La Géorgie, cet autre pays européen où les droits des LGBT sont menacés

Les années passent, les lois changent, mais l’homosexualité demeure un grand tabou dans la société conservatrice géorgienne. A Tbilissi, la capitale, des militants pour les droits des LGBT+ ont renoncé lundi à une Marche des fiertés après des échauffourées déclenchées par des groupes hostiles.  

Des manifestants violents s’en sont notamment pris à la police et ont frappé des journalistes à plusieurs endroits de la capitale. Plusieurs reporters ont été hospitalisés, certains victimes de fractures. Les organisateurs de la Marche ont affirmé que leurs bureaux avaient été aussi pris pour cible par des « homophobes », tandis que la chaîne indépendante Formula TV a affirmé qu’un touriste polonais avait été poignardé. « Nous ne pouvons mettre en danger des vies humaines et manifester dans des rues pleines d’agresseurs violents », ont indiqué les militants LGBT+ sur leur page Facebook, annonçant l’annulation du défilé. 

La nouvelle n’a rien hélas rien de surprenante. Même si la Géorgie, à la différence d’autres pays européens comme la Pologne ou la Hongrie, se révèle plus progressiste sur le plan du droit. Un amendement, daté de 2012, ainsi qu’une loi, deux ans plus tard, ont musclé les peines et les sanctions à l’égard des discriminations concernant l’origine, les convictions, mais aussi l’orientation sexuelle et l’identité de genre. 

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Le Premier ministre, Irakli Garibachvili, s’était lui-même prononcé contre le déroulement de l’événement. « Tenir une soi-disant marche des fiertés n’est pas raisonnable car cela crée la menace d’une confrontation civile », a-t-il estimé lundi au cours d’une réunion. Tout en soutenant que ces marches sont « inacceptables pour une grande partie de la société géorgienne ». Celle-ci demeure en effet largement conservatrice, imprégnée de valeurs très traditionnelles du christianisme orthodoxe. Le patriarche Ilia II, 88 ans, encore très influent, n’a jamais cessé de comparer l’homosexualité à une maladie. 

Pression constante

Plusieurs événements en soutien aux minorités sexuelles ont déjà eu lieu ces dernières années en Géorgie, mais ils suscitent à chaque fois la critique – si ce n’est plus – des milieux conservateurs et plus particulièrement religieux. 

En 2019, des centaines de militants d’extrême droite avaient brûlé des drapeaux arc-en-ciel à Tbilissi pour protester contre la projection dans les cinémas du film Et puis nous danserons, sur le thème de l’homosexualité. 

Six ans plus tôt, des milliers d’ultra-conservateurs avaient interrompu une marche contre l’homophobie. Des dizaines de personnes avaient dû se réfugier dans des cars de la police, poursuivies par des militants qui leur jetaient des pierres et menaçaient de les tuer. Ces violences avaient soulevé une vague de solidarité avec la publication d’une pétition signée par des milliers de personnes qui demandaient des poursuites contre les agresseurs. 

Pas plus tard que fin juin, l’influent évêque Spiridon avait appelé à « se mobiliser contre les sodomites et les gens sans vergogne », afin de « ne pas permettre à ces pervers » d’organiser la marche prévue pour le 5 juillet. Les menaces s’accumulaient déjà depuis plusieurs jours, depuis que l’homme d’affaires Levan Vassadzé avait lancé un ultimatum au gouvernement, l’exhortant à annuler la marche afin « d’éviter l’escalade dans la confrontation ». En 2019, ce même Levan Vassadzé avait affirmé avoir créé des groupes d’hommes armés avec des bâtons afin de « chasser les homosexuels dans les rues ». Son « Conseil des vrais hommes » revendiquait s’armer afin d' »éradiquer le péché et l’hérésie », rapportait à l’époque Courrier International. 

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L’organisateur de l’événement, Guiorgui Tabagari, avait un temps espéré un temps que la marche soit maintenue en dépit des violences pour « montrer que les attitudes à l’égard des minorités sexuelles changent heureusement en Géorgie ». « Nous sentons une solidarité grandissante de la société géorgienne et de politiciens mais il y a des groupes homophobes violents », avait-il indiqué. Il avait malheureusement vu juste. 

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