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La séquence suscite une certaine inquiétude à la Commission. Au point qu’elle s’est permise de rappeler qu’un pays assurant la présidence tournante du conseil de l’Union européenne est « censé agir en faveur du renforcement et de la défense des droits fondamentaux de l’UE ». A partir du jeudi 1er juillet et pour six mois, la Slovénie prend les rênes de l’UE, après le Portugal et avant la France. Problème : cette petite république de deux millions d’habitants, située entre les Alpes et l’Adriatique, est dirigée par un ultraconservateur accusé de dérive autoritaire, Janez Jansa. 

Son profil n’est pas vraiment celui d’un conciliateur. Lors du Conseil européen du 24 juin, il a pris la défense du Premier ministre hongrois Viktor Orban, alors que 17 pays membres, dont la France et l’Allemagne, appelaient à une réaction forte de l’UE contre Budapest après le vote d’une loi jugée homophobe. Jansa va-t-il se laisser entraîner par Orban ? « Ce dernier a besoin de conflits avec Bruxelles pour faire remonter sa cote auprès de la population hongroise, avant les élections législatives de 2022. Dans cette perspective, il pourrait essayer d’utiliser la présidence slovène, estime Grega Repovz, rédacteur en chef au magazine Mladina. Mais les grands pays feront leur possible pour qu’il n’y ait pas de vagues avec Jansa. »  

Le Premier ministre slovène Janez Jansa et son homologue hongrois Viktor Orban, à Kidricevo, en Slovénie, le 14 octobre 2020.

Jure Makovec / AFP

Il y en a déjà suffisamment comme ça. Depuis son retour au pouvoir en mars 2020, le chef du gouvernement slovène multiplie les attaques contre l’Etat de droit, à l’instar, justement, de son « grand ami » Viktor Orban. Jansa a notamment supprimé les subventions aux médias critiques à son égard, dont l’agence de presse nationale STA. Cet admirateur de Donald Trump n’hésite d’ailleurs pas à insulter les journalistes sur twitter. Son usage frénétique du réseau social (130 000 tweets et retweets) lui vaut le surnom de « Maréchal Tweeto », en référence à Tito, dirigeant de la Yougoslavie communiste, à laquelle la Slovénie appartenait jusqu’en 1991. 

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En mars, Janez Jansa a coupé court à son audition à distance par les eurodéputés sur la liberté de la presse dans son pays, les accusant d’être des « bureaucrates surpayés » pratiquant la « censure » (sic), ajoutant que « la Slovénie ne devait absolument rien à Bruxelles ». En mai, celui qui avait passé neuf mois en prison pour corruption, au milieu des années 2010, a refusé de nommer deux procureurs délégués au tout nouveau parquet européen, provoquant la démission de sa ministre de la Justice. « Sans eux, nous ne pouvons pas enquêter efficacement en Slovénie sur les soupçons de fraudes concernant le budget européen », déplore l’institution, dont les travaux ont débuté le 1er juin.  

Une présidence tournante aux « effets modérateurs »

On est loin, donc, d’un gouvernement à la pointe des valeurs fondamentales de l’UE. Mais le populisme de Jansa pourrait rester à la porte d’une présidence qu’il a déjà exercée efficacement en 2008, lors de son premier mandat de Premier ministre (2004-2008). « Elle a un effet modérateur sur les politiciens qui en ont la charge, rappelle Lukas Macek, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors. Il y aura peut-être des malaises ponctuels liés à la communication personnelle de Jansa, mais la Slovénie ne va pas porter un agenda à contre-courant des présidences précédentes et suivantes. »  

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Ce n’est pas l’intérêt du trublion, qui a essuyé deux motions de défiance ces derniers mois. Sa majorité parlementaire ne tient qu’à un fil. Il ne devrait donc pas prendre le risque de mettre à mal la fragile coalition formée avec des partis plus centristes et plus pro-européens que le sien. « D’autant plus qu’il pense que cette séquence européenne pourrait lui bénéficier lors des prochaines élections législatives, en 2022 », indique Grega Repovz. À Ljubljana comme à Bruxelles, on sera vite fixé… 

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