La semaine où l’Euro de foot et l’UEFA ont mis en lumière la loi anti-LGBT hongroise

Les ONG alertent, les communautés sur place témoignent, mais c’est le football qui a offert une couverture médiatique importante concernant les droits des personnes LGBT en Hongrie. En refusant d’illuminer le stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel de la communauté pour le match de l’Euro contre la Hongrie, l’UEFA a replacé cette question au coeur du débat européen. Car l’objectif de la ville allemande était de protester contre une loi jugée discriminatoire – qui interdit la diffusion de contenus sur l’homosexualité, comparée à la pornographie, aux mineurs, doit entrer en vigueur en juillet. Finalement, le coup médiatique est plutôt réussi.  

Lorsque le maire SPD (social-démocrate) de Munich Dieter Reiter écrit à l’UEFA pour demander de parer le stade de la ville aux couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT à l’occasion d’un match entre l’Allemagne et la Hongrie, il ne se doute pas de la polémique qu’il va déclencher. Dans la foulée, le ministre hongrois des Affaires étrangères qualifie lundi de « dangereuse » la proposition de la ville de Munich estimant qu’il ne faut pas « mélanger sport et politique ». Et à la grande surprise de certains, l’UEFA semble partager le même avis en déclarant qu’elle est « une organisation politiquement et religieusement neutre », explique la confédération européenne dans un communiqué. 

La mèche est allumée, la machine médiatique s’emballe et le « Rainbow Gate » est créé. Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune déclare mardi « regretter » le refus de l’UEFA de permettre l’illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel. « Je regrette cette décision, je crois que cela aurait été un symbole très fort », a-t-il déclaré. « On est au-delà d’un message politique, c’est un message de valeurs profondes ». Dans le même temps, ses homologues européens réunis à Luxembourg font aussi part de leurs préoccupations qualifiant la loi hongroise de « dangereuse » et d' »indigne ».  

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« L’UEFA s’est un peu pris les pieds dans le tapis »

Ces pays ont dénoncé des dispositions « discriminatoires à l’égard des personnes LGBTQI et violant le droit à la liberté d’expression sous prétexte de protéger les enfants ». De leurs côtés, la Hongrie jubile. Le pays dirigé par Viktor Orban salue mardi une « bonne décision » de l’UEFA. « Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens (…) en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie », a réagi le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto. Pendant que la polémique gonfle en Europe, la municipalité de Munich – qui déclare la décision de l’UEFA de « honteuse » – ne plie pas annonçant que « l’Hôtel de ville, ou encore une tour et une éolienne situées à proximité du stade Allianz Arena seraient décorés avec des drapeaux aux couleurs arc-en-ciel ». 

Invité sur France Inter, Clément Beaune ne décolère pas, mercredi 23 juin : « L’UEFA s’est un peu pris les pieds dans le tapis parce qu’en fait sa décision de refus est aussi une décision politique ». La présidence française prend également la parole, affirmant « regretter profondément » le refus de l’UEFA tout en déclarant connaître « une forme d’incompréhension ». A Berlin, le chef de la diplomatie allemande estime que l’organisation européenne de football a envoyé un « mauvais signal ». Quant à la chancelière allemande, Angela Merkel, elle a dénoncé une « mauvaise » loi, « incompatible avec [s]on idée de la politique » devant la chambre des députés. 

Des initiatives « populistes »

Mais l’UEFA n’en démord pas et décide de parer sur Twitter son propre logo d’un arc-en-ciel en réaffirmant son « engagement ferme » contre l’homophobie. Quelques heures avant le début du match, le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, se défend. Il dénonce des initiatives « populistes » pour justifier le refus de son organisation. » En raison de la popularité du football, les gens essaient trop souvent d’abuser des associations », a-t-il ajouté. En signe de défiance face à la fédération basée en Suisse, plusieurs autres stades de football allemands, à Berlin, Francfort, Cologne, Düsseldorf, Cologne ou encore Augsburg ont été illuminés dans la soirée aux couleurs arc-en-ciel.  

« Mais heureusement, vous pouvez encore afficher vos couleurs aujourd’hui – dans le stade et en dehors », a encouragé le ministre du gouvernement d’Angela Merkel. Par ailleurs, la chaîne de télévision publique allemande ARD a, elle, parlé d’un « but contre son camp »marqué par l’UEFA. Des quotidiens allemands, comme le Süddeutsche Zeitung, ont emboîté le pas avec « unes » colorées. En guise de réponse, plusieurs clubs de football hongrois décident d’illuminer leur stade aux couleurs du drapeau national pendant le match. Quelques jours plus tard, c’est au sponsor de l’UEFA d’afficher sur les panneaux lumineux en bord de pelouse les couleurs arc-en-ciel. 

Mais cette controverse politico-sportive rafraîchit encore un peu plus les relations entre l’Union européenne et la Hongrie. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a qualifié de « honte » le texte hongrois qui était au menu du sommet européen organisé cette semaine à Bruxelles. La législation hongroise controversée a suscité un débat d’une virulence inhabituelle entre les Vingt-Sept à Bruxelles, selon des participants. « Ce n’était pas une discussion diplomatique, c’était plutôt une confrontation », a commenté le Premier ministre belge Alexander De Croo, jugeant ce moment « assez historique ». Le Néerlandais Mark Rutte a même suggéré d’activer l’article 50 du traité pour sortir de l’UE – comme l’ont fait les Britanniques – si les valeurs de l’UE ne lui convenaient pas. Une perspective écartée par Mme von der Leyen: « en Hongrie il y a dix millions d’habitants et je suis fermement convaincue qu’il y a dix millions de bonnes raisons pour que la Hongrie soit et reste un membre de l’Union européenne », a-t-elle souligné. En attendant, la Commission a donné jusqu’au 30 juin à la Hongrie pour répondre aux préoccupations juridiques listées par Bruxelles.  

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Sur le terrain sportif, la polémique se poursuit. Plusieurs sponsors de l’UEFA ont rebondi samedi en affichant sur les panneaux lumineux en bord de pelouse les couleurs arc-en-ciel de la communauté LGBT. A Amsterdam, pour pays de Galles-Danemark (4-0), puis à Londres, lors d’Italie-Autriche, certains partenaires majeurs de l’UEFA ont panaché leurs messages publicitaires des couleurs arc-en-ciel, avec des slogans comme « Cheers to all fans » (« Santé à tous les fans »). 

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