les fruits et les légumes turcs. De même, les touristes russes représentent la principale manne touristique de la Turquie, avec 4 millions et demi de visiteurs l’année dernière. Les importations annuelles en provenance de Russie s’élèvent à près de 29 milliards de dollars, ce qui signifie qu’un boycott turc frapperait durement l’économie russe, mais reviendrait aussi pour Ankara à tirer une balle dans le pied de sa fragile économie. 

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En épousant les condamnations de l’invasion russe formulées par ses alliés de l’Otan, Erdogan compte bien profiter des dividendes de son ralliement. Sur le plan géopolitique en particulier, les attaques des troupes turques et de leurs alliés mercenaires islamistes contre les forces arabo-kurdes des Forces démocratiques syriennes (en 2018 et 2019) avaient ému les capitales européennes. En 2020, les démonstrations de force de la marine turque face à Chypre et à la Grèce en Méditerranée orientale avaient valu à Ankara de fermes remontrances de la part de Washington. « Dans ce nouveau contexte de crise, l’importance géostratégique de la Turquie va augmenter aux yeux des Américains, et cela pourrait ouvrir la voie à de meilleures relations entre les deux pays », estime Sinan Ülgen. Comme souvent, Erdogan se retrouve sur une ligne de crête. 

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