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La tension est palpable en Ukraine. Après la reconnaissance par la Russie, lundi, de deux régions séparatistes du Donbass et la promesse de l’envoi de troupes sur place – ce qui n’a pas encore été attesté -, le Conseil de sécurité ukrainien a demandé l’instauration de l’état d’urgence dans le pays. Il a mobilisé ses réservistes et appelé ses ressortissants à quitter la Russie. En parallèle, les pays occidentaux, qui ont tous dénoncé les agissements de Vladimir Poutine, ont annoncé une première série de sanctions économiques. L’Express propose un abécédaire pour avoir toutes les clés de compréhension de la crise en Ukraine. 

 

Ils devaient réinstaller la paix mais n’ont jamais réussi à y parvenir. Les accords de Minsk, du nom de la capitale biélorusse où ils ont été signés en 2014 (Minsk I) et 2015 (Minsk II) entre l’Ukraine et les séparatistes prorusses, sous médiation franco-allemande, avaient pour objectif de mettre fin au conflit qui ravageait l’est du pays. Plutôt que d’accords, il s’agissait davantage de protocoles, moins contraignants, même si Minsk II fournissait des délais et plus de précisions pour parvenir à une situation pacifiée. 

Parmi les points importants des accords : un cessez-le-feu immédiat, le retrait des armes lourdes dans chaque camp, une grâce pour les personnes impliquées dans les combats, un échange d’otages et de prisonniers, le retrait des formations armées étrangères. Ils prévoyaient aussi une réforme constitutionnelle en Ukraine, des élections à Donetsk et Lougansk, les deux régions tenues par les séparatistes. Et il était prévu que celles-ci restent sous pavillon ukrainien.  

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Une décision que Vladimir Poutine a choisi de piétiner en reconnaissant unilatéralement, lundi, leur indépendance. Il a ainsi rendu caduque les accords de Minsk, qui étaient pourtant favorables à la Russie – bien plus qu’à l’Ukraine. De nombreux points n’avaient, de toute façon, pas été suivis d’effets jusqu’à présent. 

La Crimée est une péninsule de 27 000 m2 située au sud de l’Ukraine, bordée à l’est par la mer d’Azov, à l’ouest par la mer Noire. En 2014, après des semaines de manifestations sur la place Maïdan, à Kiev, le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch est destitué. Déjà latentes, les tensions montent d’un cran entre partisans de la révolution et ceux qui souhaitent se rapprocher de Moscou quand le Parlement ukrainien s’attaque au statut de seconde langue officielle accordée au russe. Les velléités séparatistes s’accentuent en Crimée. 

Cette région autonome – depuis 1992 et la chute de l’Union soviétique – ne reconnaît pas les nouvelles autorités, provisoires, du pays. Elle organise un référendum le 16 mars 2014 : 96 % de la population est en faveur d’un rattachement à la Russie. Mais le scrutin, boycotté par les pro-Ukraine, a été organisé en une dizaine de jours sous le regard de milliers de soldats russes qui contrôlent la région. La communauté internationale rejette le vote, jugé « illégal », et dénonce une annexion du territoire. Le lendemain, le Parlement de la Crimée demande officiellement son rattachement à la Russie, validée par Vladimir Poutine. L’Union européenne (UE) et les Etats-Unis approuvent alors une série de sanctions contre une vingtaine de personnalités russes. 

Le Donbass est une région minière et industrielle de l’est de l’Ukraine, frontalière avec la Russie. Elle se compose de deux oblasts, provinces administratives : Donetsk et Lougansk. Elle est surtout, depuis 2014 et la destitution du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, le coeur d’un conflit armé entre le nouveau régime et les séparatistes prorusses, soutenus par Moscou. C’est pour ramener la paix sur ce territoire qu’ont été signés les accords du Minsk. Selon l’AFP, le conflit a fait plus de 14 000 morts depuis 2014. 

Lundi, Vladimir Poutine a reconnu les deux « républiques populaires » de Donetsk et Lougansk et a annoncé y envoyer des troupes pour une mission de « maintien de la paix ». Aucun calendrier n’a été précisé, alors que la Russie a massé plus de 150 000 hommes, selon les Etats-Unis, à la frontière ukrainienne. Le Parlement russe, sous l’impulsion de son président, a approuvé mardi à l’unanimité des « accords d’amitié, de coopération et d’entraide » avec les « républiques » de Donetsk et Lougansk. Reste à savoir si les territoires concernés par ce texte s’arrêtent à la ligne de front actuelle, ou s’ils englobent les régions administratives de Donetsk et Lougansk définies par Kiev. C’est-à-dire, sur le papier, une zone bien plus vaste que celle revendiquée par les séparatistes. 

 

L’expression vient du nom du pays, la Finlande. Son origine est attribuée à l’ancien ministre des Affaires étrangères autrichien Karl Gruber. En 1953, il l’utilise pour désigner un ensemble de limitations imposées par une puissance à un voisin plus faible. Karl Gruber fait référence à l’ex-URSS dans le rôle du premier, de la Finlande pour le second. 

Après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle la Finlande, alliée de l’Allemagne nazie, a combattu l’Union soviétique, les deux pays signent, en 1944, un armistice. Puis, trois ans plus tard, à Paris, un accord de paix. Les dirigeants finlandais acceptent, à travers cet accord, de ne pas adhérer à l’Otan, tout juste créé, ou de rejoindre l’UE pendant toute la durée de la guerre froide. Alignée sur la politique extérieure de l’URSS, la Finlande, indépendante, est soumise à une neutralité concernant son voisin.  

Elle adhère à l’UE en 1995, après l’effondrement du bloc soviétique, et devient un partenaire de l’Otan, sans toutefois en être membre. La « finlandisation » de l’Ukraine est revenue dans le débat comme une possible piste de solution au conflit avec la Russie. 

Cocorico. L’expression fait référence à la région française, théâtre d’une rencontre entre Vladimir Poutine (Russie), Petro Porochenko (alors président de l’Ukraine), François Hollande (ex-président français) et Angela Merkel (ex-chancelière allemande). Les quatre dirigeants s’étaient réunis au château de Bénouville, dans le Calvados, le 6 juin 2014. La rencontre a eu lieu en marge des célébrations du 70ème anniversaire du Débarquement. La Donbass était en guerre depuis plusieurs mois et cette réunion semi-officielle était la première du genre avec l’objectif de discuter d’un processus de paix. Ce format de diplomatie à quatre a été réactivé par Emmanuel Macron après le regain de tension dans l’Est ukrainien.  

Pour l’anecdote, l’expression a été utilisée pour la première fois par une journaliste américaine qui couvrait l’évènement, en 2014. Elle parlait d’un « Model Normandy », expression ensuite francisée. La journaliste a utilisé le nom de la région car, a-t-elle admis dans Ouest-France, elle avait du mal à prononcer «  Ouistreham ». 

Littéralement, cela signifie « camouflage ». En Russie, la maskirovka est une approche militaire qui repose sur la tromperie, la ruse et/ou la désinformation. Elle consiste en ne jamais admettre ses intentions, d’avoir recours à tous les moyens possibles pour tromper l’ennemi et garder l’initiative. « Les instructeurs russes insistent beaucoup sur cet outil, sur l’importance de la dissimulation et de la surprise dans la guerre, expliquait à L’Express Gustav Gressel, spécialiste de la Russie au Conseil européen des relations internationales. La maskirovka est d’autant plus systématique que les autorités russes – et soviétiques avant elles – n’ont pas à rendre de compte au public. » 

Cette technique a été utilisée lors de l’annexion de la Crimée en 2014. Aussi devinée en Géorgie en 2008. La création d’incidents, prétextes poussant à une intervention militaire, est une des tactiques de la maskirovka. Avant que Vladimir Poutine ne prenne la parole lundi, les Etats-Unis dénonçaient de telles manoeuvres de la part de la Russie dans le Donbass. 

1230 kilomètres reliant via la mer Baltique Oust-Luga, en Russie, et Lubmin, en Allemagne. Le gazoduc Nord Stream 2, qui suit le même parcours que son jumeau, Nord Stream 1 (opérationnel depuis 2012), a été achevé en novembre dernier mais n’a pas encore été mis en service. Il est prévu que transitent dans cet immense tuyau, chaque année, 55 milliards de mètres cubes de gaz russe.  

Or depuis le début du projet, Nord Stream 2 est au coeur d’une bataille géopolitique et économique. Les Etats-Unis considèrent qu’il ouvre une faille dans l’équilibre sécuritaire européen. Divers pays de l’Est, comme la Pologne, la Slovaquie, le Danemark et les Etats baltes lui sont aussi hostiles. Ils mettent en avant une dépendance européenne accrue au gaz russe et la mise de côté des intérêts ukrainiens, les Russes pouvant plus facilement se détourner des pipelines qui transitent par l’Ukraine. Cette dernière perdrait alors une manne économique importante. 

L’Allemagne a, elle, toujours soutenu le projet. Mais en représailles de la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de provinces ukrainiennes prorusses, le chancelier Olaf Scholz a coupé le robinet pas encore ouvert. Il a annoncé, mardi, la suspension de la procédure d’homologation du gazoduc. « Sans cette certification, Nord Stream 2 ne peut pas être mis en service », a-t-il précisé.  

« Nouvelle-Russie ». Historiquement, ce terme désigne une subdivision territoriale de l’empire russe, située au sud de l’actuelle Ukraine. Pour Vladimir Poutine, qui a déjà utilisé ce terme en 2014 après l’annexion de la Crimée, il s’agit du rêve de recréer la Novorossia de l’époque impériale. 

Il se traduirait par une prise de contrôle de la zone russophone dans l’Est – du Donbass donc – et du sud de l’Ukraine, celle des terres de la région de la mer Noire. Cela permettrait la jonction terrestre entre la Russie et le territoire séparatiste prorusse de Transnistrie, à l’est de la Moldavie, non reconnu par la communauté internationale. Mardi, Vladimir Poutine s’est défendu de vouloir « reconstituer un empire ». 

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) a été fondée en 1949 par douze pays : États-Unis, Canada, Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Royaume-Uni et Portugal. Tous s’engageaient à se défendre mutuellement en cas d’attaque visant l’un des membres. En plus de 70 ans d’existence, l’alliance politico-militaire s’est élargie et compte désormais trente pays membres, qui prennent toutes les décisions à l’unanimité. L’Otan garde aussi une porte ouverte concernant d’éventuels nouveaux membres. 

L’Ukraine et la Géorgie ont été tentés de rejoindre l’Alliance atlantique en 2008. Mais ils n’ont pas été intégrés, pour ne pas trop froisser Moscou. Qu’importe, Vladimir Poutine n’apprécie pas cette extension vers l’est, vers la Russie. Pour justifier les tensions actuelles en Ukraine, il blâme l’Otan et réclame, notamment, la fin de sa politique d’élargissement et le retrait de ses infrastructures militaires d’Europe de l’est. Propositions refusées. 

En réaction aux décisions du président russe, unanimement dénoncées par les pays occidentaux, tous ont promis d’importantes sanctions économiques. Les capitales européennes et Washington, soutenues par le Canada, l’Australie et le Japon, ont annoncé, mardi, une première série de mesures financières contre la Russie. Elles ont gelé les avoirs de certaines responsables et homme d’affaires russes. Les Britanniques ont, par exemple, visé trois oligarques proches du Kremlin, ainsi que cinq banques. 

L’UE a également interdit de visas les 351 députés russes de la Douma qui ont approuvé la reconnaissance de l’indépendance des territoires séparatistes. « Les sanctions n’ont pas des effets miraculeux. Mais les sanctions, ça fait du mal économiquement et ça fait du mal aux personnes affectées », a fait valoir Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’UE. Doit encore être détaillée prochainement la liste des institutions touchées par des gels d’avoirs en raison du financement d’activités militaires russes. 

Dès lundi soir, via un décret, Joe Biden, le président américain, avait déjà interdit tout nouvel investissement, échange, ou financement par des personnes américaines à destination, en provenance ou à l’intérieur de ces régions prorusses. Washington, Bruxelles et Londres ont aussi fait savoir que Moscou se verrait interdire l’accès aux marchés de capitaux occidentaux pour financer une partie de sa dette. 

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