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« Je suis certain que les forces armées russes vont remplir leur mission de manière professionnelle et avec courage ». Ce jeudi matin à l’aube, à la télévision russe, Vladimir Poutine a annoncé une offensive militaire massive et coordonnée en Ukraine. Une opération que les dernières semaines de pourparlers diplomatiques et le déploiement de l’armée russe le long des frontières ukrainiennes et biélorusses laissaient présager. L’allocution du président russe s’est suivie d’une attaque par voie terrestre dans l’Est. Des bombardements avaient débuté un peu plus tôt dans la nuit.  

Les différents points d’attaques russes en Ukraine.

L’Express

Des explosions ont été entendues dans plusieurs grandes villes à l’intérieur du pays, notamment dans la capitale, Kiev, ou à Odessa, dans le Sud. Plusieurs centres de commandements et de bases militaires semblaient être visés par les tirs russes. Des assauts suivis de plusieurs attaques cyber. Un ensemble d’opérations qui ont contraint des milliers de citoyens ukrainiens à se réfugier dans des stations de métro ou à prendre la fuite par la route.  

La Russie s’est rapidement félicitée d’avoir détruit les bases aériennes et la défense antiaérienne ukrainiennes en assurant qu’elle ne visait pas les civils. Les répercussions se font toutefois déjà ressentir sur la vie quotidienne : l’espace aérien a été fermé, des coupures d’électricité ou du réseau internet sont récurrentes et les autorités ukrainiennes ont appelé les habitants à rester chez eux après l’introduction de la loi martiale. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a qualifié l’offensive d' »invasion de grande ampleur ». Emmanuel Macron a quant à lui parlé de « guerre ». 

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  • Comment les troupes russes sont entrées en Ukraine ?

Dans le milieu de la matinée, il ne faisait plus de doute que les chars russes sont entrés dans le territoire ukrainien, comme l’ont confirmé les garde-frontières dans un communiqué : « Des véhicules militaires russes, y compris des blindés, ont violé la frontière dans les régions de Tcherniguiv (nord, frontière biélorusse), Soumy (nord-est, frontière russe), Lougansk et Kharkiv (est, frontière russe) ». C’est bien le scénario d’une invasion totale qui semble avoir été privilégiée par l’État-major du Kremlin. Un assaut préparé depuis plusieurs semaines par Vladimir Poutine et redouté par les Américains.  

Carte

Dario Ingiusto / L’Express

Au cours des derniers mois, la Russie a déployé des centaines de chars, d’artillerie automotrice et même de missiles balistiques à courte portée aussi bien sur son territoire qu’à la frontière ukrainienne. Les images satellites renseignant les mouvements des véhicules de guerre au gré de l’évolution de la stratégie militaire l’attestent. Au moins 130 000 militaires ont été mobilisés. L’ensemble de l’armée russe pourrait être déployé notamment pour occuper certaines métropoles en cas de prise de contrôle. « Le coût politique et militaire d’une telle opération serait absolument gigantesque pour Poutine », nous confiait François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et auteur de l’essai Retour de la guerre (Odile Jacob, 2021), fin janvier. Grâce à ses manoeuvres hivernales, la Russie s’est ouvert trois portes d’entrée vers le territoire de son voisin : via la Biélorussie, à l’Est, et dans le Sud via la mer Noire. Trois canaux employés cette nuit. 

  • Que sait-on des déploiements de troupes russes ?

Le déploiement militaire russe autour de l’Ukraine.

Dario Ingiusto / L’Express

Dans le Sud, à 300 kilomètres de Sébastopol, capitale de la Crimée annexée par la Russie depuis 2014, la ville d’Odessa a été bombardée. Une série d’explosions a également été répertoriée à Kramatorsk, ville de l’est qui sert de quartier général à l’armée ukrainienne, et à Kharkiv, deuxième ville du pays, dans l’Est également. Des images capturées par des systèmes de vidéo surveillance ou diffusées par des internautes sur les réseaux sociaux montrent l’avancée de chars depuis la frontière russo-biélorusse, prenant la route qui mène à la capitale, Kiev. L’ensemble de ces offensives est le fruit d’une politique d’expansion de la Russie qui grignote le territoire de ses voisins depuis trois décennies. Depuis moins d’une décennie, le régime russe est parvenu à obtenir des positions dans l’est de l’Ukraine en soutenant les milices sécessionnistes prorusses dans les régions de Donetsk et Lougansk. Un soutien qui s’est renforcé, ces derniers jours, puisque le président russe avait reconnu, lundi, l’indépendance « républiques » autoproclamées. 

La Russie profite aussi d’un autre soutien apporté à un territoire limitrophe. En tendant la main au président autoritaire biélorusse, Alexandre Loukachenko, lorsqu’il était secoué à l’automne 2020 par un soulèvement populaire, Vladimir Poutine s’est rapproché d’un voisin profitable. Si la Biélorussie a précisé, ce jeudi matin, ne pas prendre part militairement à l’offensive russe, le pays a servi de base arrière à l’armée russe pour préparer son attaque. 

Infographie

Dario Ingiusto / L’Express

Pour riposter, l’armée ukrainienne ne dispose pas de moyens militaires comparables à ceux de son adversaire. Face aux 2 840 tanks de l’armée russe, l’Ukraine en possède moins de 1000. Ses forces vives sont deux fois moins nombreuses et la Russie possède 150 missiles balistiques quand l’Ukraine en détient 90. Face à la force de frappe russe, les forces ukrainiennes pourraient très vite être éparpillées aux quatre coins du pays.  

Face à la menace, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé à créer « une coalition anti-Poutine » pour « contraindre la Russie à la paix », à l’issue d’entretiens avec les dirigeants américain, britannique et allemand. Vladimir Poutine a déjà anticipé un ralliement militaire européen ou américain à son allié et le chef d’État s’est montré menaçant : « quiconque entend se mettre sur notre chemin ou menacer notre pays et notre peuple doit savoir que la réponse russe sera immédiate et aura des conséquences jamais vues dans votre histoire ». En fin de matinée, l’armée russe annonçait avoir réalisé des gains territoriaux face à l’Ukraine. Au moins 40 soldats et une dizaine de civils ont été tués jeudi aux premières heures de l’invasion russe de l’Ukraine, a annoncé à la presse un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky. L’armée ukrainienne affirme avoir tué une cinquantaine d' »occupants russes ». 

  • Que va faire Vladimir Poutine maintenant ?

La décision de Poutine de reconnaître formellement les revendications territoriales des républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk lui permet de justifier une nouvelle invasion de l’Ukraine au-delà de la ligne de contact existante. Cela pourrait à son tour être le prélude à un conflit plus large. 

Le scénario, le plus agressif, d’une offensive totale visant à prendre le contrôle de l’ensemble du territoire ukrainien, est le moins probable aux yeux des experts. « Même si Poutine parvenait à défaire les forces militaires ukrainiennes et à occuper l’ensemble du pays, ce qui n’est pas certain, il continuerait à faire face à une résistance accrue de la population. Ses troupes pourraient compter de nombreuses pertes et risqueraient de s’enliser dans le pays », considère Tomas Ries, professeur de sécurité et de stratégie à l’Ecole supérieure de la défense nationale (Försvarhögsklan) de Stockholm, en Suède. 

La Russie a attaqué l’Ukraine en ne se contentant pas d’envahir le Donbass.

Infographie L’Express

Poutine pourrait également se contenter de reconsituer la « Novorossia » de l’époque impériale. Ce scénario implique également une mobilisation des forces russes à grande échelle, même si l’objectif serait plus limité. Il s’agit ici, selon le rêve de Vladimir Poutine, de recréer dans une version étendue la « Novorossia » (Nouvelle-Russie) de l’époque impériale. Cela se traduirait par une prise de contrôle de la zone russophone dans l’est et le sud de l’Ukraine. Ce qui permettrait la jonction terrestre entre la Russie et le territoire moldave séparatiste de Transnistrie (prorusse, non reconnu par la communauté internationale). 

Ukraine

@Infographie L’Express

Autre hypothèse : établir la jonction terrestre entre la Crimée et le Donbass. Dans ce scénario, la Russie poursuivrait son grignotage de l’Ukraine via une annexion pure et simple du Donbass (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui) et la création d’un « pont terrestre » reliant cette région à la Crimée. L’objectif est ici d’ouvrir une nouvelle route vers la péninsule annexée en 2014, qui n’est actuellement reliée à la Russie que par un pont construit sur le détroit de Kertch (à l’extrême est de la Crimée, en direction de Krasnodar).  

Ukraine

@Infographie L’Express

  • Quel est le rôle de Nord Stream 2 ?

Le 22 février, le chancelier allemand Olaf Scholz a suspendu le processus de certification du gazoduc Nord Stream 2 en réponse à la reconnaissance par la Russie des deux républiques autoproclamées. 

Annoncé pour la première fois en 2015, le gazoduc de 11 milliards de dollars (8,3 milliards de livres sterling) appartenant au géant russe de l’énergie Gazprom a été construit pour transporter du gaz de la Sibérie occidentale à Lubmin dans le nord-est de l’Allemagne, doublant la capacité existante du gazoduc Nord Stream 1 et garder au chaud 26 m de foyers allemands à un prix abordable. 

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Dario Ingiusto / L’Express

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