Royaume-Uni : ce que l’on sait sur les documents « secret-défense » découverts par un passant

L’histoire serait parfaite pour un film d’espionnage. Une cinquantaine de pages au total de documents « sensibles » comprenant des courriels et des présentations PowerPoint ont été retrouvés mardi 22 juin derrière un arrêt de bus situé dans le Kent, au sud de l’Angleterre, en un tas détrempé. La découverte a été faite par un citoyen « lambda », qui a contacté la BBC, en préférant rester dans l’anonymat, comme le raconte le site de la chaîne de télévision britannique.  

Un fait surprenant, puisque la personne ayant trouvé ces documents a donc pris contact avec la BBC et non avec la police, montrant ainsi la confiance du public dans ce média. « Ces documents auraient pu se retrouver entre les mains de criminels, comme des pirates informatiques », explique auprès de Libération Zeno Leoni, du département de défense de King’s College. 

Le ministère britannique de la Défense a indiqué dimanche avoir lancé une enquête après cette découverte de documents classifiés. « Le ministère de la Défense a été informé (…) d’un incident dans lequel des documents sensibles relatifs à la défense ont été retrouvés par un citoyen », a indiqué un porte-parole, précisant que la perte avait été signalée par un employé. « Le ministère prend la sécurité des informations extrêmement au sérieux et une enquête a été lancée », a-t-il ajouté. 

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Mais comment de tels documents ont-ils pu se retrouver abandonnés dans la rue ? « Soit il s’agit d’une négligence, quelqu’un aurait oublié ces documents, soit d’une tentative de remettre des documents à autrui qui a échoué, ou bien, mais c’est moins probable, d’une fuite volontaire de la part des Britanniques », estime auprès de Libération un spécialiste dans le domaine de la défense, basé au Royaume-Uni. « Ces documents n’auraient jamais dû sortir du ministère. En théorie, cela n’aurait jamais dû arriver : on n’imprime pas ce genre de documents. La diversité des dossiers indique que la personne a accès à beaucoup de choses », poursuit le spécialiste. La BBC « pense » que les documents « proviennent du bureau d’un haut fonctionnaire du ministère de la Défense ».  

Certains documents concernent, selon la BBC, le récent passage d’un navire de la Royal Navy, le HMS Defender, en mer Noire, au large de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014. « Les documents découverts dans le Kent confirment que le passage du destroyer britannique près de la Crimée a été une décision calculée par le gouvernement britannique, qui a voulu montrer son soutien à l’Ukraine [la Crimée ayant été annexée par la Russie], malgré les risques encourus », rapporte la BBC. 

Une possible présence militaire britannique en Afghanistan

D’après les documents, une éventuelle réponse agressive de la Russie avait été envisagée. « Comme le public peut s’y attendre, le ministère de la Défense planifie avec précaution », ce qui « inclut une analyse de tous les facteurs potentiels affectant les décisions opérationnelles », a souligné le porte-parole au sujet du HMS Defender. 

Certains des autres documents découverts évoquent par ailleurs une possible présence militaire britannique en Afghanistan après le départ des forces internationales. L’un de ces documents est adressé au secrétaire privé de Ben Wallace, le ministre britannique de la Défense, rapporte Libération. 

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Comme le résume le quotidien The Times, ces dossiers « contiennent des informations relatives à des plans pour une présence militaire potentielle du Royaume-Uni en Afghanistan après que la mission de l’Otan menée par les États-Unis sera conclue ». Une date qui s’approche à grand pas, note Courrier International, puisque Joe Biden a promis de retirer toutes les troupes américaines de l’Afghanistan d’ici le 11 septembre 2021. La BBC précise en tout cas « qu’elle a décidé de ne pas publier des détails qui pourraient mettre en danger la sécurité du personnel britannique, entre autres, en Afghanistan. » 

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