Israël tourne la page Netanyahou, mais pas forcément celle de sa politique

[Article initialement publié sur le 3 juin et mis à jour le 13 juin] Après lui, le chaos s’est organisé. Le Parlement a voté le dimanche 13 juin la confiance au gouvernement du nouveau Premier ministre Naftali Bennett, qui succède à Benyamin Netanyahou, au pouvoir depuis 12 ans. Sur les 119 députés présents (sur 120 au Parlement) 60 ont voté en faveur de la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe. Le seul vrai point commun est de vouloir mettre un terme au règne politique de Benyamin Netanyahou. Elu Premier ministre pour la première fois en 1996, revenu au pouvoir en 2009, « Bibi » s’est révélé incapable cette fois-ci de mettre sur pied un gouvernement après quatre élections en moins de deux ans.  

Impasse sur les sujets qui fâchent

Israël bascule dans une nouvelle ère politique, aux contours encore flous. « La vie politique israélienne tourne autour de Netanyahou depuis tellement longtemps que nous sommes dans l’inconnu total sur la politique qui pourrait être menée après lui », expose Liran Harsgor, politologue à l’Université de Haïfa. Une seule chose est sûre, poursuit la chercheuse israélienne, « si cette coalition très diverse veut avancer, ils devront mettre de côté de nombreux sujets sur lesquels ils sont en désaccord. Personne ne s’attend à ce qu’un nouveau gouvernement tente de faire avancer le dossier israélo-palestinien. La politique israélienne a l’habitude de mettre les sujets qui fâchent de côté, c’est ce qui nous a menés aux impasses actuelles… » 

Naftali Bennett, 49 ans, prend la tête du gouvernement. Son parti compte seulement six députés à la Knesset, mais l’ancien protégé de Netanyahou était le seul à pouvoir faire basculer la coalition. Bennett serait Premier ministre pendant deux ans, avant de laisser le siège à son allié centriste Yaïr Lapid pour les deux années suivantes.  

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« Ce gouvernement répond à un concept politique unique en Israël, avec deux blocs opposés qui disposent chacun d’un droit de véto, pose Assaf Shapira, politologue à l’Israel Democracy Institute. La question de sa durée de vie et de sa capacité d’action se pose avant même sa formation… Mais s’ils réussissent à s’entendre, ils peuvent faire beaucoup pour une société israélienne extrêmement divisée, comme l’a montré le conflit du mois dernier. » Pour la première fois dans l’histoire d’Israël, la coalition est soutenue par un parti islamiste, Ra’am. 

Netanyahou et « la déception du siècle »

Et pour cause : Bennett a déjà prévenu qu’il comptait mener une politique « à la droite de Netanyahou » et laisser se poursuivre la colonisation israélienne en Cisjordanie. Introduit en politique par « Bibi », il l’a servi comme ministre de l’Education (de 2015 à 2019), puis de la Défense (jusqu’en 2020). « La base du parti de Bennett est composée de religieux orthodoxes traditionnels, il est très influencé par le mouvement des colons, explique Liran Harsgor. Mais en tant que Premier ministre, il serait contraint de se repositionner au centre. Un parti au pouvoir se doit d’être responsable et a des comptes à rendre à la communauté internationale, et notamment aux Etats-Unis de Joe Biden. »  

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Remonté, son ancien mentor Netanyahou hurle à la trahison depuis des jours, parlant de Bennett comme de « la déception du siècle ». A 71 ans, le Premier ministre a multiplié les pressions, sans succès. Pendant des semaines, ses supporters manifestent devant les fenêtres des députés qui soutiennent la nouvelle coalition.  

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