« Il sera déjà trop tard » : pourquoi la baisse de la population ne sauvera pas le climat

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Loin du mythe dystopique d’une planète surpeuplée, la seconde moitié du XXIe siècle pourrait voir la population humaine décliner. C’est le résultat d’une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet en 2020, selon laquelle le nombre d’êtres humains connaîtrait un pic à 9,7 milliards d’individus en 2064, avant de décroître progressivement à 8,8 milliards à l’horizon 2100. 

Il est tentant d’y voir une bonne nouvelle assurée pour la planète. Sur le papier, « à émission constante de gaz à effet de serre par personne, une réduction de la population diminue mécaniquement les rejets », souligne Jean-François Leger, démographe et maître de conférences à la Sorbonne. Mais attention aux conclusions hâtives. « Plus que le nombre d’habitants, ce sont avant tout les comportements individuels de l’ensemble de ces personnes qui vont avoir une influence sur le climat », précise le chercheur. Et, sur ce point, les disparités sont immenses d’une partie à l’autre du globe. 

Emprunte carbone par habitant

Là où un Américain émet en moyenne 16 tonnes de CO2 par an, ce chiffre tombe à 7,9 tonnes pour un Chinois, puis 5 tonnes pour un Français, et seulement 0,7 tonne pour un habitant du Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique. A l’avenir, la population devrait principalement se réduire dans des pays riches, donc les plus pollueurs et, à l’inverse, s’accroître dans des Etats en développement. « Sauf que l’objectif des pays pauvres n’est pas de continuer à vivre comme aujourd’hui, mais de se rapprocher des niveaux de vie occidentaux, qui ont une forte empreinte écologique », glisse Jean-François Léger. 

Infographie

Dario Ingiusto / L’Express

 

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D’où l’importance d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre individuelles, en particulier chez les plus pollueurs. « Lorsqu’on met en relation démographie et climat, la donnée essentielle à prendre en compte est l’empreinte carbone de chaque individu. Le nombre absolu de personnes a en réalité une signification assez faible », abonde François Gemenne, professeur à Sciences Po et spécialiste en géopolitique climatique. 

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D’après un premier projet de rapport du Giec dévoilé fin juin, les effets du réchauffement climatique se feront de toute façon sentir avant 2050, soit bien avant que la population humaine ne commence à reculer. « La baisse de la démographie interviendra trop tard pour constituer un levier efficace de lutte contre le réchauffement climatique. Des actions fortes doivent être menées dès maintenant », poursuit François Gemenne. Bref, on aurait tort d’attendre que le problème se règle de lui-même… 

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