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Si le retour à une vie normale s’accélère dans de nombreux pays, la pandémie de Covid-19 a provoqué le chaos dans le monde. Et elle est loin d’être terminée, alors que le variant Delta cristallise aujourd’hui les inquiétudes. Les conséquences de cette crise sanitaire risquent de durer longtemps, avec d’importantes répercussions sociales. 

Selon une étude du Pew Research Center auprès de 17 pays aux économies avancées, une large proportion des habitants perçoit une plus forte division sociale depuis le début de la pandémie. Au total, 16 254 adultes non-américains et 2596 résidents américains ont été interrogés. Une médiane de 34% de personnes dans ces pays perçoit plus d’unité depuis la crise. Mais 61% répondent qu’ils sont plus divisés. En France, le sentiment de division nationale est encore plus fort, et atteint 68%.  

Forte division en Europe et en Amérique du Nord

La France fait ainsi partie des pays où le sentiment de division de la société est le plus élevé. En première position, on retrouve les Etats-Unis, à 88% – et seulement 10% à penser que le pays est plus uni. La France est précisément en cinquième position dans la zone Amérique du Nord et Europe, derrière les Etats-Unis, les Pays-Bas, l’Allemagne, et l’Espagne. 

Le sentiment d’une plus forte division nationale domine en Europe et en Amérique du Nord

L’Express

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Les personnes interrogées en Europe et en Amérique du Nord estiment majoritairement que la division sociale est plus forte depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il est à noter que plus la pandémie dure dans le temps, plus le sentiment de division est fort. A l’été 2020, il était minoritaire, à 49%. Un an plus tard, il est donc à 68%. Et sur la même période, le sentiment d’unité est passé de 39 à 29%. 

Aux Pays-Bas, en première position en Europe, le niveau est passé de 53 à 83%. Au début de l’année, des émeutes ont eu lieu dans le pays pour protester contre le couvre-feu, mesure qui était perçue comme une atteinte à la liberté individuelle. Et aux Etats-Unis, la proportion a toujours été haute et est passée de 77% à 88%. 

« Il est généralement vrai que lorsqu’une crise frappe un pays, les divisions qui existaient auparavant deviennent généralement plus extrêmes », explique Theda Skocpol, sociologue à l’université Harvard, au Washington Post. En cas de « crise économique, ou en l’occurrence de crise sanitaire, il n’est pas surprenant que les failles qui existaient déjà soient devenues plus marquées ». 

La sociologue analyse notamment la situation aux Etats-Unis, en tête du classement. Selon elle, l’un des facteurs de division a été la diffusion inégale du virus sur le territoire : il a d’abord circulé activement dans les bastions démocrates avant de se propager peu à peu dans les zones républicaines. Elle estime que le président à cette période, Donald Trump, a renforcé les divisions en mettant en avant les réponses de certains gouverneurs et en blâmant des régions.  

Population plus unie en Asie

Cette situation contraste avec celle en Asie-Pacifique. Les perspectives sont plus positives, selon les réponses des personnes interrogées, même si les disparités sont fortes selon les pays. Au Japon et en Corée du Sud, le sentiment d’une division accrue dans le pays domine (taux respectivement à 61% et 59%), mais dans des proportions moins fortes qu’en Europe et en Amérique du Nord.  

En Australie, en Nouvelle-Zélande, à Taïwan et à Singapour, c’est l’inverse : la population se sent plus unie depuis la crise sanitaire. Près de 9 personnes sur 10 à Singapour estiment que le pays est plus uni, loin devant la France donc (3 personnes sur 10).  

Le sentiment d’unité domine en Asie-Pacifique

L’Express

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Face au nouveau coronavirus, les pays ont adopté des approches différentes. Certains ont choisi le « stop-and-go », comme la France (« vivre avec le virus », alterner les périodes de confinement et de réouvertures), d’autres ont fait le choix du « zéro Covid », en cherchant à éradiquer le virus.  

Ce sont notamment « la Chine, Taïwan, le Vietnam, la Thaïlande, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Islande. Tous ces pays, sans exception, ont des indicateurs sanitaires bien meilleurs que ceux qui ont choisi de vivre avec le virus. Au-delà du sanitaire, ils affichent des indicateurs économiques plus performants et leur vie sociale a été beaucoup moins impactée », soulignait l’épidémiologiste Antoine Flahault dans L’Express en avril dernier.  

Différentes perceptions des restrictions

Dans les pays où le sentiment de division est fort, l’étude apporte d’autres explications. Cela est aussi lié à la perception qu’ont les populations des restrictions mises en place pour lutter contre le virus : port obligatoire du masque, fermetures, mesures de confinement, couvre-feu, etc.  

Dans plusieurs pays, les personnes interrogées affirment que les autorités ont mis en place trop de restrictions. Et ces personnes ont plus tendance à répondre que leur pays est devenu plus divisé que celles qui estiment les restrictions sont justifiées.  

La réponse à la crise est donc vue différemment. En Asie-Pacifique, 63% des personnes interrogées estiment que les restrictions étaient adéquates. En Europe de l’Ouest, le niveau est à 40%. Et aux USA, à seulement 17%. 

La perception des restrictions anti-Covid diffère selon les pays

Pew Research Center

Dans le cas de la France, voici ce qui ressort : 34% des personnes interrogées estiment que les restrictions étaient adaptées ; 40% déclarent qu’il en fallait plus : et 24% qu’il en fallait moins. A titre de comparaison, en Nouvelle-Zélande, 8 personnes sur 10 déclarent que les restrictions étaient adaptées. Cela n’est guère étonnant, la Première ministre Jacinda Ardern a souvent été saluée pour son action face au Covid-19, ce qui a également joué pour sa large victoire aux élections générales en octobre dernier.  

Les préoccupations économiques influent également sur la perception d’une division plus ou moins forte. Selon l’étude, ceux qui estiment que la situation économique est mauvaise ou inquiétante ont plus tendance à répondre que les divisions se sont accrues. 

Un point commun apparaît : dans quasiment tous les pays, la réponse des autorités face à la crise est jugée de plus en plus négativement au fil du temps. A l’été 2020, en France, 59% des personnes interrogées l’approuvent. Ils sont 47% en mai 2021. Un seul pays fait exception : le Royaume-Uni. A l’été 2020, 46% approuvent l’action face à la crise sanitaire. Ils sont 64% un an plus tard. Ceci pourrait s’expliquer par la campagne de vaccination éclair, alors que l’Europe était critiquée pour sa lenteur.  

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En dépit des nombreuses inquiétudes, il reste de l’optimisme. Une majorité des personnes interrogées dans les 17 pays à économies avancées affirment qu’ils ont confiance dans leur système de santé pour gérer de futures crises. En France, 63% des personnes interrogées disent avoir confiance. 

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Par Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité

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