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Marine Le Pen aura du pain sur la planche ce week-end : le congrès du Rassemblement national se tient samedi et dimanche à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Un rendez-vous crucial pour la présidente du parti d’extrême-droite, qui devra remobiliser ses militants, en plein désarroi après l’échec aux élections régionales.

Le RN n’a en effet ramené ni région ni département aux élections de dimanche, et a perdu 30% de ses élus. Le vœu de la candidate à l’Elysée était pourtant de mailler davantage le pays de représentants comme autant de « mousquetons » pour grimper la paroi jusqu’à l’élection présidentielle de 2022. De quoi remuer les militants qui accusent la direction d’avoir parachuté des candidats au nom de « l’ouverture », interrogent le fonctionnement interne au parti, la « normalisation » du discours voire l' »usure » de la candidate.

Une présidente critiquée par des cadres du parti

Le délégué du RN dans l’Hérault, Bruno Lerognon, installé en octobre, a annoncé lundi sa démission. Dans un courrier à Marine Le Pen, il décrit une vie fédérale « pourrie par le clanisme » et dénonce une « stratégie absurde d’ouverture ». « Marine (Le Pen) n’est pas le bon pilote aujourd’hui » pour le parti, tonne-t-il. Le maire de Moissac, Romain Lopez, espère en discuter au congrès. « Si c’est pour s’asseoir et applaudir à toute rompre et faire des concours de tweets dithyrambiques, autant rester chez soi », déclare-t-il.

L’historique membre du bureau national Bruno Gollnisch, qui s’est montré samedi à un spectacle controversé de Dieudonné, juge nécessaire de réfléchir à la « clarté » des positions, à « l’érosion » du « sentiment affectif » des militants quand ils ne sont pas investis, ou encore à la « compétence » au nom de laquelle le parti devrait constituer un « pré-gouvernement ».

Se « normaliser » ou rester un mouvement extrémiste ?

Outre le fonctionnement interne, le revers des régionales a nourri des questionnements sur la ligne du parti, voire sur sa cheffe. Le RN doit retrouver sa « virilité » et « faire vivre » ses thèmes fétiches comme l’immigration ou l’insécurité, a ainsi estimé l’ancien président Jean-Marie Le Pen. L’eurodéputé Gilbert Collard, pour lequel la « dédiabolisation est un piège », ne viendra pas à Perpignan et suggère « une crise de confiance momentanée » à l’égard de Marine Le Pen, mais « on pourra juger d’elle après la présidentielle ».

A la périphérie du parti, beaucoup misent désormais sur la candidature du polémiste Eric Zemmour, qui accuse Marine Le Pen de parler « comme Emmanuel Macron ». « Les Français ne croient plus en la figure tutélaire de Marine Le Pen » car « quelque chose s’est brisé depuis 2017 », estime François de Voyer, un proche de Marion Maréchal, dans le numéro d’été du Nouveau Conservateur. « Le chariot a-t-il encore assez de puissance pour remonter une énième pente ? », se demande dans Causeur l’ancien délégué aux Etudes du RN Jean Messiha. A l’inverse, le maire de Perpignan Louis Aliot, qui brigue la présidence temporaire du parti le temps de la présidentielle, pousse à davantage de « normalisation » sans omettre la « nécessité de défendre nos convictions ».

Marine Le Pen assurée d’être réélue

Pour Marine Le Pen, l’échec aux régionales n’est dû qu’à l’abstention et « tout doit être débattu » pour redonner aux électeurs le goût des urnes. « Mais ce n’est pas un problème de ligne », assure son conseiller Philippe Olivier. La « dédiabolisation » au contraire « ça rassure », soutient-il. Les têtes de liste « d’ouverture » élues aux régionales comme l’ex-LFI Andréa Kotarac, ou les ex-LR Jean-Paul Garraud et Thierry Mariani, seront d’ailleurs présents au congrès.

Pour le politologue Jean-Yves Camus, « ça va être un congrès d’analyse déjà entamée » mais sans surprise, puisque Marine Le Pen, seule candidate à sa succession, est assurée d’être réélue présidente, et qu’aucune personnalité n’est en mesure de « porter » les mécontentements dans un congrès sans motions ni courants. Il note toutefois, dans les professions de foi des candidats au Conseil national, une « centralité des thèmes de l’immigration, de l’identité, de la submersion », sur lesquels Marine Le Pen pourrait fonder son discours dimanche afin de ressouder sa base. Mercredi déjà, elle a dénoncé un accord des 27 pour renforcer l’agence européenne pour l’asile en appelant à « la mobilisation » face à « la submersion [migratoire] programmée de l’Europe ».

Pourquoi c’est important. Les chantiers de Marine Le Pen au congrès du Rassemblement national