un sommet pour en finir avec la guerre civile

L’actualité. Les principaux pays impliqués dans le conflit libyen se sont réunis mercredi à Berlin. Pour la première fois, le gouvernement de transition libyen a participé à cette conférence des ministres des Affaires étrangères. Des « progrès » ont été notés dans les pourparlers, a noté la cheffe de la diplomatie de ce pays.

Pourquoi c’est important. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye a vécu une décennie noire. Le pays a frôlé la partition entre Tripolitaine (Ouest) et Cyrénaïque (Est), tandis que la guerre civile a favorisé l’immixtion, directe ou indirecte, de puissances étrangères. Les uns soutenant le gouvernement loyaliste de Tripoli, comme la Turquie, les autres le maréchal Haftar, basé à Bengazi (Emirats arabes unis, Russie). Début 2020, l’ONU avait réuni une première conférence de paix. Sans succès. Mais depuis, la situation s’est stabilisée. Un cabinet de transition a même été formé, sonnant l’espoir de mettre fin à la guerre civile.  

L’enjeu. Cette réunion avait deux objectifs : garantir la tenue d’élections en fin d’année (présidentielle et législatives le 24 décembre) et écarter troupes étrangères et mercenaires. Sur la question des élections, le gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, a lors de la conférence « réaffirmé son engagement » à organiser ce scrutin. Des doutes subsistaient avant la conférence sur la réelle volonté du pouvoir en place sur le sujet. Concernent le départ des mercenaires, là encore, des engagements ont été pris. Reste à savoir s’ils seront concrétisés…

Un départ des mercenaires « dans les jours à venir ». « Nous avons fait des progrès en ce qui concerne les mercenaires et nous espérons que dans les jours à venir, les mercenaires se seront retirés des deux côtés et je pense que cela sera encourageant et renforcera la confiance des deux côtés », a déclaré Najla al-Mangoush, cheffe de la diplomatie libyenne. Cet engagement a été réitéré dans le texte final de la conférence. Reste à savoir s’il sera tenu. Pareille promesse avait été faite lors de la précédente conférence, a rappelé l’Allemagne. Avec le succès qu’on connaît. En décembre, l’ONU estimait à quelque 20 000 le nombre de mercenaires et combattants étrangers en Libye: des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens, des Soudanais, des Syriens… Des centaines de militaires turcs sont aussi sur place. 

Crainte de déstabilisation chez les voisins. Fin avril, la Ligue des Etats arabes, l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine avaient réclamé ensemble un retrait des forces étrangères. Mais attention, une dispersion brutale de ces hommes surarmés représenterait toutefois une nouvelle menace pour la région, craignent des diplomates de l’ONU. Le président tchadien Idriss Déby Itno a ainsi trouvé la mort en avril lors d’une offensive de rebelles tchadiens venus de Libye.

L’Europe et le problème des migrations. Autre sujet d’importance, l’Union européenne mise sur le pouvoir en place pour régler le problème des migrants qui quittent les côtes libyennes, souvent sur des embarcations surchargées et peu sûres, pour tenter de rejoindre l’Europe. Sur place, des centres, officiellement sous le contrôle du gouvernement, sont gangrenés par la corruption et la violence, y compris sexuelle, selon l’ONU. Les garde-côtes, financés par l’Union européenne, y envoient des candidats à l’exil après les avoir interceptés. Plus de stabilité gouvernementale permettrait à la fois un meilleur contrôle des migrations et des meilleures conditions d’accueil.