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Après avoir suffoqué, la Colombie-Britannique est rongée par le feu. Au cours des 24 dernières heures, la province canadienne recense 62 nouveaux incendies dans cette région. Insatiables, les flammes rougeoyantes mordent dans cette zone prise de court par la vague de chaleur qui l’asphyxie progressivement. L’emblème de cette catastrophe tient en six lettres : Lytton. Pendant trois jours consécutifs, le village n’a cessé de battre des records de chaleur jusqu’à 49,6°C, soit 4°C de plus que le précédent record, qui datait de 1937.  

La bourgade canadienne a été détruite à 90% par l’incendie. Et ce vendredi matin, c’est au tour de sa voisine Kamloops – au nord-est de Vancouver – d’être engloutie par les flammes. « L’évacuation de la ville est en cours à l’heure où je vous parle », indique à L’Express Ruth Moore qui habite non loin du village. Cette Canadienne de 66 ans suit les informations en continu. « Il n’est que 23 heures, je ne me couche pas avant 2 heures du matin », balaye-t-elle avant de discuter de la situation dans sa région. La sexagénaire confie avoir pressenti que les températures seraient « plus élevées » cette année. « Je suis de très près la question du réchauffement climatique », annonce-t-elle d’emblée.  

Pendant deux jours, Ruth Moore est confrontée à des températures avoisinant les 40 degrés. « Dans ces cas-là, il faut poursuivre l’ombre », illustre la sexagénaire qui a pris l’habitude de trouver refuge sous un grand pommier dans son jardin. Cette femme raconte un quotidien rythmé par la canicule.  » Si j’avais des courses à faire, je partais avant 10 heures du matin ou après le dîner. J’évitais de sortir au milieu de la journée », déroule-t-elle. Cette femme à la retraite évoque aussi les techniques classiques dont elle a usé pour se maintenir au frais : « Il faut fermer les fenêtres, les portes et tirer les rideaux jusqu’à ce que le soleil passe. » Et les plus chanceux bénéficient d’un peu d’air frais climatisé. « Si vous n’en avez pas, vous pouvez en construire un. J’ai réalisé celui-ci en vingt minutes environ », informe-t-elle en envoyant une photo à l’appui. 

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Les gens disparaissent dans les centres commerciaux

Pendant que la Colombie-Britannique transpire sous le « dôme de chaleur », certains gardent les idées claires et en profitent pour voir fleurir leur business. « Tout d’un coup, il y avait beaucoup de petites annonces en lignes de vente de ventilateurs et d’air conditionné à des prix exagérés. Certaines personnes ont voulu se faire des sous sur ces appareils qui étaient en rupture de stock dans les magasins », déplore de son côté Daria Mink, une expatriée habitant à Vancouver. Cette dernière avoue à L’Express qu’elle n’a pas été la plus à plaindre durant ce pic de chaleur exceptionnel. « J’habite dans un appartement au sous-sol, la température reste assez fraiche. Aussi, nous disposons d’une couette spéciale qui conserve le froid. Avec mon copain, on s’en est sortis comme ça », raconte la jeune femme. 

A l’extérieur, le thermomètre dépasse les 42 degrés pendant deux jours.  » Je suis sortie dans mon jardin pour une petite seconde pour tester ce que c’est 42 °C et… je suis vite rentrée à l’intérieur. Il faisait vraiment très chaud », se souvient-elle. Les rares fois où Daria s’aventure à l’extérieur, la jeune femme voit les gens disparaître dans les centres commerciaux qui disposent d’une climatisation. Elle attend que la température baisse un peu avant de faire ses courses. « Nous avons préparé des salades froides pour le déjeuner et le souper pour ne pas allumer la cuisinière ou le four. Et le lendemain, les températures avaient un peu baissé donc c’était déjà un peu plus facile », narre-t-elle. Pour d’autres, bloqués derrière les fourneaux, il est impossible d’échapper à la fournaise. 

« Une pause dans le congélateur »

Calen, 39 ans, travaille dans les cuisines d’un Pub à Langley, situé dans la banlieue de Vancouver. « La chaleur extérieure était évidemment aggravée par la chaleur des grils, des friteuses et des fours. Vous devez donc vraiment vous surveiller. Il faut boire de l’eau constamment. Si vous avez l’impression d’avoir un peu de brouillard dans la tête, il est temps de faire une pause au congélateur », énonce le cuisinier comme une formule magique. En plus de la chaleur engendrée par les appareils, la pression est double à cause d’un afflux de clients en début de semaine. « Le lundi, c’est une journée normalement assez calme. Mais comme de nombreuses chaînes de restaurants avaient décidé de fermer dans le secteur, nous avons connu un afflux important de clients », souligne-t-il. 

Au restaurant, le cuisinier décrit une atmosphère nerveuse enveloppée d’une chaleur étouffante : »Au travail, les gens avaient atteint leurs limites émotionnelles. Tous les serveurs étaient grincheux et l’un d’eux a même démissionné sur-le-champ. » Heureusement pour son établissement, toute la nourriture a pu être maintenue au frais sauf une bouteille de vinaigrette. « La sauce jaillissait inexplicablement comme un volcan. Nous l’avons finalement ouvert et ça sentait la bière. Il s’est avéré qu’elle fermentait dans la chaleur », raconte-t-il amusé. Parmi les anecdotes étonnantes dues à la vague de chaleur, Calen a été marqué par une escapade au McDonald’s. « Je commandais un smoothie et les glaçons étaient en rupture de stocks. Je n’avais jamais vu ça », embraye-t-il.  

Une vague de chaleur qui se déplace vers l’Est

Si ces anecdotes ont marqué la semaine du cuisinier, il n’oublie pas l’atmosphère anxiogène lorsqu’il rentre chez lui. « Je vis dans un complexe où il y a beaucoup de personnes âgées. Lors de la vague de chaleur, des ambulances se présentaient plus souvent que d’habitude. Je suppose que c’était à prévoir », dit-il sans donner plus de détails. Lorsqu’on lui parle de sa famille, Calen mentionne rapidement sa mère âgée de 70 ans qui « s’en est bien sortie ». Son inquiétude s’est dirigé vers son chat : « Il m’a alarmé avec des miaulements de détresse que je n’avais jamais entendu auparavant. » L’animal n’aime pas prendre des bains alors son propriétaire mouille ses mains avant de le caresser. 

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Ce vendredi matin, le thermomètre souffle un peu – indiquant 22 degrés à Vancouver. Jeudi, la vague de chaleur continuait de se déplacer vers l’est, dans les prairies du centre du Canada. Hormis la Colombie-Britannique, des avertissements de canicule ont été lancés pour les provinces de l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, ainsi qu’une partie des territoires du Nord-Ouest, et désormais au nord de l’Ontario. Outre l’Ouest canadien, les Etats américains de Washington et de l’Oregon, de l’autre côté de la frontière, ont également étouffé cette semaine sous des températures records et plusieurs centaines de morts subites ont été recensées. 

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