la place de Paris se sent pousser des ailes

La place de Paris, qui connaît une «accélération remarquable» des entrées en Bourse depuis le début de l’année, entend mettre l’accent sur la finance durable et la FinTech pour attirer des capacités de financement supplémentaires.

Au lendemain du forum «Choose France», un événement rassemblant des investisseurs et patrons étrangers et l’exécutif français, c’était au tour du forum de Paris Europlace de confirmer mardi le dynamisme de l’industrie financière dans l’Hexagone. Illustration du succès de la capitale à accueillir des acteurs de la finance se relocalisant dans le cadre du Brexit, le président Emmanuel Macron a inauguré mardi les nouveaux locaux parisiens de JP Morgan. La banque américaine a décidé de rapatrier de Londres plusieurs centaines de traders et de faire passer ses effectifs parisiens de 265 pré-Brexit à 700 fin 2021 puis 800 fin 2022.

Si des mastodontes bancaires comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, ou de la gestion d’actifs comme Blackrock et Schroders ont aussi choisi de se développer dans la capitale, les experts insistent sur la nécessité d’accélérer l’accueil des fonds y compris des fonds spéculatifs (hedge funds), à l’image de Citadel qui va ouvrir un bureau à Paris.

Conscéquences du Brexit

Au total, depuis le Brexit, la relocalisation ou le développement à Paris de nombreuses banques et de fonds internationaux a engendré «environ 4.000 emplois directs nouveaux» et une dizaine de milliers en comptant les emplois indirects, selon Paris Europlace, chargée de promouvoir et développer la place financière parisienne.

Celle-ci comptabilise «24% de part de marché dans les activités financières post-Brexit contre 20% pour la place de Francfort», souligne Arnaud de Bresson, le délégué général de Paris Europlace. Et «ce n’est qu’un début», avance le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, insistant sur «le rôle-clé de la finance dans la lutte contre le changement climatique» et la nécessité de «nouveaux investissements» dans les technologies de rupture.

«La finance n’est pas un ennemi»

«La finance n’est pas un ennemi», a lancé le ministre : «nous avons besoin de fonds, de beaucoup d’argent», pour financer le monde d’après. La prochaine étape consiste justement à «accélérer sur les secteurs du futur que sont la finance durable et la finance à impact», indique Arnaud de Bresson. C’est «le message que nous allons porter à la COP26», la conférence mondiale sur le climat prévue à Glasgow en novembre.

Et «d’ici 2025, de 20 à 30 introductions en Bourse supplémentaires pourraient être lancées par les sociétés de la French Tech», à forte croissance, estime un rapport de Paris Europlace qui se fonde sur des auditions menées auprès d’une cinquantaine de professionnels actifs sur la place financière.

Des atouts à faire valoir

Depuis le début de l’année, après une longue période d’atonie, Paris affiche «une très nette progression» des introductions en Bourse: dix au total dont celles de HRS (Hydrogen Refueling Solutions), Believe, Affluent Medical et Aramis. Elle connaît aussi un balbutiement dans la cotation de plusieurs Spacs, ces sociétés qui aident à contourner les lourdes règles d’introduction en bourse.

Au-delà de sa position géographique stratégique et de bonnes infrastructures, la place bénéficie aussi «des progrès» réalisés par son régulateur (AMF), un environnement favorable «à la cotation d’entreprises technologiques et en croissance rapide» et de «la sécurité des investissements», résume Paris Europlace dans un rapport. «Le respect des promesses sur l’impôt sur les sociétés», contribue également à son rayonnement, observe Augustin de Romanet, patron du groupe Aéroports de Paris et président de Paris Europlace.

Par ailleurs, la principale plateforme de négociation en Europe, Euronext qui gère notamment la Bourse de Paris, représente une capitalisation significativement supérieure (plus de 6.000 milliards d’euros) à celle d’autres Bourses internationales. Elle propose aussi des segments spécifiques, par exemple pour les PME en forte croissance. Sans oublier qu’une entrée à la Bourse de Paris «coûte deux fois moins cher qu’une entrée sur le Nasdaq», l’indice américain à forte connotation technologique, note Sophie Javary, une responsable de la banque de financement et d’investissement de BNP Paribas.