« Bagarre du champagne » : la nouvelle loi russe qui fait bondir les producteurs français

Désormais, en Russie, seuls les vins effervescents locaux pourront utiliser le mot « champagne », alors que le véritable champagne français devrait lui prendre l’appellation « vin pétillant ». C’est le résultat d’une nouvelle loi signée vendredi par le président Vladimir Poutine obligeant les distributeurs de marques de champagne à inscrire cette mention sur la contre-étiquette, placée au dos de la bouteille, sous peine de voir cette dernière classée comme produit de contrefaçon. Appellation d’origine contrôlée (AOC), le terme « champagne » est jalousement défendu par la France, qui rappelle que le vin doit provenir d’un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir droit de s’en prévaloir. 

D’après le quotidien économique russe Vedomosti, cité par Le Monde, 13% des 50 millions de litres de mousseux et champagne importés chaque année en Russie viennent de France. Moët Hennessy, filiale de LVMH spécialisé dans ce secteur, représente à lui seul 2% de ce marché. 

Dans un premier temps, le groupe qui produit notamment les célèbres Moët et Chandon, Veuve Cliquot ou encore Dom Perignon a donc prévenu ses partenaires locaux qu’elle suspendait ses livraisons vers le pays, en réponse à cette loi. Avant, très vite, de céder. Moët Hennessy a indiqué dimanche qu’il reprendra « au plus vite » les livraisons de champagne en Russie, au prix d’un ajustement « logistique et réglementaire » estimé à plusieurs millions de roubles. 

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« Pure escroquerie »

Par cette décision, la Russie souhaite surtout valoriser son savoir-faire viticole. Le Monde rappelle que le secteur connaît une deuxième jeunesse à la suite de l’annexion de la Crimée et au rapprochement avec les producteurs locaux. Le quotidien explique également que le vin criméen Novy Svet, particulièrement apprécié au pays, appartient à Iouri Kovaltchouk, un ami du président russe. 

Interrogé par 20 Minutes, le directeur général de l’Union des Maisons de Champagne, David Chatillon, estime lui aussi que la loi « n’a pas forcément été adoptée pour embêter les producteurs français » ou LVMH en particulier. L’homme y voit davantage le symbole « d’un conflit géopolitique beaucoup plus large ». La Russie utilise en effet régulièrement de célèbres produits de consommation étrangers comme leviers de négociation géopolitique, à l’image de sanctions prises à l’égard du parmesan italien, ou encore du gouda néerlandais. 

Le marché russe demeure secondaire pour les producteurs français avec plus de 34 millions d’euros d’exportation en 2019, d’après les chiffres du comité interprofessionnel du vin de Champagne. Près de 20 fois moins important que les Etats-Unis (665 millions d’euros), ou encore du Royaume-Uni (431 millions d’euros). Sur Twitter, le maire de Reims Arnaud Robinet s’est tout de même offusqué, ce lundi midi : « Monsieur Poutine (…) votre décision s’apparente à une pure escroquerie », a regretté l’élu Les Républicains. 

Contre-attaque

Car la nouvelle n’en reste pas moins mauvaise, et tout simplement vexante pour les vignerons tricolores. « On est extrêmement choqués par cette décision, les Russes s’accaparent un nom sur lequel les Champenois investissent depuis 300 ans. On prend assez mal de se le faire piquer », confie encore David Chatillon. 

Les producteurs de champagne, « scandalisés », ont ainsi interpellé ce lundi les diplomaties française et européenne pour intervenir dans ce dossier épineux. « Les Champenois en appellent aux diplomaties française et européenne pour obtenir la modification de cette loi inacceptable », écrit le comité champagne, qui regroupe vignerons et maisons de champagne, dans un communiqué. 

« Cette réglementation n’assure pas aux consommateurs russes une information claire et transparente sur l’origine et les caractéristiques des vins », poursuit-il, regrettant que cette loi « remette en cause plus de vingt ans de discussions bilatérales entre l’Union européenne et la Russie sur la protection des appellations d’origine ». 

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Regrettant de n’avoir pas été informé de la mise en place de cette nouvelle législation par les autorités russes, le Comité Champagne, qui rappelle que cette appellation « est protégée dans plus de 120 pays », se dit « déterminé à poursuivre les discussions avec les autorités russes pour obtenir le droit exclusif à l’usage du nom Champagne sur le territoire russe.  

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