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Cela faisait un moment que l' »émir » de l’Etat islamique se trouvait dans le viseur de Washington. Selon les récits de plusieurs responsables de l’administration américaine, le chef de l’EI, qui a succédé il y a deux ans à Abou Bakr al-Baghdadi, lui aussi éliminé par les Etats-Unis, avait été localisé « il y a plusieurs mois » près de camps de déplacés de la localité d’Atmé, dans la région d’Idleb, une zone contrôlée en grande partie par les djihadistes et les rebelles. A l’époque, Joe Biden ordonne alors aux services de renseignement de confirmer l’identité du chef djihadiste, ce qui est fait début décembre, raconte un responsable de la Maison-Blanche sous couvert de l’anonymat. Selon un haut responsable de l’administration, un briefing détaillé se tient le 20 décembre avec le président américain pour évaluer les risques d’une telle opération. Peu de temps après, le président donne l’ordre au Pentagone de préparer le raid pour l’éliminer. 

Quelques semaines après, le résultat tombe : Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, « émir » de l’EI, « a choisi de se faire exploser », tuant ainsi sa famille, a déclaré le président Joe Biden, jeudi, en se félicitant du succès de cette opération qu’il a suivie de bout en bout depuis la « situation room » de la Maison-Blanche. Selon l’organisation des casques blancs syriens, treize civils ont été tués au cours de l’opération. Du côté américain, on attribue l’entière responsabilité de ces pertes à l’attitude du leader de l’EI. Le président Joe Biden a qualifié le suicide de Quraishi de « dernier acte de lâcheté désespérée ». Pourtant, le raid des forces spéciales américaines avait été préparé pendant des semaines pour éviter un scénario sanglant. L’objectif était simple : tenter d’éviter le plus possible les victimes civiles et épargner les femmes et les enfants. 

Mardi, le ministre de la Défense Lloyd Austin et le chef d’état-major, le général Mark Milley, informent Joe Biden des détails de l’opération à l’aide d’une maquette de la maison où se cache al-Qourachi. Une frappe de drone est exclue à cause de la présence de nombreux enfants dans le petit immeuble de trois niveaux où le chef de l’EI vit avec sa famille au deuxième étage. « Sachant que ce terroriste avait choisi de s’entourer de familles, y compris des enfants, nous avons fait le choix de poursuivre un raid des forces spéciales à un risque beaucoup plus grand pour notre propre peuple plutôt que de le cibler avec une frappe aérienne », a déclaré Joe Biden jeudi matin. Ce dernier est « très imprégné des détails opérationnels » après des mois de planification, a déclaré un haut responsable de l’administration au micro de CNN. Il s’est engagé dans un « échange constant » avec ses commandants militaires. 

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Les civils appelés à quitter le bâtiment

Par ailleurs, le raid est d’autant plus compliqué que le leader terroriste ne sort pas de chez lui – sauf occasionnellement pour se rendre sur le toit du bâtiment. Au premier étage, vit avec sa famille un de ses lieutenants qui fait les courses pour lui et transmet ses messages à l’organisation djihadiste et au rez-de-chaussée habite une famille qui ignore tout du locataire du deuxième étage. C’est donc le raid aéroporté qui est choisi pour minimiser le risque de victimes civiles. L’une des options envisagées est qu’al-Qourachi se fasse exploser, comme l’avait fait al-Baghdadi. Des ingénieurs de l’armée, consultés, examinent le bâtiment et concluent qu’il y a peu de risques qu’il s’effondre sur les habitants des autres étages. Jeudi au petit matin, des hélicoptères déposent les militaires à proximité du bâtiment. Le Pentagone est resté très discret sur le nombre de soldats américains impliqués et leur équipement, indiquant simplement que le raid n’a compté que des soldats d’élite. 

Dès leur arrivée, ils appellent les résidents à quitter l’immeuble, criant dans des hauts-parleurs. La famille du rez-de-chaussée sort, avec quatre enfants, ils sont placés en sécurité. Le général de marine Frank McKenzie, qui supervise les forces américaines dans la région et fournissait des mises à jour à Biden, a déclaré que les troupes américaines avaient demandé à six civils, dont quatre enfants, de quitter le premier étage du bâtiment. Les soldats américains appellent le chef de l’EI à se rendre. Mais très rapidement, une explosion pulvérise le deuxième étage : Qourachi s’est fait exploser. Il emporte avec lui sa femme et ses deux enfants dans la mort, selon le porte-parole du Pentagone John Kirby. « L’explosion est tellement puissante au deuxième étage que des corps sont projetés à l’extérieur », raconte un responsable de la Maison-Blanche. 

Biden a suivi l’opération en temps réel

Mais l’opération n’est pas terminée. Le lieutenant de Qourachi et sa femme commencent alors à tirer sur les soldats américains, qui répliquent et les tuent. Un enfant est également tué dans l’échange de tirs, a indiqué John Kirby, sans préciser par qui il a été tué. Mais quatre autres enfants sortent indemnes du premier étage, dont un bébé et sont évacués. Peu après, des individus armés s’approchent des forces américaines et leur tirent dessus. Deux d’entre eux sont tués et les autres s’enfuient. Parmi les corps trouvés à l’extérieur figure celui de Qourachi lui-même, a raconté le chef des forces américaines au Moyen-Orient, le général Kenneth McKenzie. Il est identifié par ses empreintes digitales et son ADN et son corps est laissé sur place. Au début de l’opération, un des hélicoptères est endommagé.  

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Il est décidé de le déplacer à distance des zones résidentielles et de le détruire. Les soldats américains sont évacués sans encombre. Joe Biden a suivi toute l’opération en communication permanente avec les chefs militaires. Le président, la vice-présidente Kamala Harris et d’autres responsables de l’administration ont reçu des mises à jour en temps réel. A noter qu’il s’agissait de l’opération antiterroriste la plus médiatisée du mandat de Biden, et les responsables semblaient déterminés à l’utiliser pour jeter le président sous un jour décisif. L’élimination du chef de l’EI donne la possibilité à Joe Biden de se poser en commandant sur la scène internationale. Si le président américain a pu se montrer hésitant par le passé, ce raid a mis en lumière la fermeté dont il pouvait faire preuve. 

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