Les sandwichs au thon de Subway sont-ils faits sans thon ?

En janvier l’entreprise de fast-food a été accusée de ne pas mettre de thon dans ses sandwichs au thon. Des enquêtes ont été menées avec des résultats parfois contradictoires.

En janvier 2021, une plainte est déposée à la cour de district des États-Unis. Deux habitantes du comté d’Alameda, près de San Francisco, accusent la célèbre chaîne de restauration Subway de ne pas mettre de thon dans ses sandwichs… au thon. Le fruit d’un test fait par un laboratoire indépendant, sur de «multiples échantillons» prélevés dans différents établissements de la marque, tous situés en Californie. À la place, l’ingrédient serait remplacé par «une mixture de diverses concoctions, qui ne constitue pas de thon et qui ont été mélangés ensemble par la défense pour imiter l’apparence du thon», selon la plainte.

L’avocat va même plus loin. Dans un mail au Washington Post, il écrit: «nous avons découvert que les ingrédients n’étaient ni du thon, ni du poisson», mais refuse de donner la liste des produits trouvés par le test en laboratoire. Les deux Américaines décident donc de poursuivre le groupe pour, entre autres, fraude, fausse déclaration intentionnelle, enrichissement injuste…

De son côté Subway réfute ces accusations et explique que la recette est : «élaborée à base de thon mélangé à de la mayonnaise allégée.»

Des tests contradictoires

Plusieurs journaux américains décident de percer ce mystère. Le premier a lancé son enquête est Inside Edition. Si les cartons livrés aux établissements ont bien le mot thon écrit dans les ingrédients, le journal décide de prélever trois échantillons et de les faire analyser par un laboratoire: Applied Food Technologies. Le résultat est sans appel, «il y a bien du thon dans les produits étudiés», affirme la PDG du laboratoire.

L’histoire n’est pas close pour autant. À son tour le New York Times essaie de faire la lumière. Le déroulé de l’investigation et les résultats sont expliqués dans un long article publié le 19 juin et intitulé: «Le grand mystère du sandwich au thon» (The Big Tuna Sandwich Mystery). Une journaliste décide de faire étudier d’autres échantillons par un nouveau laboratoire. Ce dernier serait spécialisé dans les tests de poisson, mais préfère rester anonyme pour éviter de mettre en péril de futur partenariat avec la marque.

Après un mois d’attente les résultats tombent: pas de trace d’ADN de thon dans l’échantillon présenté et il est même impossible d’identifier les espèces présentes.

Un mystère qui fait long feu

La preuve qu’il n’y ait pas de thon dans les sandwichs de la chaîne ? Toujours pas. Comme l’explique le porte-parole du laboratoire, deux conclusions sont possibles, ou bien «il n’y a rien là-dedans qui soit du thon», ou le produit « a été tellement transformé que peu importe ce qu’on pourrait extraire, nous ne pourrions pas faire d’identification».

C’est aussi l’avis du groupe de restauration. Il estime dans un communiqué que: «les tests ADN ne sont tout simplement pas un moyen fiable d’identifier des protéines dénaturées, comme le thon de Subway, qui a été cuit avant d’être testé. Les tests auxquels le New York Times fait référence ne montrent pas qu’il n’y a pas de thon dans le thon de Subway. Tout ce qu’il dit, c’est que les tests n’ont pas pu confirmer la présence de thon.»

Sans être parfaitement réglé, le mystère pourrait faire long feu. Entre-temps, les plaignantes californiennes ont décidé de retirer le grief initial et de le remplacer par un nouveau «modifié qui prétend désormais que le thon utilisé aux États-Unis n’est pas à 100% du thon pêché de manière durable et 100 % albacore», explique Subway dans un communiqué. Une nouvelle accusation elle aussi réfutée par Subway, «les nouvelles allégations sont sans fondement,» écrit l’entreprise, qui estime que l’affaire devrait être rejetée par le tribunal.