Droits des LGBT en Hongrie : Viktor Orban, la provocation de trop ?

Une fois de plus, Viktor Orban s’en prend aux droits des personnes LGBT. Le Parlement hongrois a adopté mardi une nouvelle loi interdisant la « promotion » de l’homosexualité auprès des mineurs. « La pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans », dispose ainsi la nouvelle loi, dont l’objectif initial était de mieux lutter contre la pédophilie. 

Concrètement, il est désormais possible de proscrire la représentation de minorités sexuelles dans les programmes éducatifs, les contenus culturels à destination des enfants, ou les publicités. À l’origine, le projet est né de la polémique suscitée en 2019 par une affiche Coca Cola représentant un couple d’hommes, assortie du slogan « l’amour est l’amour ». Une campagne qui avait alors provoqué une levée de boucliers dans les rangs du Fidesz, le parti conservateur du Premier ministre Viktor Orban. 

Coutumier du fait

Sans surprise, cette nouvelle loi a suscité l’indignation de nombreuses ONG. « C’est un jour sombre pour les droits LGBTI et pour la Hongrie. Comme la tristement célèbre « loi sur la propagande » russe, cette nouvelle législation stigmatisera encore davantage les personnes LGBTI et leurs alliés. Elle exposera des personnes déjà confrontées à un environnement hostile à une discrimination encore plus grande », s’est insurgé le directeur d’Amnesty Hongrie, David Vig, dans un communiqué. 

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Dans sa mouture, le texte hongrois rappelle en effet celui ratifié par Vladimir Poutine en 2013, pour prohiber la « propagande homosexuelle » en Russie. Celui-ci avait aussi pour but de bannir la « promotion de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs », ce qui dans la pratique inclut tout discours favorable aux minorités sexuelles. 

Ce coup de boutoir de Viktor Orban contre la communauté LGBT n’est en tout cas pas le premier. Un an après son arrivée au pouvoir en 2010, sa majorité avait ainsi approuvé une nouvelle Constitution controversée, définissant le mariage comme « l’union d’un homme et d’une femme ». Ce qui avait eu pour effet d’écarter du même coup toute possibilité d’union entre personnes du même sexe. 

Le Premier ministre hongrois avait ensuite accentué sa pression sur la communauté LGBT en décrétant en 2018 « une nouvelle ère » centrée sur les valeurs chrétiennes traditionnelles. Plus récemment, en décembre dernier, la Hongrie a une fois de plus modifié la Constitution pour y inscrire la notion de « genre » et interdire l’adoption aux couples de même sexe. « La mère est une femme, le père est un homme », décrète désormais un amendement à la Loi fondamentale. 

Dans le même temps, le Parlement avait voté une loi réservant l’adoption aux couples mariés. Quelques mois plus tôt, en mai, la Hongrie avait aussi interdit l’inscription du changement de sexe à l’état civil, alors que cela était possible jusqu’alors. Un revirement de taille pour la Hongrie qui était avant la prise de fonctions de Viktor Orban, l’un des pays les plus progressistes d’Europe de l’Est, après avoir dépénalisé l’homosexualité dès 1961 et reconnu l’union civile entre personnes de même sexe en 1996. 

Quelle réponse européenne ?

De fait, plusieurs ONG ont appelé l’Union européenne à réagir. « Cette diabolisation éhontée d’un groupe marginalisé devrait être illégale dans un État membre de l’Union européenne. La loi érode les valeurs fondamentales de l’UE de non-discrimination et de tolérance garanties par les traités de l’UE (…). La Commission européenne et les États membres devraient utiliser tous les moyens disponibles pour bloquer cette loi », a notamment réclamé Human Right Watch dans un communiqué. 

Avant l’adoption du texte, la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe Dunja Mijatovic avait déjà « instamment demandé aux députés hongrois de rejeter » cette loi dans un communiqué publié lundi. Des protestations qui ont été reprises par plusieurs États membres. « Interdire de ‘promouvoir’ l’homosexualité, comme si c’était une maladie, une menace, une idéologie… C’est en Europe aujourd’hui. Cette stigmatisation est une discrimination contraire aux valeurs qui nous lient, inscrites dans nos traités », a notamment dénoncé Clément Beaune, le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes. 

Dans son article 21, la Charte des droits fondamentaux de l’UE dispose en effet qu' »est interdite toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ». « Face à cette nouvelle dérive illibérale de Viktor Orban qui viole très clairement ses valeurs fondamentales, l’Union européenne n’aura pas d’autres choix que de réagir. La difficulté va plus être de trouver un mécanisme de sanction réellement efficace », juge Eric-André Martin, spécialiste de l’Europe et secrétaire général du Comité d’études franco-allemandes (Cerfa).  

En 2018, le Parlement européen avait accusé la Hongrie de « violation grave » des valeurs communautaires et engagé une procédure dans le cadre de l’article 7 du traité de l’UE, un mécanisme ouvrant théoriquement la voie à des sanctions. « Cette procédure n’a rien donné parce qu’il faut l’unanimité des membres pour décider une sanction et que la Hongrie et la Pologne se soutiennent pour empêcher d’atteindre le quorum nécessaire », glisse Eric-André Martin. 

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Mi-décembre dernier, le Parlement européen a adopté un règlement visant « à protéger les fonds de l’UE contre toute utilisation abusive par des gouvernements qui violent l’État de droit ». Mais son application a été différée le temps que la Cour de justice de l’Union européenne s’exprime sur sa validité, à la demande de la Hongrie et la Pologne. Pendant ce temps-là, les deux pays ont les mains libres. 

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