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Ce mercredi, l’assemblée générale du groupe doit voter sa transformation en société anonyme, entraînant pour Arnaud Lagardère la perte de son pouvoir absolu.

À l’issue d’un long bras de fer, le groupe Lagardère (Europe 1, Paris Match, Hachette…) doit acter mercredi 30 juin en assemblée générale sa transformation en société anonyme, entraînant pour Arnaud Lagardère la perte de son pouvoir absolu, et l’entrée en force de Vivendi et Vincent Bolloré au conseil d’administration.

Le projet de transformation avait été présenté fin avril, dans le but de mettre fin au statut atypique du groupe en commandite par actions, qui rendait l’héritier de Jean-Luc Lagardère indéboulonnable tout en étant très minoritaire au capital. Menacé de blocage et confronté aux difficultés économiques de son groupe aggravées pendant la pandémie, Arnaud Lagardère, 60 ans, a dû se plier in fine aux exigences de ses puissants actionnaires, non sans obtenir la garantie d’un poste de PDG pendant six ans. Avant ce dénouement, le groupe Lagardère a été pendant des mois le théâtre d’une lutte d’influence entre Vincent Bolloré (Vivendi) allié au fonds britannique Amber Capital (l’initiateur de la fronde contre la gouvernance), et l’homme le plus riche de France et PDG de LVMH, Bernard Arnault.

Les deux parrains du capitalisme français lorgnaient sur les actifs stratégiques du groupe propriétaire d’Hachette (3e éditeur mondial), d’une branche de distribution dans les gares et aéroports (Relay), et de médias influents (le JDD, Paris Match, Europe 1). Aujourd’hui, Vincent Bolloré semble avoir remporté la partie. Vivendi (29% du capital) doit obtenir trois sièges au conseil d’administration et pourra compter sur celui d’Amber, tandis que Bernard Arnault n’en nommera qu’un seul, comme l’actionnaire historique, le fonds souverain du Qatar (13%). Arnaud Lagardère pourra également désigner trois administrateurs, dont il fera partie aux côtés de Nicolas Sarkozy, l’un des stratèges du projet de transformation, et qui est proposé en qualité d’administrateur indépendant.

«Sans état d’âme et sans regret»

L’héritier avait longtemps exclu de céder sa commandite mais assume désormais ce revirement, «sans aucun état d’âme et sans aucun regret», a-t-il assuré lors de la présentation du projet. Il ne renonce d’ailleurs pas sans «compensation»: lui-même et sa société personnelle se verront attribuer quelque 7% du capital (équivalent à 210 millions d’euros au cours actuel). Avec sa part actuelle, il détiendra donc 14% des parts, de quoi éponger son lourd endettement personnel. «À l’issue de la transformation, on pourra constater qu’aucun actionnaire ne disposera de la majorité des droits de vote au sein de l’assemblée ou de la majorité des voix au sein du conseil d’administration», a pour sa part déclaré Pierre Leroy, qui doit devenir directeur général délégué.

Reste une question en suspens, celle de l’intégrité du groupe. Aucune activité ne sera cédée si le projet aboutit, a promis Arnaud Lagardère. Pour autant, l’ombre du géant français des médias Vivendi plane déjà sur Lagardère, et en particulier la radio Europe 1. Le président du directoire de Vivendi Arnaud de Puyfontaine doit notamment entrer mercredi au conseil d’administration de Lagardère, malgré la situation de concurrence directe entre Editis, géant de l’édition, et Hachette. Et les «synergies» entre Europe 1 et CNews, la chaîne info du groupe Canal+, ont été officialisées par Arnaud Lagardère, malgré l’inquiétude des salariés de la radio, en grève durant cinq jours pour contester la mise à pied d’un journaliste.

Parmi ces nouveaux partenariats, une nouvelle émission commune présentée par Laurence Ferrari, un «grand rendez-vous» politique confié à Sonia Mabrouk, l’arrivée de Dimitri Pavlenko, coéquipier d’Eric Zemmour dans «Face à l’info», à la matinale… Inquiètes de voir la station devenir «une radio d’opinion», l’intersyndicale et la société des rédacteurs d’Europe 1 ont appelé à un rassemblement mercredi pour dénoncer «l’emprise croissante» de Vincent Bolloré. Interrogée par l’AFP, une source proche du milliardaire breton nie toute ingérence : «On n’a aucun moyen de pression à court terme sur Lagardère. S’ils veulent faire la même chose que nous, tant mieux.»

Fin d’une époque chez Lagardère, Vivendi s’installe