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L’avion n’a pas encore atterri, mais la visite est déjà historique. Ce mardi 30 juin, un ministre israélien va fouler pour la première fois le sol des Emirats arabes unis (EAU) en voyage officiel. Yaïr Lapid, tout frais ministre des Affaires étrangères, vient discuter de la lutte contre le Covid, du nucléaire iranien, du conflit israélo-palestinien mais surtout de la réussite des Accords d’Abraham, le traité de normalisation signé entre les deux pays le 13 août 2020.  

Un message aux autres pays musulmans

Cette visite intervient deux semaines à peine après la formation du nouveau gouvernement israélien et inaugure l’ère diplomatique post-Netanyahou, tout-puissant sur les affaires étrangères pendant son règne. Envoyé aux EAU par le nouveau Premier ministre Naftali Bennett, Yaïr Lapid vient inaugurer l’ambassade israélienne à Abou Dabi, mais surtout diffuser un message qui dépasse largement le cadre des deux pays. « Ce voyage diplomatique s’adresse à tous les pays musulmans, il va leur montrer les bénéfices à tirer d’une normalisation avec Israël, souligne Yonatan Freeman, expert en relations internationales à l’université hébraïque de Jérusalem. Depuis l’automne, nos relations commerciales avec les EAU ont explosé, avec une pluie d’investissements réciproques. Il est probable que, dans les mois qui viennent, d’autres normalisations avec des pays musulmans soient annoncées, comme le souhaite le nouveau gouvernement. » Déjà, les images de touristes israéliens à Dubaï ou celles d’étudiants émiratis à Tel-Aviv paraissent banales. 

Les relations entre Israël et les EAU n’avaient pourtant rien d’évident. Pendant soixante ans, les Emirats soutenaient ardemment la cause palestinienne et refusaient pour cela tout lien officiel avec l’État hébreu. Mais ce voyage diplomatique, un mois après un nouvel épisode meurtrier du conflit israélo-palestinien, montre l’empressement des autorités émiraties à se focaliser sur la relation avec Israël.  

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Au-delà des intérêts économiques, les EAU partagent des intérêts militaires avec Jérusalem et surtout un ennemi commun : l’Iran. Dimanche 27 juin, Yaïr Lapid a redit à son homologue américain Antony Blinken les « importantes réserves » israéliennes vis-à-vis de l’accord sur le nucléaire iranien, en cours de négociation à Vienne. « Israël et les Emirats arabes unis partagent la même vision politique sur le dossier iranien, analyse Yonatan Freeman. Ce sont les deux alliés les plus proches des États-Unis au Moyen-Orient et ils désapprouvent l’idée d’un accord sur le nucléaire avec Téhéran. Nos deux pays veulent travailler en tandem pour neutraliser la menace iranienne. » 

En parallèle, Yaïr Lapid a profité de sa rencontre avec Tony Blinken, dimanche 27 juin, pour montrer la volonté du nouveau gouvernement israélien de tourner la page Netanyahou en matière de politique étrangère. « Ces dernières années, des erreurs ont été faites, a déclaré le ministre des Affaires étrangères israélien à Rome. La position bipartisane d’Israël [aux États-Unis] a été abîmée, nous allons réparer ces erreurs ensemble. » Démis de ses fonctions de Premier ministre le 13 juin, Benyamin Netanyahou avait pris fait et cause pour Donald Trump pendant sa présidence, méprisant les démocrates américains et Joe Biden. Pour le gouvernement de Naftali Bennett, il y a urgence à donner des gages de bonne volonté à Washington, à commencer par ce voyage aux EAU.  

Bataille d’images entre Lapid et Bennett

Issue d’une alliance entre le centriste Lapid et le nationaliste Bennett, l’étrange coalition au pouvoir en Israël veut parler d’une même voix sur la scène internationale. Mais la bataille d’images risque de vite poser problème entre le ministre des Affaires étrangères et son Premier ministre. « Lapid vise le job de Premier ministre, il a davantage de députés que Bennett à la Knesset et donc plus de poids politique, pointe Yonatan Freeman. Il va tout faire pour démontrer qu’il serait un bon Premier ministre en multipliant les voyages à l’étranger, les accords internationaux, et montrer qu’il sait parler aux Américains. Au bout d’un moment, les projecteurs braqués sur Lapid risquent d’ennuyer Bennett, qui devra aussi se montrer sur la scène internationale. » 

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Quelques heures avant la visite de Lapid aux Emirats arabes unis, Naftali Bennett a mis en scène son premier coup de téléphone avec Abdel Fattah Al-Sissi, le président égyptien. À cette occasion, le Premier ministre israélien a promis de bientôt visiter Le Caire. Histoire de ne pas laisser toute la lumière à son ministre et allié de l’improbable.  

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