Suède : le Premier ministre Löfven renversé par un vote de défiance, une première

C’est une première dans l’histoire politique suédoise. Le Premier ministre social-démocrate, Stefan Löfven, a été renversé ce lundi par un vote de défiance au Parlement, qui lui donne une semaine pour soit présenter sa démission soit convoquer de nouvelles élections. 

Conséquence d’un revirement la semaine dernière du parti de Gauche, jusque-là appui ponctuel de l’exécutif, la censure du chef de gouvernement, au pouvoir depuis 2014, a été soutenue par une majorité absolue de 181 députés, selon le résultat du vote. 

« Pendant longtemps, le gouvernement minoritaire a semblé pouvoir tenir jusqu’à la fin du mandat, mais les divergences inhérentes à la base du gouvernement sont finalement devenues trop importantes », souligne l’analyste politique Mats Knutson de la télévision publique suédoise. 

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Stefan Löfven a désormais une semaine pour soit annoncer des élections anticipées, soit démissionner pour de bon. Il laisserait alors au président du Parlement la charge d’ouvrir des négociations avec un parti pour trouver un nouveau Premier ministre… qui pourrait toutefois être de nouveau Stefan Löfven, soulignent des analystes. 

Une réforme des loyers décriée

Les dissensions ont éclaté jeudi, quand le Parti de gauche (« Vänsterpartiet », ex-communiste), jusque-là appui régulier du gouvernement, a annoncé son intention de voter la défiance, y compris en mêlant ses voix avec le camp d’en face, extrême droite des SD comprise. 

La raison : un projet, encore préliminaire, de réforme des loyers encadrés, un des totems de la gauche qui y voit un des piliers du modèle social suédois, malgré un marché locatif archi saturé. Profitant de l’occasion, les SD ont déposé une motion de censure, que les partis de droite des Chrétiens-Démocrates et des Modérés, premier parti d’opposition et qui vise le poste de Premier ministre au prochain scrutin, ont annoncé soutenir. 

Les compromis de dernière minute auront été vains : dimanche, le gouvernement a tenté une ultime manoeuvre répondant selon lui à l’une des revendications du Parti de gauche sur la question des loyers. Mais la cheffe de ce dernier, Nooshi Dadgostar, a affiché une fin de non-recevoir, dénonçant « un théâtre frivole et politique visant à bloquer le processus ». 

Un départ pour un retour ?

Le thermomètre politique est au plus haut, à l’image de l’inhabituelle canicule en Suède ces derniers jours. « Placer la Suède dans une grave crise politique en ce moment n’est pas ce dont notre pays a besoin », a plaidé Stefan Löfven. 

En place depuis janvier 2019 après quatre mois de tractations qui ont suivi les élections de 2018, son gouvernement de centre-gauche regroupe les sociaux-démocrates et les Verts. Pour s’assurer une majorité, l’ancien syndicaliste métallo avait conclu un accord avec deux autres partis – le Parti du centre et les Libéraux – avec le soutien, moins net, du Parti de gauche. Coutumier d’ultimatums au gouvernement par le passé, notamment pour protester contre un assouplissement des licenciements, ce dernier renonçait jusqu’ici à frapper. Mais Nooshi Dadgostar, arrivée à la tête du parti en octobre, a durci le bras de fer. 

Quel scénario pour la suite? « Je pense que (Löfven) va démissionner », anticipe Anders Sannerstedt, politologue à l’Université de Lund. Selon lui, « personne ne veut d’une élection supplémentaire » et « les sociaux-démocrates y perdraient pas mal de voix, selon les derniers sondages ». « A mon avis, Löfven espère démissionner et revenir ensuite, tel un phénix renaissant de ses cendres. Et il pourrait très bien réussir ». 

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Des propos que soutient son confrère de l’Université de Göteborg, Jonas Hinnfors, pour qui le Premier ministre « est un très bon négociateur ». « Etant donné que la répartition des sièges reste la même, le résultat le plus probable est que Löfven revienne », explique-t-il. 

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