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La colère gronde au Brésil. Trois ans après son arrivée au pouvoir, Jair Bolsonaro est plus que jamais contesté. La pandémie de Covid-19 et sa gestion jugée catastrophique par de nombreux Brésiliens ont largement contribué à retourner une partie du pays contre son président d’extrême droite, déjà très controversé. Le Brésil est le deuxième pays le plus endeuillé par l’épidémie derrière les Etats-Unis et n’en finit pas de compter ses morts, même si une décrue s’opère ces derniers jours. 

De récentes révélations ayant abouti à l’ouverture d’une enquête contre le chef d’Etat sur des accusations portées contre lui pour avoir omis de signaler une tentative de corruption dans l’achat de vaccins ont aggravé le courroux du peuple.  

Des milliers de personnes dans la rue

Plusieurs dizaines de milliers de Brésiliens ont ainsi manifesté samedi à travers le pays. Il s’agit de la troisième journée de mobilisation depuis fin mai pour exiger le départ de Jair Bolsonaro, mis en cause pour sa gestion de la pandémie de coronavirus qui a déjà fait plus de 500 000 morts dans le pays de 212 millions d’habitants. 

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« Ce sont déjà plus de 500 000 personnes assassinées par ce gouvernement comme conséquence de politiques fallacieuses, des infox, des mensonges, et maintenant ce scandale absurde de corruption autour des vaccins », a dit la médecin Patricia de Lima Mendes, 47 ans, manifestant à Rio. 

Un homme tenant un drapeau brésilien sur lequel on peut lire « Génocidaire » participe à une manifestation contre la gestion de la pandémie de COVID-19 par le président brésilien Jair Bolsonaro, à Sao Paulo, au Brésil, le 3 juillet 2021.

Miguel SCHINCARIOL / AFP

« Bolsonaro génocidaire », « Ce n’est pas du négationnisme, c’est de la corruption » ou « Oui aux vaccins », pouvait-on lire sur des pancartes brandies dans une autre manifestation qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le centre de Sao Paulo. 

Amende pour non-port du masque

De son côté, le président affiche toujours autant d’indifférence au virus. Fin mai, il a pris la tête d’un cortège de plusieurs milliers de motos défilant dans les rues de Rio de Janeiro pour une manifestation en son soutien, causant de nombreux rassemblements en pleine pandémie.  

Après une demi-heure de trajet, les motos se sont arrêtées durant quelques minutes et Jair Bolsonaro, casqué, mais sans masque de protection, s’est mis debout sur son engin pour saluer la foule. Il a été condamné le 12 juin à une amende de cent huit dollars pour avoir participé sans masque ni mesures sanitaires à cette manifestation. 

Une commission d’enquête

Le président brésilien n’en finit pas de voir sa gestion de la pandémie lui porter du tort. Cette enquête ouverte contre lui fait suite à de précédents déboires. La commission d’enquête du Sénat (CPI) auditionne depuis deux mois sur la façon dont le gouvernement Bolsonaro a géré la crise sanitaire et ses plus d’un demi-million de morts. 

Dans le cadre de cette enquête, même son ancien ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta l’a accusé d’avoir laissé se propager le virus. Le 4 mai dernier, il a assuré devant la commission d’enquête parlementaire avoir prévenu « expressément » le président Jair Bolsonaro des « conséquences gravissimes » de son déni face à la pandémie de coronavirus. 

« Nous avons recommandé expressément au président de changer de posture, en alertant que cela pourrait entraîner une saturation du système de santé », a déclaré Luiz Henrique Mandetta, un orthopédiste de 56 ans, face à une commission d’enquête du Sénat qui doit établir les responsabilités du gouvernement Bolsonaro dans la crise sanitaire. 

Luiz Henrique Mandetta a été limogé fin mars 2020, au début de la pandémie, car il défendait la distanciation physique pour tenter d’endiguer les contaminations, une idée totalement rejetée par le chef de l’Etat. 

Une « super demande de destitution »

Mercredi, à la Chambre des députés du Brésil, une « super demande de destitution » a été déposée pour son déni face à l’ampleur de la pandémie, son discours anticonfinement ou les retards dans l’acquisition de vaccins. Cette nouvelle demande de destitution à peu de chances d’aboutir, selon les spécialistes, mais elle permet à l’opposition d’accentuer la pression politique sur le président Bolsonaro. 

Ce document, signé entre autres par le Parti des Travailleurs de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva et plusieurs dizaines de syndicats et associations, réunit des arguments déjà inclus dans plus de 120 demandes similaires déposées auparavant, citant une vingtaine de « crimes de responsabilité » imputés au chef de l’Etat. 

Lui est entre autres reproché son déni face à l’ampleur de la pandémie qui a fait plus d’un demi-million de morts au Brésil, son discours anticonfinement ou les retards dans l’acquisition de vaccins. 

Pour que la demande de destitution aboutisse, elle doit être soumise au vote des députés par le président de la chambre basse. Mais Arthur Lira, allié de Jair Bolsonaro, s’est refusé à le faire jusqu’à présent.  

Un scandale de corruption

Vendredi, c’est donc une sombre affaire de possible corruption d’un membre du gouvernement dans l’achat de vaccins anti-Covid qui pousse le président brésilien vers de nouvelles turbulences. Le président Bolsonaro est ainsi soupçonné d’avoir fermé les yeux sur des soupçons de corruption rapportés par un fonctionnaire du ministère de la Santé. Témoignant devant la CPI, il dit avoir subi des « pressions atypiques » pour approuver l’importation de doses du vaccin indien Covaxin qu’il jugeait surfacturées. 

Ce scandale pourrait causer des dégâts politiques considérables pour un président d’extrême droite élu en promettant d’éradiquer la corruption, et dont l’image a déjà été fortement ternie par sa gestion chaotique de la crise sanitaire. 

Cette ouverture d’enquête repose sur le témoignage la semaine dernière du fonctionnaire et de son frère député qui ont fait l’effet d’une bombe lors d’une audience devant la CPI. Responsable des importations médicales au ministère, Luis Ricardo Miranda a vu atterrir le 18 mars sur son bureau une facture suspecte de 45 millions de dollars pour trois millions de doses du vaccin Covaxin du laboratoire indien Bharat Biotech. Aucun vaccin n’avait été livré et le Covaxin n’avait pas reçu l’homologation des autorités sanitaires. 

De plus, le contrat, d’un montant total de 300 millions de dollars, ne mentionnait nulle part Madison Biotech, la firme singapourienne qui avait envoyé la facture et semblait être une société-écran. D’autres irrégularités dans l’accord entre le Brésil et Covaxin faisant surface, le gouvernement a fini par annuler le contrat. 

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Luis Ricardo Miranda avait immédiatement fait part de ses inquiétudes à son frère, le député Luis Miranda, un partisan de Jair Bolsonaro. Ils auraient alors rencontré le président le 20 mars à Brasilia. Selon les déclarations des frères devant la CPI, le président leur a assuré qu’il transmettrait l’affaire à la police fédérale. Ce qu’il n’a apparemment jamais fait et a amené le parquet à ouvrir cette enquête sur des accusations de prévarication. 

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