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Près de 6 mois après s’être rencontrés en personne à Genève au mois de juin, Joe Biden et Vladimir Poutine se retrouvent cette fois virtuellement ce mardi. Au menu de cette vidéoconférence annoncée ce week-end, le dossier brûlant de la situation à la frontière russo-ukrainienne, sur fond de crainte d’une offensive russe. Moscou s’apprête à lancer « 100 bataillons composés de groupes tactiques avec un effectif estimé à 175 000 hommes, ainsi que des chars, de l’artillerie et autres équipements », a encore affirmé samedi un haut responsable américain au Washington Post sous couvert d’anonymat. 

L’hypothèse agite le milieu des experts depuis plusieurs semaines, suscitant le débat quant aux intentions réelles du maître du Kremlin. Pour la Maison-Blanche, tout l’enjeu de l’entretien est en tout cas de déjouer le scénario d’une attaque. « Le président Biden va souligner les inquiétudes américaines concernant les activités militaires russes à la frontière avec l’Ukraine, et réaffirmer le soutien des Etats-Unis à la souveraineté et à l’intégrité territoriale ukrainienne », a souligné samedi la porte-parole de Joe Biden, Jen Psaki, dans un communiqué. 

Sanctions économiques réellement dissuasives ?

Mais encore faut-il trouver des leviers d’action à même de déminer la crise. Vendredi, Joe Biden a affirmé devant la presse préparer « un ensemble d’initiatives » afin de « rendre très, très difficile à M. Poutine de faire ce que les gens craignent qu’il fasse », sans s’étendre davantage sur le sujet. Interrogée le même jour sur la nature des mesures envisagées par le locataire de la Maison-Blanche, Jen Psaki a indiqué que « des sanctions économiques » étaient sur la table en cas d’attaque. 

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Pour Carole Grimaud Potter, fondatrice du Center for Russia and Eastern Europe Research basé à Genève, il est toutefois loin d’être garanti que des mesures de ce type s’avèrent suffisamment dissuasives. « Les sanctions économiques sont certes contraignantes pour la Russie, mais si l’on se réfère à celles qui avaient été mises en place en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée, on voit qu’elles n’ont pas été suffisantes pour faire évoluer la stratégie russe dans la région », souligne la chercheuse. À l’époque, celles-ci avaient notamment ciblé des personnalités proches du Kremlin, ainsi que des institutions bancaires et des entreprises militaires et pétrolières russes. 

Concernant l’hypothèse d’une riposte militaire américaine en cas d’offensive russe contre l’Ukraine, un haut responsable de la Maison-Blanche fait savoir lundi soir à la presse qu’elle n’était pas envisagée à ce stade. Washington entend plutôt se cantonner à « une combinaison » de plusieurs facteurs tels qu’un « soutien à l’armée ukrainienne », « de fortes sanctions économiques » contre la Russie et « une augmentation substantielle du soutien et des capacités auprès de nos alliés au sein de l’OTAN. » « L’heure est encore à la diplomatie et au dialogue, dans l’espoir d’une désescalade », glisse Annick Cizel, enseignante-chercheuse à l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 et spécialiste de la politique étrangère américaine. 

Lâchage improbable de l’Ukraine

Au coeur de ses revendications, la Russie réclame des « garanties sécuritaires » à ses frontières : à savoir un gel de la progression de l’OTAN vers l’est – notamment en Ukraine et en Géorgie – qu’elle considère comme une menace. Mais là encore, la ligne de crête s’annonce étroite pour le président américain, selon Carole Grimaud Potter. « Il semble difficilement envisageable que Joe Biden réponde à cette demande dans la mesure où il a renouvelé plusieurs fois au président ukrainien Zelensky le soutien des Etats-Unis quant à la préservation de la souveraineté ukrainienne. Un lâchage de l’Ukraine sur cette question apparaît, dès lors, assez improbable. » 

Kiev n’a pas non plus manqué de montrer son aversion pour un tel scénario. Dans une réplique cinglante à cette requête de Moscou, le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a affirmé vendredi que toute demande visant à ce que l’Ukraine renonce à son projet d’adhésion à l’OTAN n’était « pas une option », appelant les Etats-Unis et ses alliés à rejeter toute initiative en ce sens. En juillet dernier, le pays avait notamment été associé en tant que partenaire à un exercice de l’Alliance atlantique en mer Noire, rassemblant plus de 2 000 militaires et 30 navires. 

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En bref, peu de chances que l’échange entre les deux présidents permette de trouver une issue durable à la crise. « Le dialogue est toujours positif, mais la situation à la frontière de la Russie et de l’Europe occidentale est une crise de long terme, dont l’issue ne peut pas dépendre d’une unique visioconférence », résume Annick Cizel. Un point de vue partagé par le Kremlin. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a déclaré ce lundi ne pas s’attendre à une « percée » lors des négociations. 

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