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Le scénario tant redouté s’est enclenché. A 5h30 du matin ce jeudi 24 février, Vladimir Poutine a annoncé à la télévision russe le lancement d’une « opération militaire spéciale » destinée à « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine. Une demi-heure plus tard, les premiers bombardements touchaient l’ensemble du territoire ukrainien, suivis par une entrée rapide des forces terrestres russes. « Pas de panique, nous sommes prêts pour tout, a répliqué, d’un ton résolu mais sans triomphalisme, le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Nous allons vaincre. » 

En 2014, l’armée ukrainienne avait subi une déroute en Crimée et dans l’est du pays face aux forces russes et séparatistes prorusses. Peuvent-elles cette fois espérer résister au rouleau compresseur ? « L’armée ukrainienne de 2022 n’est plus celle de 2014, avertit le général Dominique Trinquand, expert militaire et ancien chef de la mission française à l’ONU. Elle est aujourd’hui beaucoup plus nombreuse et mieux formée, notamment grâce à l’appui des forces occidentales. » Là où, en 2014 l’armée ukrainienne dénombrait 130 000 soldats mal formés et peu équipés dans ses rangs – dont la moitié de conscrits -, elle compte aujourd’hui 209 000 membres des forces armées régulières ainsi que 900 000 réservistes, selon les chiffres de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). 

Dans le même temps, les dépenses militaires ont presque doublé, passant de 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) en 2014 à près de 6 milliards en 2020, d’après la Banque mondiale. S’ajoute à cela une aide de l’Otan estimée à 14 milliards de dollars depuis 2014, pour aider Kiev à moderniser son artillerie. En novembre 2021, Washington avait notamment livré à l’Ukraine environ 88 tonnes de munitions, trois douzaines de lanceurs Javelin et 180 missiles. 

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Une armée surclassée technologiquement

Reste qu’au jeu des comparaisons, l’Ukraine fait toujours figure de nain stratégique à côté de la Russie, dont les dépenses militaires sont dix fois supérieures (61 milliards de dollars en 2020). De même, au-delà des 190 000 soldats qu’avait massés la Russie autour de l’Ukraine ces derniers mois, Moscou peut aligner un total de 900 000 soldats et 2 millions de réservistes. L’avantage russe n’est toutefois pas seulement quantitatif. « L’armée russe est technologiquement beaucoup plus moderne, a une capacité de force de frappe plus avancée et des leviers asymétriques qui sont sans comparaison avec l’Ukraine », tranche Mathieu Boulègue, chercheur spécialiste de l’Eurasie à la Chatham House, un think tank londonien. 

L’Express/Dario Ingiusto

L’aviation ukrainienne – avec peu d’hommes et vermoulue – apparaît comme l’une des grandes faiblesses de Kiev. « Certains appareils datent de l’époque soviétique et leurs pilotes n’ont que peu d’heures de vol. La Russie dispose à l’inverse d’avions bien plus modernes et plus nombreux », dresse Glen Grant, analyste à la Baltic Security Foundation ayant conseillé l’Ukraine sur sa réforme militaire. Sans compter que Moscou peut s’appuyer sur des pilotes mieux entraînés, ayant pour la plupart effectué des missions en Syrie depuis le début de l’intervention russe en 2015. 

L’Express/Dario Ingiusto

Il en va de même pour la Marine ukrainienne, qui ne compte que 11 000 membres, contre 150 000 côté russe. Faute d’avoir réalisé de coûteux investissements nécessaires, c’est l’ensemble du matériel lourd ukrainien qui affiche de trop nombreuses heures au compteur. « Le programme de modernisation était en cours, mais il est loin d’être terminé, observe Glen Grant. Beaucoup de véhicules sont en mauvais état et sont technologiquement surclassés par la Russie. » 

« Pas une promenade de santé »

L’écart colossal de moyens entre les deux armées n’est toutefois pas la seule donnée de l’équation. « A l’inverse des soldats russes qui s’engagent avant tout pour gagner leur vie, les soldats ukrainiens le font pour défendre leur pays et sont prêts à se battre jusqu’au bout, souligne Glen Grant. Ce qui constitue une différence fondamentale en ce qui concerne le moral des troupes. » Au fil des huit années de guerre dans le Donbass, ceux-ci ont aussi acquis une expérience du combat qu’ils n’avaient pas en 2014. 

« L’invasion complète de l’Ukraine ne sera pas une promenade de santé, abonde le général Trinquand. Le grand nombre de zones de combat se traduira nécessairement par des pertes côté russe. » Ce jeudi 24 février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a donné l’ordre « qu’un maximum de pertes soient infligées à l’agresseur », a fait savoir le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valery Zaloujni, assurant que son armée « contrait avec dignité » les attaques ennemies. 

Au-delà des membres de ses forces armées régulières, Kiev a aussi pris soin de former réservistes et civils aux techniques de guérilla ces dernières semaines, notamment avec ses « bataillons de défense territoriale » mis en place par la loi sur la résistance nationale adoptée début janvier. Selon un sondage réalisé en décembre par l’Institut international de sociologie de Kiev (KIIS), un Ukrainien sur trois se dit prêt à prendre les armes face à une invasion russe, tandis que 21,7% des autres sont prêts à rejoindre un mouvement de résistance civile. 

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« Sur le court terme, la victoire militaire de la Russie ne fait guère de doute. En revanche sur le long terme, l’enlisement russe est probable », résume le général Trinquand. Interrogé ce jeudi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que l’opération militaire durerait « le temps nécessaire »… 

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